Économie Mondiale

Angola : le pétrole va bien, les réformes vont mal

L’Angola offre aujourd’hui l’un de ces paradoxes que l’économie politique affectionne. L’environnement extérieur lui est redevenu relativement favorable, l’inflation recule, l’accès aux marchés financiers s’améliore et l’activité hors pétrole montre quelques signes de résistance. Pourtant, le Fonds monétaire international vient précisément d’avertir que cette amélioration risque de ralentir les réformes dont le pays a le plus besoin.

Lorsque la contrainte se desserre, l’urgence politique disparaît avec elle. Le pétrole, qui procure à l’État les ressources nécessaires pour respirer, lui permet aussi de différer la transformation qui réduirait sa dépendance au pétrole.

Le problème n’est pas nouveau, mais il devient plus visible. Selon la Banque mondiale, le pétrole représente encore environ 30 % du PIB angolais, 65 % des recettes publiques et plus de 95 % des exportations de marchandises. Une économie peut difficilement prétendre s’être diversifiée lorsque presque toutes ses devises continuent d’entrer par le même tuyau. L’Angola a pourtant accompli de véritables progrès budgétaires. Sa dette publique est passée d’environ 116 % du PIB en 2020 à près de 52 % en 2025, tandis que certains secteurs non pétroliers, notamment les diamants, le commerce et la pêche, ont progressé. Mais cette amélioration reste davantage une stabilisation qu’une rupture de modèle.

Une amélioration qui retarde l’essentiel

Le ralentissement du secteur pétrolier suffit encore à rappeler la fragilité de cette architecture. La croissance s’est établie autour de 3,1 % en 2025 malgré la contraction pétrolière, mais le déficit budgétaire global a atteint environ 4,1 % du PIB, tandis que le recul de la production de brut et des recettes associées a affaibli les comptes extérieurs. L’inflation a diminué mais reste élevée, et le FMI prévoit une croissance moyenne de seulement 2,8 % entre 2026 et 2028. Une économie dépendante d’une ressource vieillissante peut donc afficher simultanément des indicateurs rassurants et une vulnérabilité structurelle profonde.

L’erreur serait alors de confondre soulagement conjoncturel et transformation économique. Un prix du pétrole plus favorable peut améliorer les réserves, soutenir le kwanza, faciliter l’accès au financement et rendre les déficits plus supportables. Rien de cela ne crée automatiquement des industries, des chaînes de valeur, une productivité agricole élevée, des entreprises exportatrices ou un secteur privé capable d’absorber une population jeune. Le pétrole peut acheter du temps. Il ne peut pas décider ce que l’Angola fera de ce temps.

Le pétrole finance l’État, et anesthésie l’État

Le véritable danger réside dans l’économie politique de la rente. Une administration qui peut financer une part substantielle de ses dépenses grâce à l’exportation d’une ressource naturelle n’est pas soumise aux mêmes incitations qu’un État obligé de construire une base fiscale large, de favoriser la productivité des entreprises et de rendre des comptes à des contribuables nombreux. Cette différence institutionnelle compte davantage que le simple niveau des recettes. Lorsque la ressource finance l’État avant que l’économie productive ne le fasse, l’État peut survivre sans avoir entièrement besoin de la transformation de son économie.

L’Angola connaît ce mécanisme depuis des décennies. Les périodes de prix élevés du pétrole ont souvent offert l’espace budgétaire nécessaire pour éviter des choix difficiles, tandis que les périodes de baisse ont brutalement rappelé la dépendance du pays. Le FMI recommande aujourd’hui une consolidation budgétaire, une politique monétaire prudente, davantage de flexibilité du taux de change et des réformes structurelles destinées à améliorer la gouvernance, l’environnement des affaires et l’investissement privé. Son avertissement le plus intéressant n’est pourtant pas technique. Il reconnaît explicitement que des conditions extérieures favorables ont ralenti l’ajustement et l’élan des réformes.

Le paradoxe devient encore plus frappant au moment où les investissements pétroliers repartent. TotalEnergies prévoit avec ses partenaires environ 10 milliards de dollars d’investissements en Angola au cours des cinq prochaines années, tandis que Luanda cherche à maintenir une production proche d’un million de barils par jour et à développer de nouveaux projets offshore. Ces investissements peuvent soutenir l’emploi, les recettes fiscales et les exportations. Ils peuvent également prolonger la durée de vie économique du modèle que le pays affirme vouloir dépasser.

Il serait absurde de demander à l’Angola d’abandonner une ressource dont il dispose encore et dont le monde continue d’avoir besoin. La question pertinente est celle de la conversion. Comment transformer une rente pétrolière temporaire en capacités productives permanentes. Comment faire en sorte qu’un baril exporté aujourd’hui finance une entreprise, une infrastructure logistique, une compétence technique ou une industrie capable de produire encore de la valeur lorsque ce baril ne sera plus là. La richesse naturelle n’est jamais une politique industrielle. Elle devient développement seulement lorsqu’une architecture institutionnelle réussit à la convertir.

Diversifier ne signifie pas simplement produire autre chose

L’Angola parle depuis longtemps de diversification, comme de nombreux États riches en matières premières. Mais le mot lui-même est souvent utilisé avec une facilité qui masque le problème. Produire davantage de poisson, de diamants, de maïs ou de ciment ne suffit pas nécessairement à transformer une économie. Une véritable diversification suppose de modifier la structure de propriété, de financement, de technologie, de compétences, de productivité et d’exportation. Elle doit créer des secteurs capables de générer leurs propres revenus en devises et leurs propres chaînes de valeur au lieu de rester indirectement dépendants de la dépense publique financée par le pétrole.

Cette difficulté apparaît également dans le marché du travail. Le chômage a certes reculé, passant de 30,8 % au troisième trimestre 2024 à 26,9 % un an plus tard, mais environ 80 % des emplois restent informels selon la Banque mondiale. Une économie ne devient donc pas diversifiée simplement parce que son PIB non pétrolier augmente. Si l’essentiel des nouveaux emplois reste peu productif, précaire et faiblement capitalisé, la diversification statistique peut coexister avec une faible transformation structurelle.

Luanda cherche parallèlement à approfondir ses marchés financiers. Le gouvernement veut ouvrir davantage son marché obligataire domestique, évalué autour de 18,6 milliards de dollars, aux investisseurs étrangers et discute avec JPMorgan d’une éventuelle inclusion dans un indice de dette en monnaie locale destiné aux marchés frontières. Cette stratégie pourrait réduire la dépendance au financement en dollars et élargir les sources de capitaux. Mais là encore, l’instrument financier ne remplace pas l’économie réelle. Un marché obligataire plus sophistiqué peut financer le développement. Il peut également simplement perfectionner la manière dont l’État finance ses déficits.

Le véritable test angolais ne sera donc pas de savoir si le pétrole reste cher l’année prochaine ni si une nouvelle compagnie annonce quelques milliards de dollars d’investissement offshore. Il sera de savoir si cette nouvelle respiration permet enfin de construire ce que les précédentes respirations n’ont pas construit. Le mauvais scénario serait que les bonnes nouvelles pétrolières repoussent encore les réformes jusqu’au prochain choc. Le bon scénario serait beaucoup plus exigeant. Il consisterait à utiliser précisément le moment où l’Angola n’est pas acculé pour accomplir les transformations qu’il a toujours tenté d’entreprendre seulement lorsqu’il l’était. L’histoire des économies de rente contient une ironie persistante. Lorsque l’argent manque, les réformes deviennent politiquement douloureuses. Lorsqu’il revient, elles deviennent politiquement faciles à oublier.

NBSInfos.com

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