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Yémen – Arabie saoudite : le retour d’une guerre que le monde croyait avoir rangée

Pendant quatre ans, l’Arabie saoudite a pu croire que le front yéménite s’était progressivement éloigné de son horizon stratégique. La trêve négociée sous l’égide des Nations unies en 2022 n’avait jamais produit une paix véritable, mais elle avait considérablement réduit les affrontements directs entre Riyad et les Houthis. Cette parenthèse est désormais en train de se refermer.

Le 8 septembre 2026, les Houthis ont lancé une vaste série de drones et de missiles contre le sud saoudien, visant notamment des installations énergétiques et une base aérienne. Les autorités saoudiennes font état de 73 blessés et des incendies ont touché des infrastructures pétrolières. Dès le lendemain, Riyad levait une alerte de sécurité à Khamis Mushait après l’une des plus importantes attaques houthies contre le royaume depuis plusieurs années.

Riyad découvre qu’une trêve n’efface pas une guerre

Réduire cet épisode à une nouvelle séquence militaire entre l’Arabie saoudite et une organisation armée yéménite empêcherait pourtant d’en comprendre la signification. La guerre du Yémen n’a jamais été seulement une guerre du Yémen. Depuis la prise de Sanaa par les Houthis en 2014 et l’intervention de la coalition dirigée par Riyad en 2015, le territoire yéménite est devenu simultanément le théâtre d’une guerre civile, d’une compétition régionale entre l’Arabie saoudite et l’Iran, d’une bataille autour de la sécurité du Golfe et d’une lutte pour le contrôle des accès maritimes reliant l’océan Indien à la Méditerranée.

La nouvelle escalade intervient précisément alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran bouleverse les équilibres régionaux et que la circulation énergétique autour du détroit d’Ormuz est fortement perturbée. Le détroit de Bab el-Mandeb, au sud-ouest du Yémen, prend ainsi une importance encore plus considérable dans l’architecture énergétique et commerciale mondiale.

Les Houthis semblent avoir compris cette géographie mieux que beaucoup de gouvernements de la région. Leur puissance ne repose pas uniquement sur les territoires qu’ils contrôlent au Yémen, mais sur leur capacité à transformer leur position géographique en instrument de coercition régionale. Ils ont annoncé en juillet un blocus maritime visant l’Arabie saoudite et les combats se sont intensifiés près de Hodeidah, de Taëz et des approches de Bab el-Mandeb. Des forces soutenues par Riyad tentent parallèlement de reprendre des positions contrôlées par les Houthis et le gouvernement yéménite internationalement reconnu a recommencé à mener des frappes aériennes contre leurs positions. Les Nations unies avertissaient déjà en août que le Yémen connaissait son risque le plus élevé de retour à une guerre majeure depuis la trêve de 2022.

La difficulté stratégique de Riyad apparaît alors dans toute sa profondeur. L’Arabie saoudite possède une puissance militaire, financière et technologique immensément supérieure à celle des Houthis, mais la supériorité des moyens ne produit pas automatiquement la supériorité politique. Une puissance territoriale classique doit défendre des villes, des aéroports, des raffineries, des pipelines, des infrastructures et une réputation de stabilité. Une organisation asymétrique peut, elle, transformer quelques missiles ou drones ayant franchi les défenses en événement économique et psychologique majeur.

La vulnérabilité n’est donc pas symétrique. Riyad doit empêcher presque toutes les attaques significatives, tandis que les Houthis n’ont besoin que de quelques succès visibles pour démontrer qu’ils peuvent encore imposer un coût au royaume.

Le véritable front se trouve entre la géographie, le pétrole et le temps

La dimension la plus inquiétante de cette reprise des combats dépasse désormais la frontière saoudo-yéménite. L’économie mondiale dépend de deux passages maritimes situés aux deux extrémités de la péninsule Arabique. À l’est, le détroit d’Ormuz reste essentiel aux exportations d’hydrocarbures du Golfe. À l’ouest, Bab el-Mandeb relie l’océan Indien, la mer Rouge et le canal de Suez. Lorsque l’un devient vulnérable, l’autre gagne immédiatement en importance. Lorsque les deux deviennent simultanément contestés, la géographie se transforme en arme économique. Les perturbations actuelles autour d’Ormuz, combinées aux attaques houthies et aux tensions autour de Bab el-Mandeb, ont contribué à ramener le Brent au-dessus de 100 dollars le baril.

Cette situation révèle aussi une contradiction fondamentale de la stratégie saoudienne depuis plusieurs années. Mohammed ben Salmane cherche à déplacer l’image et l’économie du royaume au-delà du pétrole, de la rivalité avec l’Iran et des guerres du Moyen-Orient. Vision 2030 repose sur l’investissement, le tourisme, les infrastructures, la technologie et l’idée que l’Arabie saoudite peut devenir un grand centre économique mondial. Mais cette ambition suppose une chose que les grands projets ne peuvent pas acheter directement, la prévisibilité stratégique.

Un royaume qui veut attirer durablement les capitaux internationaux doit convaincre que ses infrastructures, ses villes et ses corridors énergétiques ne redeviendront pas périodiquement des cibles militaires. Chaque missile houthi qui atteint ou menace une installation énergétique rappelle ainsi à Riyad que la modernisation économique ne peut pas complètement se soustraire à la géographie politique qui l’entoure.

L’erreur serait néanmoins d’imaginer que les Houthis disposent d’une stratégie sans contradictions. Ils peuvent augmenter le coût imposé à l’Arabie saoudite, perturber la navigation maritime et renforcer leur valeur stratégique auprès de l’Iran, mais le Yémen paie lui-même une partie énorme du prix de cette militarisation. Les combats récents ont déjà fait de nombreuses victimes civiles et militaires, provoqué de nouveaux déplacements et aggravé une situation humanitaire qui figurait déjà parmi les plus graves au monde. Plus de la moitié de la population yéménite souffrait d’insécurité alimentaire aiguë avant cette nouvelle escalade et les Nations unies estimaient que plusieurs millions de personnes se rapprochaient de conditions assimilables à la famine. Une stratégie capable de rendre le voisin vulnérable peut donc simultanément rendre son propre territoire inhabitable.

La guerre qui revient entre les Houthis et l’Arabie saoudite pose finalement une question plus profonde que celle de savoir qui gagnera la prochaine bataille. Riyad peut bombarder davantage, les Houthis peuvent tirer davantage de missiles et les forces yéménites soutenues par le royaume peuvent reprendre certaines positions, sans qu’aucune de ces actions ne produise nécessairement un ordre politique stable.

Le problème que la guerre de 2015 n’avait pas résolu demeure intact en 2026. Comment construire au Yémen une architecture politique suffisamment légitime pour que la géographie du pays cesse d’être continuellement transformée en levier militaire par les acteurs locaux et régionaux. Tant que cette question restera sans réponse, chaque trêve pourra réduire les tirs sans éliminer la guerre, et chaque nouvelle crise régionale pourra réveiller un front que ses voisins avaient simplement appris à ne plus regarder.

NBSInfos.com

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