Paraguay : Santiago Peña emporté par un scandale bancaire sans précédent

Le Paraguay traverse une crise politique et financière majeure après l’annonce de la démission du président Santiago Peña, jeudi 5 novembre 2026. L’effondrement de la banque numérique Ueno, qui a privé près de trois millions de clients de l’accès à leurs comptes, a provoqué une vague de manifestations et déclenché une procédure de destitution.

Malgré son annonce, le chef de l’État demeure officiellement en fonction, le Congrès n’ayant pas encore accepté sa démission.

Une crise bancaire qui précipite la chute politique du président

Le président paraguayen Santiago Peña a annoncé jeudi 5 novembre sa décision de quitter ses fonctions, alors que son gouvernement faisait face à une contestation grandissante provoquée par l’effondrement de Ueno Bank. Dans une déclaration vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le dirigeant conservateur a expliqué vouloir préserver la stabilité nationale, la paix sociale et le fonctionnement des institutions démocratiques. Il a également présenté ses excuses aux Paraguayens, affirmant n’avoir jamais voulu trahir leur confiance. Cette annonce intervient alors que la Chambre des députés engageait une procédure de destitution et que plusieurs responsables de son propre Parti Colorado lui retiraient leur soutien.

La crise trouve son origine dans l’intervention de la Banque centrale du Paraguay contre Ueno Bank, un établissement numérique devenu en quelques années un acteur incontournable du système financier national. Les autorités de régulation ont constaté de graves insuffisances de solvabilité, conduisant à la prise de contrôle de l’établissement et au gel de ses opérations. Près de trois millions de clients se sont retrouvés privés d’accès à leurs économies, dans un pays qui compte un peu plus de six millions d’habitants. Pour des milliers de familles, de travailleurs et de retraités, la crise financière s’est immédiatement transformée en urgence quotidienne, les empêchant de disposer de leurs revenus et de payer leurs dépenses essentielles.

À Asunción, la capitale, des manifestations ont éclaté devant les agences bancaires et les institutions publiques. Les déposants ont réclamé la restitution de leur argent, tandis que d’autres manifestants exigeaient des comptes du gouvernement. La contestation a rapidement dépassé la question bancaire pour devenir une crise de confiance envers les autorités chargées de surveiller le secteur financier. Arrivé au pouvoir en août 2023 et élu pour un mandat devant s’achever en 2028, Santiago Peña a vu son avenir politique basculer en quelques jours. Mais son annonce de démission n’a pas suffi à mettre fin à la confrontation institutionnelle.

Ueno Bank, au cœur des accusations de conflits d’intérêts

La faillite de Ueno Bank soulève des interrogations sur les liens entre le pouvoir politique, les établissements financiers et les organismes de contrôle. L’institution, initialement une société financière de taille modeste, avait connu une expansion spectaculaire après son acquisition par le groupe privé Vázquez et l’obtention de son autorisation bancaire en 2023. Elle avait développé une importante clientèle grâce à ses services numériques et à des offres commerciales attractives. Sa croissance s’était également accompagnée de dépôts considérables provenant d’organismes publics, notamment ceux chargés des pensions et de la protection sociale. Au moment de la crise, la banque administrait environ 800 à 850 millions de dollars de fonds publics, exposant directement les finances de plusieurs institutions de l’État aux conséquences de son effondrement.

Les relations passées de Santiago Peña avec le groupe propriétaire de la banque occupent désormais une place centrale dans les investigations. Le président avait détenu des intérêts dans une société liée au groupe Vázquez jusqu’en 2025. Son gouvernement avait également nommé Carlos Carvallo, ancien dirigeant de l’institution financière devenue Ueno Bank, à la présidence de la Banque centrale, chargée de contrôler le secteur. Les parlementaires ont formulé des accusations de conflits d’intérêts, d’ingérence dans la supervision bancaire et d’irrégularités concernant les fonds publics. Ces accusations doivent encore être examinées dans le cadre des procédures parlementaires et judiciaires. Elles ne constituent pas, à ce stade, des conclusions définitives sur la responsabilité personnelle du président.

Les premiers éléments rendus publics par les autorités de régulation font état de prêts risqués consentis à des entreprises liées aux propriétaires de la banque, de documents insuffisants et d’actifs comptabilisés de manière irrégulière. Après correction des comptes, le capital de l’établissement serait tombé à moins de la moitié du minimum légal exigé. Plusieurs dirigeants et responsables de Ueno Bank font désormais l’objet de poursuites. Pour limiter les conséquences sociales de la crise, les autorités ont engagé un mécanisme exceptionnel de remboursement des déposants. Selon la Banque centrale, les garanties disponibles devraient permettre de couvrir intégralement les avoirs d’environ 97 % des clients. La question du recouvrement des sommes plus importantes et de la protection des fonds publics demeure néanmoins un enjeu majeur.

Une démission contestée et une succession présidentielle incertaine

L’annonce du départ de Santiago Peña a ouvert un conflit institutionnel inattendu. Alors que le président souhaitait quitter ses fonctions, les parlementaires ont poursuivi la procédure de destitution engagée contre lui. La Chambre des députés a approuvé à l’unanimité l’accusation politique, tandis qu’une tentative de réunir les deux chambres pour examiner sa démission n’a pas abouti faute de quorum. Le vendredi 6 novembre, le Sénat a repris les audiences consacrées au procès politique du chef de l’État. En l’absence d’acceptation formelle de sa démission, Santiago Peña demeure juridiquement président du Paraguay. Son vice-président, Pedro Alliana, est appelé à lui succéder lorsque les conditions constitutionnelles seront réunies.

La distinction entre démission et destitution constitue désormais l’un des principaux enjeux de cette crise. Certains parlementaires estiment qu’une démission acceptée pourrait permettre à Santiago Peña de conserver les protections attachées au statut de sénateur à vie reconnu aux anciens présidents. Ils souhaitent donc mener la procédure parlementaire jusqu’à son terme afin de déterminer sa responsabilité politique. Le chef de l’État, de son côté, a annoncé son intention de se défendre et de présenter ses arguments devant le Sénat. Ses avocats ont demandé un délai supplémentaire de 72 heures pour préparer leur réponse aux accusations, une requête rejetée par les sénateurs. La manière dont cette procédure sera conduite constitue elle-même un test pour le respect des garanties institutionnelles et du droit à la défense.

Au-delà de l’avenir personnel de Santiago Peña, le Paraguay doit désormais répondre à plusieurs urgences simultanées. Il lui faut restituer les économies des déposants, établir les responsabilités éventuelles dans la faillite de Ueno Bank, protéger les ressources publiques concernées et assurer la continuité des institutions. La crise met également en lumière les risques associés à une croissance bancaire rapide lorsque les dispositifs de surveillance ne parviennent pas à prévenir les déséquilibres. Pour les autorités paraguayennes, la priorité immédiate consiste à rétablir la confiance dans le système financier tout en garantissant la transparence des investigations. La démission annoncée du président marque ainsi un tournant politique majeur, sans clore une affaire dont les conséquences économiques, judiciaires et institutionnelles restent encore à déterminer.

NBSInfos.com

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