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Donald Trump a choisi, pour l’instant, de ne pas engager directement les forces américaines contre les Houthis au Yémen, malgré les demandes répétées du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Washington continuera de fournir du renseignement et une aide au ciblage à Riyad, sans ajouter une nouvelle campagne militaire américaine à une région déjà saturée de fronts. Derrière cette décision se dessine un calcul beaucoup plus vaste.
Trump ne regarde plus seulement le Yémen. Il regarde Hormuz, Bab el-Mandeb, l’Iran, le prix du pétrole et le risque de transformer une guerre régionale difficile à contenir en conflit américain sans sortie évidente.
Trump découvre qu’un front supplémentaire peut coûter plus cher qu’il ne rapporte
Mohammed ben Salmane aurait appelé Trump à deux reprises afin de demander des frappes américaines contre les Houthis, dont l’avancée spectaculaire sur la côte occidentale du Yémen bouleverse à nouveau l’équilibre régional. Le président américain a refusé. Le choix est d’autant plus remarquable que les États-Unis ne considèrent nullement les Houthis comme un acteur bénin. Trump avait lui-même ordonné en mars 2025 une vaste campagne de frappes contre le mouvement, promettant alors une force militaire « décisive et puissante ». Deux mois plus tard, Washington mettait fin à cette campagne à la suite d’une médiation omanaise et d’un arrangement destiné à protéger la navigation américaine.
Le Trump de septembre 2026 raisonne donc différemment du Trump de mars 2025. Les Houthis restent hostiles, armés, liés à Téhéran et désormais mieux positionnés autour de Bab el-Mandeb. Pourtant, chaque bombe américaine larguée sur le Yémen créerait une nouvelle équation militaire. Les Houthis pourraient reprendre leurs attaques contre les bâtiments américains. L’Iran pourrait multiplier les réponses indirectes. Les forces américaines devraient protéger davantage de bases, de navires et de partenaires. Les stocks de missiles d’interception seraient sollicités sur un théâtre supplémentaire. Le Pentagone devrait alors combattre simultanément pour sécuriser Hormuz et empêcher Bab el-Mandeb de devenir un deuxième robinet géopolitique sur le commerce mondial.
C’est précisément ce que Washington semble vouloir éviter. Les responsables américains cités ces derniers jours expliquent que la priorité demeure l’Iran et la protection du détroit d’Ormuz. Le Yémen doit, autant que possible, rester une guerre gérée par les acteurs de la région. L’Amérique fournit les yeux, les renseignements et les coordonnées. Elle ne veut pas nécessairement fournir les avions qui largueront les bombes. Ce n’est pas un retrait du Moyen-Orient. C’est une hiérarchisation brutale de ses guerres.
Bab el-Mandeb transforme les Houthis en problème économique mondial
Le problème est que la géographie ne respecte pas toujours les préférences de Washington. Les Houthis ont progressé sur la côte de la mer Rouge, pris Mokha et renforcé leur présence autour des îles commandant l’accès au détroit de Bab el-Mandeb. Cette bande maritime étroite relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’une des artères fondamentales du commerce entre l’Asie, l’Europe et la Méditerranée. Leur progression ne représente donc pas seulement une victoire dans la guerre civile yéménite. Elle rapproche un mouvement allié à l’Iran d’un deuxième verrou majeur du système énergétique mondial.
Téhéran dispose déjà d’un levier considérable autour du détroit d’Ormuz. Si les Houthis peuvent simultanément menacer Bab el-Mandeb, l’Iran et ses partenaires acquièrent quelque chose de beaucoup plus important qu’un avantage tactique. Ils obtiennent la possibilité de faire peser une prime géopolitique permanente sur deux passages essentiels du commerce énergétique mondial. Le pétrole a déjà dépassé les 100 dollars le baril dans ce contexte d’escalade et les perturbations commencent à se répercuter jusque sur les prix américains du carburant.
Le paradoxe devient alors spectaculaire. Trump refuse de bombarder les Houthis précisément parce qu’il ne veut pas élargir la guerre. Pourtant, plus les Houthis avancent, plus le coût économique de la non-intervention augmente. Une fermeture durable de Bab el-Mandeb détournerait davantage de navires autour de l’Afrique, rallongerait les trajets, renchérirait le fret, l’assurance et l’énergie. La guerre yéménite finirait ainsi par entrer dans les économies occidentales non pas sous la forme de soldats revenant dans des cercueils, mais sous celle d’un litre d’essence plus cher, d’un transport maritime plus coûteux et d’une inflation importée. C’est exactement le type de guerre que les électeurs américains peuvent ressentir sans jamais savoir situer Mokha sur une carte.
Le refus américain oblige le Golfe à regarder l’Iran sans Washington entre les deux
La décision de Trump contient enfin un message plus dérangeant pour les monarchies du Golfe. Pendant des décennies, une partie de l’architecture sécuritaire régionale a reposé sur une hypothèse simple. Face à une menace stratégique majeure, la puissance militaire américaine finirait par apparaître derrière les alliés de Washington. Cette garantie devient désormais plus conditionnelle. Mohammed ben Salmane peut demander des frappes. Trump peut répondre non. L’alliance demeure, le renseignement circule, les armes américaines restent présentes, sans qu’il existe pour autant un droit automatique à l’aviation américaine.
Les capitales du Golfe commencent déjà à ajuster leur comportement. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et l’Irak explorent des discussions avec l’Iran à Oman autour de la sécurité maritime et d’éventuels arrangements permettant de réduire les risques sur les routes énergétiques. La conséquence politique du refus de Trump pourrait donc dépasser largement le Yémen. Washington voulait éviter une guerre supplémentaire. Il pourrait contribuer, volontairement ou non, à accélérer une diplomatie régionale dans laquelle les États du Golfe cherchent directement avec Téhéran les garanties qu’ils ne sont plus certains d’obtenir militairement des États-Unis.
Il serait toutefois excessif d’interpréter cette position comme un abandon définitif. Des responsables américains précisent que la décision pourrait changer si les Houthis menaçaient plus directement la navigation en mer Rouge. Trump lui-même a déclaré samedi que les Houthis avaient contacté son administration et semblaient vouloir éviter une confrontation directe avec les États-Unis. Il affirme également qu’ils laissent passer une grande partie du trafic maritime. Washington semble donc tester une frontière très précise. Tant que les intérêts américains essentiels ne sont pas directement frappés, la Maison-Blanche préfère contenir la guerre plutôt que l’adopter.
C’est peut-être le véritable changement stratégique. Les États-Unis restent la première puissance militaire de la région, sans vouloir être le service d’incendie de chaque crise qu’elle produit. L’Arabie saoudite découvre qu’acheter des armes américaines ne signifie pas acheter automatiquement une guerre américaine. Les Houthis découvrent qu’ils peuvent avancer tant qu’ils prennent soin de ne pas pousser Washington au point de rupture. L’Iran découvre qu’une pression exercée simultanément sur Hormuz et Bab el-Mandeb peut produire des dividendes diplomatiques sans nécessiter une confrontation frontale permanente avec les États-Unis.
Et Trump semble avoir compris une règle que Washington oublie périodiquement au Moyen-Orient. Il est beaucoup plus facile d’ouvrir un front que de décider qui devra un jour le fermer.
NBSInfos.com
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