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Lorsqu’un adolescent fait un « choix stupide », son cerveau fonctionne exactement comme prévu

Lorsqu’un adulte refuse de laisser passer une injustice – qu’il s’oppose à un tyran ou qu’il revendique ses droits –, on parle de principe. Lorsqu’un adolescent de quinze ans riposte à une insulte lancée dans un couloir de son école, au risque d’une retenue, on parle d’impulsivité. Il est facile d’attribuer cela à un cerveau adolescent encore immature : une façon commode de supposer qu’il est incapable d’évaluer correctement les conséquences de ses actes.

Mais cette vision méconnaît le cerveau adolescent . Son fonctionnement est façonné par l’évolution pour une période de la vie unique et particulièrement difficile.

Les humains rendent la gentillesse par la gentillesse, s’indignent lorsqu’ils sont trompés et veulent que ceux qui enfreignent les règles soient punis. Dès l’âge de huit mois, les nourrissons préfèrent ceux qui se comportent bien avec les autres, et la volonté de punir celui qui enfreint une règle s’accentue avec l’âge. Se venger procure un réel plaisir au système de récompense du cerveau .

C’est l’argument central de mes recherches en criminologie évolutionniste. La punition est l’un des mécanismes qui ont permis l’évolution de la coopération. Un groupe où la tricherie reste impunie est un groupe qui finit par cesser de coopérer. L’adolescent qui riposte dans le couloir agit selon un schéma comportemental ancestral.

L’adolescence amplifie ces pulsions, et il y a de bonnes raisons à cela.

Pourquoi quinze ans est différent

Le système de récompense du cerveau, et plus particulièrement le striatum ventral , devient beaucoup plus actif durant l’ adolescence , atteignant son apogée au milieu de cette période . Le cortex préfrontal , qui permet d’inhiber une impulsion plutôt que d’y céder, continue de se développer jusqu’à la trentaine.

L’adolescence est la période où un jeune doit s’éloigner de sa famille et trouver sa place parmi ses pairs. Un cerveau qui éprouve une grande soif de récompenses, qui explore, qui se soucie énormément de l’opinion des autres et qui défend ses convictions est parfaitement adapté à cette étape.

La simple présence d’amis suffit à accroître la prise de risques et à activer les circuits de récompense, contrairement à ce qui se produit lorsque les adolescents sont seuls. La sensibilité au jugement et à l’exclusion des pairs est plus forte à l’adolescence qu’à tout autre moment de la vie.

Le prix du choix judicieux

Les adolescents sont conscients des conséquences de leurs actes. Ce qui leur pèse le plus, c’est l’impact social, et les adultes en sous-estiment systématiquement l’importance. Refuser de se présenter devant un public peut faire perdre à un jeune sa réputation, et c’est précisément cette réputation dont il a le plus besoin à cet âge.

Un cerveau aussi sensible à son environnement se façonnera en fonction de ce que ce dernier contient. L’exposition à des environnements à risque et à des pairs délinquants explique en grande partie pourquoi les jeunes enfreignent ou non les règles.

Cette sensibilité explique aussi pourquoi les chercheurs décrivent de plus en plus l’adolescence comme une période charnière . Un environnement serein, qui privilégie l’équité et où le respect est de mise, influencera positivement le comportement des adolescents.

Le savoir mis en pratique

Si un jeune a confiance dans le système pour rendre justice, son besoin urgent de vengeance s’atténue, permettant ainsi au cortex préfrontal de fonctionner normalement. À l’école, cela pourrait se traduire par la médiation d’un membre du personnel formé entre élèves en conflit, afin que chacun soit entendu et qu’une solution mutuellement acceptable soit trouvée, plutôt que par la punition.

À la maison, il peut suffire qu’un parent intervienne de manière constante et calme dans un conflit entre frères et sœurs pour parvenir à un résultat équitable, plutôt que de laisser les enfants « régler ça eux-mêmes » et risquer que le plus fort impose sa volonté.

Les enseignants et les parents peuvent aussi s’efforcer de créer un environnement où les actions gratifiantes et les actions judicieuses convergent. Par exemple, une école pourrait mettre en place un programme de tutorat entre pairs où l’aide apportée à un camarade est valorisée par des privilèges ou une reconnaissance publique, ce qui en fait le choix le plus judicieux pour améliorer son statut social.

À la maison, cela pourrait impliquer de considérer les tâches ménagères non pas comme une corvée, mais comme une contribution à la vie familiale, la récompense étant davantage de temps libre en famille. Ainsi, le bénéfice immédiat s’aligne sur le bénéfice à long terme.

Une autre stratégie importante consiste à offrir aux jeunes la possibilité de se retirer sans perdre la face. À l’école, un enseignant témoin d’un conflit naissant pourrait proposer discrètement aux deux élèves un « laisser-passer » pour se calmer dans un espace sécurisé désigné, en présentant cela comme une occasion d’apaiser les tensions plutôt que comme une punition pour une bagarre.

À la maison, un parent pourrait dire : « Je vois bien que tu es très en colère. J’ai besoin que tu choisisses comment gérer la situation : soit on en parle maintenant, soit tu prends 20 minutes pour te calmer et on en reparlera. C’est toi qui vois. » Cela permet à l’adolescent de se désengager d’une confrontation sans paraître faible devant ses camarades ou ses frères et sœurs.

L’adolescence se forge au contact de notre environnement, ce qui en fait une période cruciale pour construire positivement une vie. C’est une fenêtre d’opportunité où un soutien adapté, des systèmes équitables et un climat de compréhension peuvent avoir un impact plus important qu’à presque n’importe quel autre stade de développement.

Evelyn Svingen

Professeur associé de criminologie, Université de Birmingham

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