États-Unis – élections 2026 : quelles conséquences pour le monde ?

Le Parti républicain de Donald Trump a subi une cuisante défaite lors des élections de mi-mandat américaines. Les républicains abordaient la soirée avec l’espoir que les sondages se trompent et qu’ils puissent au moins conserver le contrôle du Sénat. Mais à minuit à Washington, le Parti républicain était confronté à ce qui semblait être sa pire défaite depuis 50 ans.

Les pertes républicaines ne se sont pas limitées aux circonscriptions indécises qui préoccupent habituellement les partis le soir des élections . L’ampleur de ces pertes a été stupéfiante. Ils ont perdu des sièges au Sénat dans des États profondément républicains comme le Texas et la Caroline du Sud. Ils ont perdu des circonscriptions qu’ils avaient redessinées de manière partisane et où ils se croyaient imbattables. Ils ont perdu des sièges que même les analystes les plus avisés pensaient acquis.

Pourquoi ? Depuis des mois, les sondages montrent que les électeurs sont exaspérés par l’inflation, la guerre en Iran et ce qui est de plus en plus perçu comme la corruption de l’administration Trump. Un président élu de justesse sur la promesse d’une gestion économique rigoureuse a passé deux ans à poursuivre un programme idéologique extrémiste, soutenu seulement par une minorité d’Américains. Il a ignoré l’avis des électeurs, et ces derniers lui ont infligé un verdict sans appel.

Mais ces résultats ont des implications qui dépassent largement le cadre de la fin de la présidence de Trump. Ils bouleversent certains schémas qui ont façonné la politique américaine pendant des décennies. Les démocrates remportent soudainement des victoires dans des régions où on les croyait perdants depuis une génération. Soudain, le paysage politique américain se trouve transformé.

Prenons l’exemple du Texas. La dernière fois qu’un démocrate a été élu sénateur dans cet État remonte à 1988. Les démocrates n’ont pas remporté d’élection présidentielle au Texas depuis Jimmy Carter en 1976. Pourtant, hier soir, le démocrate James Talarico a remporté une victoire convaincante. Si les élections au Texas deviennent durablement compétitives, il sera beaucoup plus difficile pour les républicains d’accéder à la présidence à l’avenir.

Le Parti républicain envisage désormais avec appréhension l’élection de 2028. Pour la première fois depuis 2016, un débat sérieux devrait avoir lieu en son sein quant à l’opportunité de rompre avec le nationalisme agressif et le sectarisme du mouvement « Make America Great Again » de Trump. Les démocrates, quant à eux, doivent s’interroger sur la manière de tirer profit de leurs victoires.

Avenir de la politique étrangère

Mais pour le reste du monde, le changement pourrait ne pas être aussi rapide. Malgré ce revers électoral pour son parti, Trump reste président jusqu’en 2028. Et comme, malgré son rôle constitutionnel en matière de déclaration de guerre et de ratification des traités, le Congrès a tendance à être moins impliqué dans la politique étrangère, il dispose encore de nombreux leviers d’action.

En effet, les présidents américains dont le parti obtient de mauvais résultats aux élections de mi-mandat s’impliquent souvent davantage en matière de politique étrangère. Faute de pouvoir faire adopter un programme politique intérieur d’envergure, ils disposent de plus de temps pour réfléchir aux relations des États-Unis avec le reste du monde. Il en sera probablement de même pour Trump.

La fin des élections de mi-mandat signifie également que Trump n’a plus à se soucier autant des conséquences politiques de ses actes. À l’approche de ces élections, le président a renoncé à une confrontation militaire majeure avec l’Iran et a cherché à obtenir une trêve dans sa guerre commerciale. Désormais libéré des contraintes politiques, il pourrait se montrer plus imprévisible et erratique.

Le Congrès ne serait pas totalement impuissant à l’arrêter, du moins en théorie. Mais la plupart des mesures qu’il peut prendre – comme couper les vivres à la guerre contre l’Iran ou reprendre au président son pouvoir de fixer les tarifs douaniers – exigent une majorité dans les deux chambres que les démocrates ont peu de chances d’obtenir, malgré leurs victoires éclatantes.

Il leur faudrait une majorité des deux tiers pour passer outre le veto présidentiel quasi certain qui s’opposerait à toute tentative d’adoption de lois visant à atteindre ces objectifs. Une question cruciale se pose donc : cette déroute aux élections de mi-mandat a-t-elle été suffisamment significative pour inciter certains membres républicains du Congrès à se joindre aux démocrates afin de limiter le pouvoir de Trump ?

Les démocrates pourront assurément lancer des enquêtes de toutes sortes sur la conduite de l’administration Trump et de certains de ses responsables. Leurs efforts porteront probablement sur la guerre contre l’Iran, les transactions financières personnelles de Trump avec des dirigeants étrangers et la gestion du Pentagone par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.

Hegseth pourrait bien être l’une des premières victimes de ces efforts – certains spéculent qu’il démissionnera ou sera licencié plutôt que d’affronter une éventuelle destitution.

Mais en fin de compte, un changement de cap dans la politique étrangère américaine dépend des décisions de Trump lui-même. Un renouvellement de son équipe de conseillers, ou au Congrès, ne peut qu’influencer de façon limitée un président qui ne s’est jamais soumis volontairement à la contrainte.

Le monde doit se préparer à l’éventualité où un Trump politiquement blessé et en colère déciderait désormais d’exprimer ses frustrations à l’étranger.

André Gawthorpe

Maître de conférences en histoire et études internationales, Université de Leiden

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