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Un robot humanoïde parcourant le 100 mètres en 9,39 secondes, c’est extraordinaire. Lors des Jeux mondiaux de robots humanoïdes qui se sont déroulés cette semaine à Pékin, une machine aurait battu le record du monde détenu par Usain Bolt, tandis qu’une autre a réalisé un saut en hauteur supérieur à celui de Javier Sotomayor, qui tenait depuis longtemps.
À première vue, ces exploits semblent ouvrir une nouvelle ère dans le sport. Mais comparer les performances des robots et des humains est fondamentalement erroné. Les Jeux mondiaux des robots humanoïdes ont réuni plus de 2 000 robots s’affrontant dans des disciplines allant de l’athlétisme et du football à la boxe et à l’haltérophilie.
L’ampleur de la compétition et les progrès technologiques présentés étaient véritablement impressionnants. Selon les organisateurs, la participation a connu une hausse spectaculaire par rapport aux éditions précédentes, tandis que les performances se sont nettement améliorées dans plusieurs disciplines.
Ces machines ont la forme, l’apparence et les caractéristiques physiques d’un être humain. Cependant, leurs performances sont le fruit d’une biomécanique totalement différente, ce qui rend toute comparaison directe avec les athlètes problématique.
Le sport n’a jamais consisté uniquement à réaliser le meilleur temps, le saut le plus haut ou le soulevé de poids le plus lourd. Lorsque nous regardons des athlètes en compétition, nous n’assistons pas simplement à des exploits physiques.
Nous assistons à des combats entre athlètes et sportifs, confrontés à la fatigue, la pression, l’incertitude, les émotions et le risque. Le mouvement olympique, par essence, définit le sport autant par le développement humain et l’expérience que par les résultats.
Relever ces défis est tout aussi important que maîtriser les compétences physiques nécessaires à la performance. C’est cette expérience humaine qui donne tout son sens aux exploits sportifs et crée le lien entre les athlètes, les spectateurs et l’ensemble de la communauté sportive.
Un robot peut ressembler à un être humain, mais il ne vit pas le sport de la même manière. Il ne ressent pas le trac au départ, ne surmonte pas le doute après une blessure, et n’éprouve ni la joie de la victoire ni la déception de la défaite.
C’est pourquoi comparer le temps de sprint d’un robot au record du monde de Bolt est finalement trompeur. La véritable réussite ne réside pas dans l’excellence athlétique, mais dans le progrès technologique.
Le développement rapide des robots humanoïdes suscite d’importants débats sur l’influence de la technologie sur l’avenir du sport. La robotique pourrait aider les entraîneurs à analyser les performances, à améliorer les méthodes d’entraînement et à repousser les limites de l’exploit humain.
Parallèlement, la relation entre le sport et la technologie a rarement été simple. L’introduction de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) dans le football, par exemple, reste controversée malgré son objectif d’améliorer la prise de décision.
Le débat persiste quant à savoir si la technologie améliore ou dégrade l’expérience sportive des joueurs, des officiels et des supporters. La robotique humanoïde soulève des questions encore plus importantes : qui aura accès à ces technologies ?
Ces technologies seront-elles accessibles à tous les sports, ou réservées aux pays, organisations et équipes les plus riches ? Comme pour de nombreuses innovations, le risque existe que la robotique creuse les inégalités existantes en avantageant davantage ceux qui disposent déjà de ressources importantes.
Bien que certains médias occidentaux restent critiques à l’égard des Jeux et des humanoïdes, il est important de rappeler que la culture sportive occidentale ne représente pas l’ensemble du sport mondial. Les différentes sociétés entretiennent des relations différentes avec la technologie et ont des attentes différentes quant à ce que peut être le sport.
C’est important car le sport a longtemps été considéré comme une activité relativement accessible. Le football, souvent qualifié de sport populaire, est devenu un phénomène mondial grâce à sa praticabilité quasi universelle. Or, la dépendance croissante aux technologies de pointe risque d’éloigner le sport de ces fondements.
Les compétitions de robots ont également révélé le chemin qu’il reste à parcourir à cette technologie. Pour chaque performance record, il y avait des robots qui tombaient, percutaient des barrières, s’écrasaient contre du matériel et, dans certains cas, se brisaient en pleine compétition.
Un robot de course aurait dû être évacué après avoir percuté une barrière de sécurité et pris feu . Un autre a percuté la table des juges lors d’une épreuve d’haltérophilie.
Ces moments peuvent paraître amusants, mais ils mettent en lumière une réalité importante : la robotique humanoïde reste une technologie en développement plutôt qu’un produit fini.
Pour autant, la tendance est claire. En Chine, la robotique s’intègre déjà de plus en plus dans la vie quotidienne et l’industrie. À mesure que les technologies humanoïdes se développent et se diffusent à l’échelle internationale, les débats concernant leur place dans le sport ne feront que s’intensifier.
Pour l’instant, les robots ne remplacent pas les athlètes. Mais à l’avenir, les instances dirigeantes de certains sports devront peut-être répondre à des questions difficiles concernant la place des robots, leur réglementation et le rôle qu’ils devraient jouer dans la compétition sportive.
Ross Walker
Maître de conférences en gestion du sport, Université de Stirling
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