wikimedia.org
Le pétrole dépasse de nouveau les 100 dollars le baril, le détroit d’Ormuz reste perturbé par la confrontation entre les États-Unis et l’Iran, les coûts du transport maritime explosent et la crise s’étend jusqu’à Bab el-Mandeb avec l’avancée des Houthis. Dans ce désordre énergétique, la Chine vient pourtant de prendre une décision très peu libérale dans sa logique.
Pour la troisième fois depuis le début de la guerre avec l’Iran, Pékin limite volontairement l’augmentation des prix de l’essence et du diesel sur son marché intérieur. À partir du 12 septembre, l’essence augmentera de 260 yuans par tonne et le diesel de 250 yuans. Le mécanisme normal de fixation des prix aurait justifié respectivement 435 et 420 yuans. L’État chinois a donc décidé qu’une partie du choc extérieur ne serait tout simplement pas transmise au consommateur.
Le marché mondial flambe, Pékin refuse de tout transmettre à sa population
Il ne s’agit pourtant pas de prétendre que les Chinois échappent à la crise. Depuis le dernier ajustement réalisé avant le déclenchement de la guerre avec l’Iran, les prix de détail de l’essence ont déjà augmenté d’environ 19 % et ceux du diesel de 21 %. La différence se trouve ailleurs. Pékin ne considère pas le prix international comme une injonction devant être immédiatement reproduite à l’intérieur du pays. Il le traite comme une contrainte à gérer. La distinction paraît technique. Elle est profondément politique. Le marché mondial produit le choc. L’État décide de la vitesse, de l’ampleur et de la manière dont ce choc entre dans l’économie nationale.
Cette capacité devient d’autant plus importante que la crise actuelle ne ressemble plus à une simple flambée spéculative. L’Agence internationale de l’énergie estime désormais que l’offre mondiale de pétrole pourrait reculer de 5,7 millions de barils par jour en 2026, soit environ 6 %, tandis que les attaques contre les tankers et les infrastructures énergétiques compliquent le retour à des flux normaux dans le Golfe. Les tarifs de transport des très grands pétroliers entre le golfe d’Oman et la Chine ont atteint des niveaux records cette semaine, autour de 11,50 dollars par baril transporté. Même un géant manufacturier comme la Chine ne peut supprimer ce coût. Il peut seulement décider de ne pas le subir passivement.
La véritable réserve stratégique chinoise s’appelle préparation
Ce qui devient intéressant commence plusieurs années avant la crise. Pékin a passé une partie de la dernière décennie à réduire méthodiquement sa vulnérabilité énergétique. Les grandes entreprises publiques chinoises ont investi dans la production domestique, le raffinage, les infrastructures, les stocks et les capacités permettant de réagir à une interruption des approvisionnements extérieurs. Cette politique ne rend évidemment pas la Chine indépendante du pétrole importé. Elle lui donne quelque chose de plus réaliste, du temps, des marges de manœuvre et la capacité de répartir le coût d’une crise entre entreprises publiques, finances publiques et consommateurs au lieu de laisser le prix international décider seul de la distribution des pertes.
C’est précisément ce que beaucoup d’économies découvrent trop tard. Une réserve stratégique ne commence pas le jour où les navires cessent d’arriver. Elle se construit durant les années où tout fonctionne encore. Une raffinerie ne se construit pas après la fermeture d’un détroit. Un réseau de stockage ne s’improvise pas après une attaque de tankers. Une capacité domestique de production ne surgit pas après une hausse de 30 % du pétrole. La Chine possède encore une forte dépendance extérieure, pourtant elle a traité cette dépendance comme un problème institutionnel à réduire progressivement plutôt que comme une fatalité laissée au marché.
La comparaison avec les États-Unis devient presque ironique. Washington examine désormais l’utilisation du Defense Production Act pour accroître ses capacités de raffinage, alors que ses raffineries fonctionnent déjà autour de 98 % de leurs capacités et que la guerre avec l’Iran fait exploser les prix des carburants. Une puissance qui a longtemps présenté la sécurité énergétique comme une affaire d’offre, de prix et d’initiative privée redécouvre en pleine crise la nécessité de planifier. Pékin avait commencé cette réflexion bien avant que le premier tanker soit attaqué.
Le véritable enseignement chinois se trouve donc moins dans le contrôle administratif du prix de l’essence que dans ce qui rend ce contrôle temporairement possible. L’État ne peut distribuer un choc que s’il a auparavant construit les instruments lui permettant de le faire. Sans production, sans stocks, sans raffineries, sans entreprises capables d’absorber une partie des pertes et sans stratégie de long terme, le contrôle des prix devient simplement une pénurie différée. Pékin dispose aujourd’hui d’une marge parce qu’il a consacré des années à construire cette marge.
Dans une économie mondiale devenue obsédée par l’efficacité immédiate, la Chine rappelle ainsi une règle beaucoup plus ancienne. La résilience coûte cher avant la crise et paraît inutile jusqu’au jour où elle devient indispensable. Le pétrole cher ne révèle donc pas seulement la vulnérabilité de ceux qui en manquent. Il révèle aussi la différence entre les pays qui avaient préparé le choc et ceux qui commencent seulement à improviser après son arrivée.
NBSInfos.com
La 16e Biennale de Gwangju devait parler d’art contemporain. Elle s’est retrouvée à parler de…
Mardi 8 septembre, à 5 h 48, deux individus s’introduisent dans le musée Renoir de…
Le 15 septembre ne sera pas seulement une journée de protestation contre un éventuel changement…
Le monde n’est plus simplement en train d’adopter l’intelligence artificielle. Il construit à toute vitesse…
L’informatique moderne possède un paradoxe assez spectaculaire. Internet transporte déjà une immense quantité d’informations grâce…
Les 24,8 milliards USD annoncés pour le budget 2027 arrivent déjà enveloppés dans le langage…