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Le 15 septembre ne sera pas seulement une journée de protestation contre un éventuel changement de Constitution. Ce sera surtout un test grandeur nature pour une opposition congolaise qui parle beaucoup d’unité depuis des mois sans avoir encore démontré qu’elle pouvait convertir cette unité en force populaire.
La Coalition Article 64 réunit désormais plusieurs figures majeures de l’opposition, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Elle appelle à une mobilisation nationale et, à Kinshasa, à un sit-in devant le Palais du Peuple le jour même de la rentrée parlementaire. Les manifestants doivent converger depuis plusieurs points de la capitale, occuper politiquement l’espace devant le Parlement et remettre un mémorandum aux autorités.
Une marche contre le troisième mandat, un test pour toute l’opposition
Le mot d’ordre est clair. La C64 affirme vouloir empêcher toute manipulation institutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi après 2028. Elle invoque les articles 70 et 220 de la Constitution, qui encadrent la durée du mandat présidentiel et verrouillent certaines dispositions fondamentales. Elle rejette également les consultations populaires lancées par le pouvoir, qu’elle présente comme une possible étape vers une révision constitutionnelle.
Sur ce terrain, l’opposition possède donc un message relativement simple à vendre. La question est désormais de savoir combien de Congolais considèrent cette bataille constitutionnelle comme suffisamment urgente pour descendre dans la rue.
Les leaders seront aussi jugés par la rue
C’est ici que le 15 septembre devient politiquement plus intéressant. Fayulu, Katumbi, Kabund, Matata et Sesanga peuvent tous produire des déclarations fortes, signer des communiqués et dénoncer les ambitions du pouvoir. La rue demandera autre chose. Elle demandera des corps, du nombre et de la discipline. Une mobilisation massive donnerait à la C64 une légitimité nouvelle. Elle pourrait prétendre que la question constitutionnelle dépasse les états-majors politiques et touche réellement une partie significative de la population. Une mobilisation faible raconterait exactement l’inverse. Elle offrirait au pouvoir un argument facile, celui d’une opposition capable de réunir des noms connus sans réussir à réunir suffisamment de citoyens. C’est pour cette raison que Jean-Marc Kabund et Martin Fayulu multiplient actuellement les appels à la mobilisation à Kinshasa.
Le problème est également interne. La C64 devra démontrer qu’elle peut fonctionner comme coalition politique au-delà d’un ennemi commun. Ces dirigeants viennent d’histoires, de partis et d’ambitions présidentielles différentes. Plusieurs pourraient vouloir être candidats en 2028. Le risque classique de l’opposition congolaise réapparaît donc immédiatement. Tout le monde peut défendre la Constitution ensemble aujourd’hui et recommencer demain à se battre pour savoir qui doit incarner l’alternative. Une foule importante le 15 septembre ne résoudra pas ce problème, elle pourrait cependant créer une dynamique collective suffisamment forte pour rendre la fragmentation politiquement plus coûteuse.
Le Palais du Peuple n’a pas été choisi par hasard
Le choix du Palais du Peuple transforme la manifestation en message adressé autant au Parlement qu’à Félix Tshisekedi. La C64 veut rappeler aux députés et sénateurs que leur mandat ne se réduit pas à accompagner les projets de la majorité. Ses responsables annoncent explicitement vouloir interpeller les parlementaires sur l’usage qu’ils font de leur légitimité populaire. La symbolique est donc puissante. Pendant que les élus rentreront en session à l’intérieur du bâtiment, l’opposition tentera de matérialiser une autre représentation du peuple à l’extérieur. Le 15 septembre pourrait devenir pendant quelques heures une compétition entre deux légitimités, celle des institutions élues et celle revendiquée par la mobilisation populaire.
Cette proximité rend aussi la gestion sécuritaire particulièrement sensible. Les autorités de Kinshasa ont été officiellement informées de l’organisation du sit-in, conformément à la logique déclarative prévue pour les manifestations publiques. Leur réaction comptera presque autant que le nombre de manifestants. Une interdiction brutale ou une répression visible offrirait à la C64 une seconde narration, celle d’un pouvoir qui affirme vouloir consulter le peuple tout en craignant de le voir manifester devant son Parlement. Une gestion calme et encadrée priverait au contraire l’opposition de cette arme et la contraindrait à faire la démonstration de sa force politique sans pouvoir expliquer un éventuel échec par la seule répression.
La guerre à l’Est devient aussi une bataille de récit
Le camp favorable au pouvoir tente déjà de déplacer la conversation. Plusieurs voix appellent les Congolais à considérer la guerre dans l’Est, l’intégrité territoriale et la cohésion nationale comme des priorités supérieures aux querelles constitutionnelles. La C64 retourne cet argument contre Félix Tshisekedi. Elle soutient qu’un pouvoir confronté à l’occupation d’une partie du territoire, au chômage, à la précarité sociale et aux difficultés économiques ne devrait pas consacrer son énergie politique à une possible reconfiguration constitutionnelle. La même guerre devient ainsi la matière première de deux récits opposés. Pour le pouvoir, elle exige unité et stabilité. Pour l’opposition, elle rend encore plus suspecte toute tentative de déplacer le débat vers l’avenir institutionnel du chef de l’État.
Cette bataille de récit pourrait devenir déterminante à mesure que 2028 approche. Si la question constitutionnelle demeure abstraite pour une grande partie de la population, l’opposition devra la relier aux frustrations quotidiennes, au coût de la vie, au chômage, à l’insécurité et au fonctionnement de l’État. La C64 semble déjà essayer de faire cette jonction. Jean-Marc Kabund présente par exemple la situation actuelle comme le produit d’un système bénéficiant à un groupe restreint, tandis que les autres leaders insistent sur le contraste entre les urgences sociales et la possibilité d’un débat constitutionnel.
Le 15 septembre ne dira pas qui gagnera en 2028
Une grande marche ne fait pas une alternance. Elle ne produit ni programme économique, ni candidat commun, ni implantation nationale, ni stratégie électorale. Elle peut toutefois révéler quelque chose d’essentiel, l’existence ou non d’un rapport de force politique au-delà des salons et des conférences de presse. Pour la C64, le 15 septembre constitue donc moins une victoire annoncée contre Félix Tshisekedi qu’un examen qu’elle s’impose à elle-même. Plus la foule sera importante, plus il deviendra difficile pour le pouvoir de traiter la question du troisième mandat comme une agitation périphérique. Plus elle sera faible, plus l’Union sacrée pourra conclure que les dirigeants de l’opposition parlent davantage au nom du peuple qu’ils ne le mobilisent réellement.
C’est peut-être là que se trouve la véritable importance de cette journée. Depuis des années, la politique congolaise produit des coalitions à une vitesse impressionnante et les défait presque aussi rapidement. La C64 tente aujourd’hui de construire quelque chose de différent autour d’une ligne rouge constitutionnelle. Le 15 septembre dira si cette ligne existe seulement sur le papier ou si elle commence à exister dans la rue. Pour Fayulu, Katumbi, Kabund, Matata, Sesanga et leurs alliés, le rendez-vous n’est donc pas uniquement avec Tshisekedi. Il est avec leur propre crédibilité.
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