wikimedia.org
Le Venezuela recommence à être fréquentable par ses créanciers, ses investisseurs et ses partenaires énergétiques avant d’avoir fixé la date à laquelle ses citoyens retourneront aux urnes. La présidente par intérim Delcy Rodríguez est rentrée de New York après sa première visite aux États-Unis depuis son arrivée au pouvoir en janvier, avec une promesse publique d’élections et l’engagement d’un dialogue avec l’opposition, mais sans calendrier électoral précis.
Dans les mêmes journées, sa délégation discutait pétrole, mines, dette souveraine, financement international et réintégration économique avec Washington, des entreprises privées et plusieurs institutions financières internationales. Le contraste ne tient pas à l’absence totale de processus politique, puisqu’un processus est annoncé, mais à la différence de vitesse entre deux calendriers qui devraient normalement avancer ensemble.
À New York, le Venezuela n’est ainsi pas seulement revenu avec un discours de transition démocratique. Il est revenu avec quelque chose de plus immédiatement mesurable par les marchés, une administration américaine disposée à discuter de sa dette, des entreprises prêtes à examiner ses hydrocarbures et ses minerais, et des institutions financières internationales qui recommencent à ouvrir leurs dossiers. La question n’est déjà plus simplement de savoir quand Caracas organisera une élection. Elle devient celle de savoir quelle économie, quels contrats et quels rapports de force seront déjà installés le jour où cette élection aura finalement lieu.
Le baril possède déjà son calendrier
La délégation vénézuélienne arrivée à New York ressemblait moins à une mission protocolaire qu’à une équipe chargée de remettre une économie entière sur le marché. Autour de Delcy Rodríguez se trouvaient notamment des responsables économiques, pétroliers et de PDVSA. Selon Reuters, les discussions ont porté sur l’énergie, les mines et la restructuration d’une dette vénézuélienne évaluée entre 150 et 200 milliards de dollars, dette dans laquelle les obligations de PDVSA occupent une place importante. Des contacts ont également eu lieu avec la Banque interaméricaine de développement, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Ce mouvement ne commence pas à New York. Depuis le changement de pouvoir intervenu après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines en janvier, les États-Unis ont cherché à relancer la production et les exportations pétrolières du pays.
En août, le Venezuela exportait environ 1,17 million de barils par jour. Vitol et Trafigura représentaient à elles seules près de 600 000 barils quotidiens, alors même que l’augmentation spectaculaire des coûts de transport commençait à réduire les marges et à pousser les négociants à réclamer des rabais supplémentaires sur le brut vénézuélien. Le pétrole n’attend ainsi ni une nouvelle Constitution ni une campagne électorale pour retrouver une route commerciale.
Une dette déjà assise à la table
Le retour du Venezuela dans les conversations financières mondiales est peut-être encore plus significatif que celui de son pétrole. Donald Trump et Delcy Rodríguez ont discuté de restructuration de la dette vénézuélienne lors de leur rencontre à New York, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio confirmait que ce dossier faisait partie des échanges. Pour un pays longtemps coupé d’une grande partie des circuits financiers occidentaux, la restructuration de 150 à 200 milliards de dollars de passifs représente bien davantage qu’une opération comptable. Elle déterminerait quels créanciers seront remboursés, dans quel ordre, avec quelles décotes et probablement avec quelles concessions économiques autour des actifs futurs du pays.
Il existe ici un renversement discret mais considérable. Pendant des années, le Venezuela était observé principalement à travers les sanctions, l’effondrement économique, l’émigration et la confrontation politique. Il recommence désormais à être regardé comme un portefeuille possible de pétrole, de mines, de créances et d’infrastructures. Reuters rapporte que des entreprises américaines ont déjà exploré ou conclu des arrangements concernant les secteurs pétrolier et aurifère, tandis que des discussions de plus long terme sont également mentionnées avec de grands acteurs de l’énergie. Le pays redevient progressivement un problème d’investissement au moment même où son problème institutionnel reste ouvert.
L’élection existe, sa date beaucoup moins
Devant l’Assemblée générale des Nations unies le 23 septembre, Delcy Rodríguez a affirmé que le Venezuela organiserait des élections dans le cadre d’une transition vers ce qu’elle a appelé une « démocratie pleine ». Elle a annoncé le début de discussions avec l’opposition et promis la participation de toutes les forces politiques. Elle n’a toutefois donné aucune date.
Washington affirme pour sa part avoir abordé avec elle la question d’élections libres et équitables ainsi que celle d’une transition politique.
Cette absence de calendrier devient importante parce que presque tout le reste commence à en posséder un. Les cargaisons de pétrole partent, les traders calculent leurs rabais, les créanciers évaluent leurs pertes, les institutions financières préparent leur réengagement et les entreprises cherchent leur position sur le futur marché vénézuélien.
L’élection reste une promesse située quelque part dans cette reconstruction. Le paradoxe n’est pas que l’économie redémarre avant que toutes les institutions aient été reconstruites, situation fréquente après une crise. Il apparaît lorsque la précision commerciale progresse beaucoup plus vite que la précision politique.
Washington n’attend plus la démocratie pour parler affaires
La relation entre Caracas et Washington illustre particulièrement cette nouvelle séquence. Donald Trump a rencontré Delcy Rodríguez à New York pour la première fois depuis la capture de Maduro, pendant que leurs administrations discutaient simultanément énergie, dette, stabilité économique et transformation politique. Pour Caracas, cette ouverture permet de retrouver des capitaux, des marchés et une reconnaissance internationale. Pour Washington, elle offre un accès renouvelé à l’une des plus grandes réserves pétrolières de la planète ainsi qu’une capacité d’influence sur la reconstruction économique et institutionnelle du pays.
Cette relation reste pourtant beaucoup moins consolidée que les photographies diplomatiques pourraient le laisser croire. La visite de Rodríguez ne s’est achevée ni par une grande annonce d’investissement ni par un accord financier spectaculaire, tandis que plusieurs gouvernements et responsables politiques étrangers sont restés prudents dans leurs interactions avec elle.
Reuters rapporte également que l’opposition vénézuélienne considère que le temps presse pour fixer une date électorale. Le rapprochement existe, mais il demeure un processus négocié dont les bénéfices économiques deviennent visibles avant que sa forme politique définitive ne le soit.
Le Venezuela change de question
Pendant longtemps, la question internationale concernant le Venezuela était de savoir combien de temps son système politique pouvait survivre à l’isolement économique. En septembre 2026, la question commence presque à s’inverser. Combien de temps une normalisation économique peut-elle progresser avant que la normalisation institutionnelle ne lui fournisse une architecture politique clairement définie ? Caracas peut vendre davantage de pétrole, restructurer sa dette, rouvrir les portes aux investisseurs et retrouver progressivement les grandes institutions financières. Aucun de ces mécanismes ne fixe pourtant à lui seul les règles selon lesquelles le pouvoir sera renouvelé.
Le Venezuela entre ainsi dans une phase où la transition pourrait se jouer autant dans les contrats que dans les urnes. Les prochains mois détermineront non seulement qui gouvernera le pays, mais également quelles entreprises produiront son pétrole, quels créanciers restructureront sa dette, quelles institutions financeront sa reconstruction et quelles obligations auront déjà été contractées lorsque les électeurs seront finalement appelés à choisir.
Le pétrole n’a pas remplacé l’élection, mais il a déjà repris sa place dans le calendrier. Pour le moment, le bulletin de vote cherche encore la sienne.
NBSInfos.com
En RDC, tout le monde semble vouloir dialoguer, même ceux qui rejettent le dialogue proposé.…
À Manono, l’exploration minière ne commence plus seulement avec un marteau de géologue, une carte…
À quelques rues de l’Organisation des Nations unies, il suffisait jeudi de changer de trottoir…
L’Argentine possède désormais deux statistiques capables de raconter deux pays différents. En août 2026, l’inflation…
Les études scientifiques, et les articles de presse qui les concernent, affirment souvent qu'une étude…
Des agents de la Banque centrale du Congo, visiblement très enthousiastes, m’ont récemment fait parvenir…