Transférer le coût du traitement des déchets d’emballage aux entreprises

Dans un magasin, il peut être difficile de s’y retrouver parmi tous les emballages disponibles. Prenons l’exemple du shampoing : il existe en bouteille plastique rigide, en tube souple, en flacon métallique rechargeable et même en pain de shampoing dans une boîte en carton.

Faire des choix d’achat écoresponsables ou socialement responsables peut s’avérer complexe, car les emballages affichent souvent des allégations de durabilité diverses. On peut ainsi trouver des produits étiquetés comme recyclables, compostables, rechargeables, fabriqués à partir de matériaux recyclés ou biosourcés, neutres en carbone ou en plastique, non testés sur les animaux, issus du commerce équitable, promouvant une gestion forestière responsable, et bien d’autres encore.

L’élimination des emballages vides pose un problème similaire. Le choix des matériaux (recyclables, compostables ou à jeter) est généralement déterminé au niveau municipal, en fonction des types d’emballages acceptés par les filières de recyclage et de compostage locales.

En tant que chercheuse en politiques environnementales , j’ai constaté le potentiel d’une approche qui gagne du terrain aux États-Unis en matière d’emballage : la responsabilité élargie des producteurs (REP). Cette approche pourrait transformer radicalement les choix des entreprises d’emballage et le devenir de ces emballages après leur élimination.

Qu’est-ce que la responsabilité élargie du producteur ?

Les politiques de responsabilité élargie des producteurs (REP) reposent sur le principe du « pollueur-payeur » , selon lequel les parties responsables de la pollution doivent en assumer le coût de gestion. Comme son nom l’indique, la REP étend la responsabilité aux producteurs.

Déterminer précisément qui est considéré comme producteur et quelle est l’étendue de sa responsabilité dépend toutefois de la législation applicable. De manière générale, ces politiques visent à responsabiliser les grandes entreprises telles que General Mills ou PepsiCo quant au devenir des emballages de leurs produits (boîtes de céréales, sachets de chips, canettes, etc.).

En obligeant les marques à financer – et parfois même à gérer – des systèmes de recyclage, la REP (Responsabilité Énergétique des producteurs) décharge les contribuables locaux de la gestion des déchets. On suppose que, lorsque les producteurs intègrent ces coûts, ils repenseront leurs emballages afin de réduire leur impact environnemental global .

Mise en œuvre initialement en Europe au début des années 1990, cette approche politique a connu un essor considérable à l’échelle mondiale. Plus de 400 lois sur la responsabilité élargie du producteur (REP) obligatoires , couvrant divers produits tels que les emballages, les automobiles, l’électronique, les batteries, les textiles et bien d’autres, ont été adoptées dans de nombreux pays.

Les producteurs versent généralement des cotisations à un organisme de responsabilité élargie des producteurs (ORE), en fonction de la quantité et du type d’emballages vendus. Cet organisme utilise ensuite ces fonds pour financer la collecte et le traitement des emballages en vue de leur recyclage.

Ces programmes ont permis d’améliorer les taux de recyclage . Mais ils ont eu moins de succès pour encourager l’amélioration de la conception des emballages .

Face à l’évolution des politiques de responsabilité élargie des producteurs (REP), les décideurs expérimentent de nouvelles approches incitant les fabricants à concevoir des emballages plus durables. Par exemple, un nouveau mécanisme, l’écomodulation, ajuste les redevances des producteurs en fonction de certains critères de conception. Grâce à l’écomodulation, les producteurs qui intègrent des matériaux recyclés dans leurs emballages peuvent bénéficier d’une réduction de leurs redevances. À l’inverse, ceux qui utilisent des étiquettes difficiles à retirer, rendant leurs emballages difficiles à recycler, risquent de se voir appliquer des redevances plus élevées.

Les politiques d’emballage gagnent du terrain aux États-Unis

Contrairement aux politiques de REP en Europe, qui sont mises en œuvre au niveau national et guidées par une réglementation à l’échelle de l’Union européenne , la REP aux États-Unis émerge au niveau des États.

Depuis 2021, sept États américains ont adopté des lois sur la responsabilité élargie des producteurs (REP) afin de responsabiliser les entreprises quant à l’emballage de leurs produits (boîtes, bouteilles, bidons, bocaux et conserves). Plus d’une douzaine d’autres États envisagent des politiques REP, mais n’ont pas encore adopté de lois en la matière.

La fragmentation des réglementations en matière d’emballage aux États-Unis a suscité des appels à la normalisation des politiques afin de faciliter la mise en conformité des entreprises et d’accroître l’efficacité globale.

Comprendre le patchwork des politiques

Selon la conception des politiques, les lois sur l’emballage pourraient inciter à l’adoption d’emballages plus réutilisables ou rechargeables, comme ce rayon de produits en vrac à Magog, au Québec. Erin Victor

J’ai récemment mené une enquête auprès d’experts en politiques de gestion des déchets, notamment des chercheurs, des représentants gouvernementaux, des organismes de responsabilité élargie des producteurs (REP), des consultants et des acteurs de la société civile. Ces experts ont expliqué en détail pourquoi ces politiques sont si fragmentées. Ils ont affirmé que les politiques de REP devraient transférer les coûts de gestion des déchets d’emballages aux producteurs. Cependant, leurs points de vue divergent quant aux objectifs généraux de ces politiques, aux indicateurs de réussite des programmes et à la structure des redevances.

Par exemple, certains experts considéraient la REP comme un outil de financement pour l’amélioration des systèmes de recyclage locaux. D’autres soulignaient que le simple transfert des coûts de recyclage aux producteurs ne suffisait pas. Ils affirmaient que ces politiques devaient également réduire l’impact environnemental des producteurs.

Les participants à l’enquête ont également priorisé différentes modifications de la conception des emballages. Par exemple, certains ont indiqué que les politiques de responsabilité élargie des producteurs (REP) devraient se concentrer sur la réduction des déchets, notamment en encourageant les producteurs à utiliser des bouchons non détachables. D’autres souhaitaient voir une plus grande attention portée aux emballages réutilisables ou à l’adoption d’emballages biosourcés ou compostables.

En l’absence de consensus clair sur ce qui constitue un emballage véritablement durable, les réglementations s’appuient souvent sur des objectifs, comme l’exigence que 100 % des emballages soient recyclables ou compostables. Cependant, ces caractéristiques des matériaux ne permettent pas toujours de réduire l’impact environnemental .

Pourquoi les incohérences politiques sont-elles importantes ?

Face à l’adoption par les États de politiques aux objectifs et normes de conception contradictoires, la mosaïque de lois qui se dessine crée un cadre impossible à suivre pour les entreprises souhaitant repenser leurs emballages. Par exemple, le passage à une bouteille compostable peut être encouragé dans un État et pénalisé dans un autre .

Même sans politique nationale de REP (Responsabilité Énergétique des producteurs), des objectifs, des cibles et des incitations à la conception plus harmonisés entre les États permettraient aux décideurs politiques de mieux exploiter le potentiel de ces lois. Dans le cadre des politiques actuelles, les grandes multinationales sont susceptibles de considérer les frais de mise en conformité comme un simple coût d’exploitation. Une réglementation coordonnée inciterait plus clairement les producteurs à concevoir des emballages plus écologiques.

Erin Victor

Chercheur postdoctoral en développement durable, Université du Maine

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