Il y a cinquante-trois ans, Jan-Erik Olsson, un criminel récidiviste, pénétra dans une banque de Norrmalmstorg, une place du centre de Stockholm, sortit une mitraillette de sous sa veste et tira au plafond. Des débris de béton et de verre s’abattirent sur la banque. « La fête ne fait que commencer ! », cria-t-il avec un faux accent américain, avant de prendre quatre employés en otage.
Olsson exigea 3 millions de couronnes suédoises, un véhicule pour s’enfuir et la libération de Clark Olofsson, un homme avec qui il s’était lié d’amitié en prison. La police accéda à ces demandes, fournissant notamment un plein d’essence pour la voiture, mais Olsson refusa toujours de libérer les otages ou de quitter la banque.
Au fil des jours, un événement inattendu se produisit. Au lieu de craindre leurs ravisseurs, les otages – retenus dans l’un des coffres de la banque – semblèrent éprouver des sentiments positifs à leur égard. Ils supplièrent même la police de ne pas leur faire de mal.
Nils Bejerot, psychiatre ayant conseillé la police durant la crise, a forgé le terme « syndrome de Norrmalmstorg » pour décrire ce qu’il considérait comme les réactions inhabituelles des otages. Il est à noter que Bejerot n’a jamais interrogé aucun d’entre eux.
À l’échelle internationale, ce terme est devenu connu sous le nom de syndrome de Stockholm.
Cependant, le syndrome de Stockholm n’a jamais été officiellement reconnu comme un diagnostic psychiatrique. Il ne figure dans aucun des principaux manuels diagnostiques utilisés internationalement par les psychiatres.
Malgré cela, le terme est aujourd’hui largement employé pour décrire des situations où des personnes prises en otage, kidnappées ou victimes de mauvais traitements semblent développer des sentiments positifs envers leur ravisseur. Elles peuvent même paraître prendre parti pour celui-ci ou résister aux tentatives de sauvetage.
Les chercheurs ont décrit plusieurs comportements associés à cette réaction. Les captifs peuvent avoir la possibilité de s’échapper, mais choisir de ne pas la saisir . Ils peuvent se méfier des sauveteurs et des autres personnes présentes à l’extérieur, voire devenir hostiles . De petites attentions de la part de leurs ravisseurs peuvent alors prendre une importance considérable . Enfin, ils peuvent tout faire pour obéir aux ordres afin de satisfaire leurs ravisseurs .
Non irrationnel
Qualifier ce comportement de syndrome peut induire en erreur. Il s’agit de personnes qui réagissent à une menace extrême. Ce qui peut paraître, de l’extérieur, comme un attachement irrationnel, peut se révéler une stratégie de survie pertinente. Si le fait de maintenir ses ravisseurs calmes, apaisés ou compatissants réduit le risque d’être blessé, alors adapter son comportement de cette manière peut constituer une réponse parfaitement compréhensible au danger.
En réalité, certaines stratégies employées par les otages peuvent ressembler à celles utilisées délibérément par les négociateurs de la police lors de prises d’otages . Ces derniers tentent d’établir une relation de confiance avec le preneur d’otages , car cela leur permet d’exercer une plus grande influence sur son comportement et de faciliter la libération des otages.
Des recherches suggèrent que les personnes captives peuvent adopter des stratégies similaires, cherchant à établir une relation avec leur ravisseur pour se sentir plus en sécurité. C’est pourquoi les psychologues se montrent réticents à considérer cette réaction comme le signe d’un comportement anormal.
Les personnes ayant survécu à un traumatisme ne se comportent pas toujours comme on s’y attend. Cependant, un comportement inattendu n’est pas forcément pathologique. Il est plus pertinent de s’interroger sur la finalité de ce comportement pour la personne qui le vit.
En situation de captivité, par exemple, chercher à plaire à son ravisseur peut permettre d’obtenir davantage de nourriture, d’eau, de chaleur, de confort ou de soins médicaux. Dans une relation abusive, apaiser l’agresseur peut réduire le risque immédiat de violence. Ce comportement peut donc avoir une fonction protectrice, même s’il paraît étrange ou contradictoire à un observateur extérieur.
Qualifier cela de syndrome peut aussi donner à la personne ayant survécu à l’événement le sentiment que sa réaction est anormale ou irrationnelle. Cela détourne l’attention des circonstances qui ont initialement engendré ce comportement.
C’est pourquoi certains chercheurs ont suggéré de remplacer ce terme par un autre qui rende mieux compte de la situation. L’une des propositions est celle d’ « apaisement » : l’idée est que les personnes peuvent sembler émotionnellement liées à leurs ravisseurs parce qu’elles tentent de les calmer dans une situation où leur vie est en danger.
Vu sous cet angle, le lien apparent entre la victime et l’agresseur n’est pas forcément contradictoire. Si le fait de paraître loyal, affectueux ou docile diminue la probabilité qu’une personne dangereuse commette un acte répréhensible, il peut s’agir d’une réaction parfaitement rationnelle face à une situation irrationnelle.
Plus d’un demi-siècle après sa création, le terme de Béjerot est devenu obsolète. L’abandonner pourrait modifier la façon dont les victimes sont perçues par la police, les tribunaux et les médecins, qui risquent autrement d’interpréter leur comportement à travers le prisme d’un « syndrome » qui n’a jamais constitué un diagnostic reconnu.
Amy Grubb
Professeur associé de psychologie légale, Université du Gloucestershire





















