Le Hamas a annoncé ce mois-ci la dissolution de son gouvernement à Gaza afin de transférer le contrôle à un comité palestinien soutenu par les États-Unis. Cette mesure figurait parmi les dispositions de l’ accord de paix négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas l’année dernière.
Même si cela signifie que le Hamas n’exercera aucun rôle de gouvernance dans la bande de Gaza, cela ne signifie pas nécessairement que sa branche militaire sera dissoute ou désarmée .
Cette initiative pourrait n’être que symbolique, une façon pour le Hamas de redorer son image. Les critiques affirment qu’une véritable transition du pouvoir à Gaza nécessiterait le démantèlement de son appareil sécuritaire.
Quel que soit le dénouement, le Hamas semble reculer à Gaza. Le Hezbollah suivra-t-il son exemple au Liban ?
Le Hezbollah sous pression
Depuis le début de la guerre israélienne contre Gaza, le Hezbollah et le Hamas ont affiché un front uni au sein de l’axe de résistance iranien . À l’instar du Hamas, le Hezbollah a subi d’importantes pertes militaires et de commandement durant le conflit. Il a néanmoins réussi à maintenir sa cohésion organisationnelle et ses capacités militaires.
Israël et le Hezbollah avaient convenu d’un cessez-le-feu fragile en 2024, mais celui-ci a volé en éclats plus tôt cette année après que les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre contre l’Iran.
Le mois dernier, Israël et le Liban ont signé un nouvel accord de cessez-le-feu – sans le Hezbollah – prévoyant le désarmement du groupe armé. Cependant, le chef du Hezbollah a déclaré que son groupe poursuivrait le combat jusqu’au retrait des troupes israéliennes du Liban.
Face à la pression croissante qui pèse sur le Hezbollah, le groupe devra redéfinir son rôle au Liban et dans la région. Plus précisément, il devra réexaminer l’équilibre précaire qu’il maintient entre son activisme militaire, sa légitimité politique et sa position stratégique au sein du réseau de supplétifs iraniens.
Plusieurs scénarios sont possibles quant à l’évolution de la situation.
Transformation politique
Le Hezbollah pourrait chercher à se transformer en une organisation purement politique au Liban, en abandonnant totalement sa branche militaire.
Cela conférerait au groupe une nouvelle légitimité dans la région et améliorerait ses relations avec les États du Golfe persique en particulier.
Cependant, cela modifierait fondamentalement l’identité idéologique de base du Hezbollah – le groupe a émergé dans les années 1980 comme une milice armée pour libérer le sud du Liban de l’occupation israélienne – et ses relations avec l’Iran.
Cela paraît peu probable à court terme, étant donné que le Hezbollah continue de bénéficier d’un soutien militaire, diplomatique et politique important de la part de l’Iran. Aux yeux des partisans du Hezbollah, les opérations militaires israéliennes en cours au Liban témoignent également de la nécessité de maintenir une branche militaire israélienne.
Devenir un simple parti politique mettrait fin à la neutralité du Hezbollah au Liban. Le groupe a longtemps pu critiquer la corruption du gouvernement libanais sans avoir à rendre de comptes. Sans programme politique ni plateforme, il risquerait d’échouer lamentablement.
Refonte de son aile militaire
Au lieu d’abandonner sa branche armée, le Hezbollah pourrait la redéfinir comme une nécessité nationale pour dissuader toute nouvelle attaque israélienne.
Cette stratégie pourrait s’avérer efficace si le groupe se présentait comme palliant la faiblesse de l’armée libanaise, en s’appuyant sur son discours de résistance.
Mais cela ne serait possible que si le peuple libanais continuait de considérer Israël comme la principale menace et le Hezbollah comme une organisation nationaliste. Or, cette perception semble évoluer.
La popularité du Hezbollah a diminué ces derniers temps, en raison des nombreux conflits dans lesquels il a entraîné le Liban. De nombreux Libanais estiment également que le Hezbollah privilégie les intérêts régionaux de l’Iran au détriment des intérêts nationaux du Liban.
Marginalisation progressive
Si le soutien populaire au Hezbollah continue de s’éroder, le groupe pourrait se retrouver de plus en plus marginalisé.
Craignant de critiquer le groupe par le passé, certains des principaux soutiens du Hezbollah au sein de la communauté chiite libanaise pourraient être encore plus désillusionnés à son égard.
Ce phénomène pourrait s’accélérer si le parti perd sa capacité à apporter un soutien financier à sa base. Pour certains Libanais, c’est d’ailleurs la principale raison de leur soutien à cette organisation.
Si le Hezbollah se trouve davantage marginalisé, la pression en faveur du désarmement viendra de la société libanaise elle-même, et non plus seulement de la communauté internationale.
Maintenir le statu quo
Enfin, les accords de cessez-le-feu entre Israël et le Liban pourraient vaciller, entraînant une reprise des combats entre le Hezbollah et Israël.
Cela pourrait résulter de la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis ces derniers jours, du rejet persistant par le Hezbollah de tout accord entre Israël et le Liban, ou de son refus de désarmer.
Le gouvernement libanais subit d’énormes pressions de la part des États-Unis et d’Israël pour désarmer le groupe par tous les moyens nécessaires. Mais la crainte d’une nouvelle guerre civile dévastatrice a jusqu’à présent empêché son armée de désarmer le groupe par la force.
L’Iran joue un rôle dans cette situation. Même si le Hezbollah s’efforce de projeter l’image d’une entité semi-autonome opérant depuis l’Iran, son avenir dépend fortement de Téhéran et de l’importance que le régime iranien lui accorde.
Pour l’instant, le Hezbollah demeure un atout essentiel pour la défense stratégique de l’Iran. Tant que cela restera ainsi, le Hezbollah est là pour rester.
Mariam Farida
Chargé de cours en études de sécurité, Université Macquarie
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