L’armée américaine a lancé des frappes contre l’Iran le 9 juin en représailles à la destruction d’un hélicoptère de l’armée américaine près du détroit d’Ormuz la veille. Ces frappes, qualifiées par l’armée américaine de « réponse proportionnée à une agression iranienne injustifiée », sont intervenues après que Donald Trump a affirmé être sur le point de conclure un « très, très bon accord » pour mettre fin à la guerre.
L’Iran a rapidement riposté par des attaques. Le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique, branche des forces armées iraniennes, affirme avoir frappé des bases américaines au Bahreïn et en Jordanie. Il a également averti que des attaques « encore plus graves » seraient menées si les États-Unis réitéraient leurs frappes.
Cet épisode s’est déroulé quelques jours après une brève reprise des hostilités directes entre Israël et l’Iran. Déclenchées par des opérations israéliennes contre le Hezbollah au Liban, où un cessez-le-feu était censé être en vigueur, les deux camps ont lancé plusieurs séries de frappes réciproques avant d’annoncer la suspension des hostilités.
À première vue, ces incidents semblent contradictoires. La diplomatie est censée être l’alternative à la guerre et les cessez-le-feu sont censés réduire la violence. Pourtant, alors que les États-Unis, Israël et l’Iran échangent à nouveau des attaques, et que les opérations militaires se poursuivent au Liban malgré les accords de cessez-le-feu, diplomatie et conflit semblent de plus en plus se dérouler simultanément.
Pendant des décennies, les décideurs politiques ont considéré la guerre et la diplomatie comme deux phases distinctes des relations internationales. Les États négociaient jusqu’à l’échec des pourparlers, puis les combats éclataient. Finalement, la réalité du champ de bataille ou la pression internationale contraignaient les adversaires à revenir à la table des négociations. La diplomatie servait alors de porte de sortie au conflit.
Les suites de la guerre israélo-arabe de 1973 illustrent parfaitement ce modèle. Les efforts diplomatiques soutenus qui ont suivi le conflit ont abouti aux accords de Camp David de 1978, qui ont jeté les bases d’un traité de paix définitif entre l’Égypte et Israël. Ce traité a été signé l’année suivante et est toujours en vigueur.
Cependant, ce modèle est de plus en plus difficile à identifier, le Moyen-Orient étant aujourd’hui caractérisé par une dynamique différente. Les négociations entre belligérants se poursuivent malgré les affrontements militaires, les cessez-le-feu côtoient les frappes aériennes et les médiateurs font la navette entre les capitales alors même que les menaces s’intensifient.
Le problème n’est pas que la diplomatie soit un échec, mais qu’elle ne remplit plus sa fonction traditionnelle. Au lieu de mettre fin aux conflits, elle contribue à les gérer – une distinction importante car un conflit géré n’est pas nécessairement un conflit résolu.
Gérer les conflits
Les récentes escalades entre Israël et l’Iran, et maintenant entre l’Iran et les États-Unis, illustrent ce dilemme. Aucune de ces parties ne semble souhaiter une guerre régionale à grande échelle, car les coûts seraient exorbitants et les conséquences imprévisibles. Pourtant, chacune d’elles refuse d’abandonner ce qu’elle considère comme des intérêts de sécurité vitaux.
Israël considère les capacités militaires du Hezbollah comme une menace majeure et a donc tout intérêt à affaiblir le groupe. L’Iran, en revanche, juge la défense du Hezbollah essentielle à sa sécurité, car le groupe constitue un puissant facteur de dissuasion face à Israël et renforce l’influence régionale de Téhéran. Les États-Unis ont frappé l’Iran afin de maintenir la dissuasion et de signifier que toute attaque contre le personnel et les intérêts américains aurait des conséquences.
Il en résulte un cycle d’escalade maîtrisée. La force militaire n’est pas employée pour remporter une victoire décisive, mais pour afficher sa détermination face aux adversaires, rassurer les alliés et l’opinion publique nationale, et persuader les dirigeants adverses que le coût d’une escalade supplémentaire est supérieur aux avantages potentiels. La diplomatie, quant à elle, vise non pas à éliminer le conflit sous-jacent, mais à empêcher que l’escalade ne devienne incontrôlable.
Cela crée un équilibre dangereux. Lorsque la diplomatie sert principalement à gérer les crises, les dirigeants sont moins incités à faire les compromis difficiles qu’exige une paix durable. Les négociations peuvent se prolonger indéfiniment tandis que la violence persiste, les cessez-le-feu deviennent des pauses plutôt que des accords et le conflit s’enlise dans la routine.
Au Moyen-Orient, la distinction traditionnelle entre guerre et paix s’estompe. Les puissances rivales ne passent plus aisément de la diplomatie au conflit et inversement. Elles évoluent désormais en permanence dans un entre-deux. Cette situation devrait inquiéter les décideurs politiques.
Une grande partie de la diplomatie contemporaine repose encore sur des hypothèses qui ne sont plus pleinement valables. Les négociations sont souvent perçues comme une preuve de désescalade, tandis que les cessez-le-feu sont considérés comme un signe de progrès vers la paix. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne nous renseigne nécessairement sur la question de savoir si un conflit se rapproche réellement d’une résolution.
Les récents échanges entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre l’Iran et Israël, font donc naître une inquiétude. Le plus grand danger n’est peut-être pas que le Moyen-Orient replonge dans un conflit plus vaste, mais plutôt qu’il s’installe dans un état de confrontation permanente où la violence éclate périodiquement, la diplomatie intervient ponctuellement, sans que ni l’une ni l’autre ne modifie fondamentalement la réalité sous-jacente.
Depuis des décennies, le principal défi des relations internationales est de savoir comment passer de la guerre à la paix. Le défi qui se pose aujourd’hui est différent : les négociateurs doivent s’atteler à la tâche bien plus ardue de mettre fin à un conflit alors que guerre et paix coexistent.
Bamo Nouri
Chercheur associé honoraire, Département de politique internationale, City St George’s, Université de Londres
Inderjeet Parmar
Professeur de politique internationale, City St George’s, Université de Londres





















