Un nouveau comité consultatif indépendant pour les nominations au Sénat est en cours de création, et cinq sièges au Sénat devraient être vacants d’ici la fin de 2026. Alors que le Canada repense qui devrait contribuer à façonner l’une de ses institutions publiques les plus importantes, il a également l’occasion d’élargir la conception de la représentation dans une société de plus en plus diversifiée.
Cela soulève une question plus large : lorsque les institutions publiques parlent de représentation des Noirs, comment la mesurent-elles précisément ?
Population noire diversifiée et en croissance rapide
La population noire du Canada croît rapidement et se diversifie de plus en plus. En 2016, près de 1,2 million de personnes au Canada s’identifiaient comme noires. En 2021, ce nombre avait atteint environ 1,5 million .
Près de la moitié des Canadiens noirs sont des immigrants, et Statistique Canada indique que les populations noires figurent parmi celles qui connaissent la croissance la plus rapide au pays . Pourtant, les débats publics et les reportages sur la diversité présentent souvent les Canadiens noirs comme s’il s’agissait d’une communauté unique et homogène.
En réalité, le Canada noir comprend les immigrants africains, les Canadiens caribéens, les Afro-Néo-Écossais, les Canadiens haïtiens et de nombreuses autres communautés ayant des histoires, des expériences migratoires et des priorités politiques distinctes.
Certaines communautés sont établies au Canada depuis des siècles, tandis que d’autres y sont arrivées plus récemment par l’immigration. Leurs relations avec les institutions, le marché du travail et les politiques publiques canadiennes ne sont donc pas toujours les mêmes.
Reconnaître cette diversité n’affaiblit pas l’engagement du Canada envers l’équité. Au contraire, cela le renforce.
Des progrès significatifs
Les politologues distinguent la représentation descriptive , c’est-à-dire qui occupe des postes de direction, et la représentation substantielle , c’est-à-dire dont les expériences et les intérêts influencent la prise de décision publique. Une institution publique peut paraître représentative parce qu’elle compte des dirigeants noirs parmi ses membres, tout en ignorant d’importantes différences au sein des communautés noires.
Les récentes nominations au Sénat illustrent l’importance de cette distinction. La sénatrice Paulette Senior apporte la perspective d’une leader canado-jamaïcaine forte de plusieurs décennies d’expérience dans la promotion de l’égalité des sexes et le développement communautaire. La sénatrice Suze Youance , née en Haïti et désormais Canadienne, apporte l’expérience d’une professionnelle et militante communautaire canado-haïtienne. Le sénateur Tony Ince est reconnu depuis longtemps pour son leadership au sein des communautés afro-néo-écossaises.
Ensemble, ces nominations démontrent que la représentation des Noirs est elle-même diverse, reflétant différentes histoires migratoires, expériences régionales et priorités communautaires plutôt qu’une seule perspective noire.
Ces nominations constituent également un progrès significatif. Elles illustrent pourquoi le simple décompte du nombre de dirigeants noirs ne suffit plus à expliquer la situation dans son ensemble. À mesure que la population noire du Canada se diversifie, notre conception de la représentation doit évoluer elle aussi.
Des expériences très différentes
Dans mes recherches sur les professionnels de la santé formés au Nigéria au Canada , j’ai constaté que les immigrants noirs vivent souvent l’expérience des institutions canadiennes à travers les effets combinés de la race, de la politique d’immigration, de la réglementation professionnelle et des barrières du marché du travail.
La reconnaissance des titres de compétences, les exigences en matière de permis et la reconnaissance de l’éducation internationale continuent de façonner les perspectives d’avenir longtemps après l’arrivée des personnes au Canada.
Mes conclusions suggèrent que comprendre la représentation exige de prêter attention non seulement à la race, mais aussi à l’histoire des migrations et aux différentes façons dont les communautés noires interagissent avec les institutions canadiennes.
Un immigrant noir arrivé au Canada il y a cinq ans, un Afro-Néo-Écossais de sixième génération et un Canadien d’origine jamaïcaine dont les grands-parents sont arrivés dans les années 1960 peuvent tous être victimes de racisme anti-Noir. Cependant, leurs relations avec les politiques d’immigration, les systèmes d’éducation, les permis d’exercice professionnels, l’emploi, le logement et les institutions publiques peuvent être très différentes.
Complexité de la vie des Noirs
Ces différences façonnent la manière dont les communautés interagissent avec le gouvernement et dont elles perçoivent les politiques publiques.
Reconnaître ces différences ne divise pas les communautés noires. Cela reconnaît que les grandes catégories raciales ne peuvent pas pleinement saisir la complexité de la vie des Noirs au Canada.
Les implications dépassent largement le cadre du Sénat. Les gouvernements, les universités, les entreprises et les organismes publics s’appuient de plus en plus sur des indicateurs de diversité pour mesurer les progrès accomplis en matière d’équité. Recenser le nombre de personnes noires occupant des postes de direction est une première étape importante, mais ne devrait pas constituer le seul critère de réussite.
Des données plus détaillées et distinctes sur la grande diversité des communautés noires au Canada , des reportages plus nuancés et un engagement plus large auprès des différentes communautés noires permettraient aux institutions de comprendre quelles communautés ont accès à des opportunités de leadership, lesquelles restent sous-représentées et quelles perspectives peuvent être absentes de la prise de décision.
L’engagement du Canada envers l’équité n’a jamais consisté simplement à pourvoir les sièges. Il s’agit de veiller à ce que les institutions publiques bénéficient d’une grande diversité d’expériences vécues et de points de vue.
Alors que le Canada modernise son mode de sélection des sénateurs, il a aussi l’occasion d’élargir sa conception de la représentation. Cela signifie se demander non seulement si les Canadiens noirs sont représentés, mais aussi si la diversité de la communauté noire canadienne se reflète dans les voix qui contribuent à façonner l’avenir du pays.
Sheri Adekola
Chargé de cours, Migration et marchés du travail, Université de Guelph


















