wikimedia.org
À quelques rues de l’Organisation des Nations unies, il suffisait jeudi de changer de trottoir pour entrer dans une autre définition d’Israël, de Gaza, du judaïsme américain et même de la guerre. Des manifestants palestiniens et propalestiniens réclamaient la fin du soutien militaire américain à Israël et dénonçaient la présence de Benjamin Netanyahu à New York. Non loin d’eux, des organisations juives libérales, des rabbins et des Israéliens expatriés manifestaient également contre le Premier ministre israélien, parfois au nom de la sécurité d’Israël elle-même.
Face à eux, d’autres manifestants brandissaient leur soutien à Netanyahu, soufflaient dans des sifflets pour couvrir ses opposants et scandaient son surnom, « Bibi ». La rue new-yorkaise n’a ainsi pas séparé deux peuples en deux camps. Elle a montré plusieurs conflits superposés autour d’un même homme.
Cette géographie compliquée s’est prolongée jusque dans la salle de l’Assemblée générale. Lorsque Netanyahu a commencé son discours, des dizaines de délégués ont quitté la salle tandis que d’autres sont restés et certains l’ont applaudi. Dehors, plus d’une centaine de personnes ont été interpellées lors des différentes manifestations selon la police new-yorkaise, parmi lesquelles des responsables politiques et des personnalités publiques. La visite du Premier ministre israélien n’a ainsi pas seulement déplacé à Manhattan le conflit diplomatique entourant Gaza. Elle a rendu visible une fragmentation politique beaucoup plus difficile à enfermer dans les catégories habituelles de « pro-Israël » et « pro-Palestine ».
Être juif à New York ne déterminait plus le côté du trottoir
L’une des images les plus intéressantes de cette journée est précisément celle que les lectures rapides risquent de manquer. Plusieurs organisations juives américaines ont manifesté contre Netanyahu, notamment New York Jewish Agenda, T’ruah, J Street, New Jewish Narrative, New Israel Fund et Partners for Progressive Israel.
Des groupes d’Israéliens expatriés se sont également joints à certaines mobilisations. Leur opposition ne signifiait pas nécessairement rejet d’Israël ou adhésion aux mêmes positions que les organisations palestiniennes. Certains contestaient la conduite de la guerre à Gaza, d’autres le gouvernement Netanyahu, d’autres encore les politiques concernant les colonies ou les conséquences du conflit pour la société israélienne.
Quelques mètres plus loin, des partisans de Netanyahu répondaient par des chants en sa faveur et par l’hymne national israélien. Les deux groupes pouvaient ainsi partager une identité juive, parfois une relation directe avec Israël, tout en arrivant à des conclusions radicalement différentes sur le gouvernement israélien. Lorsque les uns criaient « honte » en hébreu et les autres « shame » en anglais, le même mot ne désignait même plus la même faute. Pour les premiers, Netanyahu compromettait Israël par sa politique. Pour les seconds, ses adversaires affaiblissaient Israël au moment où le pays faisait face à ses ennemis.
Gaza ne produit plus une seule opposition à Netanyahu
Le camp hostile au Premier ministre israélien était lui-même loin d’être homogène. Jewish Voice for Peace a participé à un sit-in près de l’ONU avec des militants réclamant notamment que l’argent public américain soit consacré aux besoins intérieurs plutôt qu’aux opérations militaires israéliennes. D’autres manifestations, organisées notamment avec le Palestinian Youth Movement et The People’s Forum, ont formulé des revendications beaucoup plus radicales contre le sionisme et contre la politique israélienne dans son ensemble. Plus de 100 personnes ont été arrêtées au cours des manifestations de jeudi, selon les autorités citées par les médias locaux et internationaux.
Certaines actions ont également franchi des limites que d’autres opposants à Netanyahu ne partagent manifestement pas. Des manifestations distinctes ont comporté des slogans violents et des représentations appelant à la mort du Premier ministre israélien, éléments rapportés par le Times of Israel. Les considérer comme représentatifs de l’ensemble des manifestants anti-Netanyahu serait trompeur, puisque les rassemblements regroupaient des organisations différentes avec des discours très différents.
Cette diversité est précisément ce qui rend la scène new-yorkaise politiquement intéressante. Opposer Netanyahu ne signifie plus nécessairement partager une définition commune d’Israël, de Gaza, du sionisme ou même de la solution recherchée.
Mamdani transforme aussi la ville en acteur
La confrontation ne se limitait pas aux manifestants. Benjamin Netanyahu a utilisé une partie de son discours à l’ONU pour attaquer directement le maire de New York, Zohran Mamdani, qu’il a accusé d’antisémitisme et de mettre en danger les Juifs new-yorkais par ses déclarations sur Israël. Mamdani avait auparavant qualifié Netanyahu de criminel de guerre et avait évoqué pendant sa campagne la possibilité de faire appliquer à New York le mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale, avant de reconnaître que le maire ne disposait pas lui-même du pouvoir juridique nécessaire pour procéder à une telle arrestation.
New York devient ainsi davantage que le décor d’une bataille importée du Moyen-Orient. La ville possède l’une des plus importantes populations juives hors d’Israël, une importante population musulmane, des communautés palestiniennes et arabes, un maire directement engagé dans le débat et le siège de l’organisation où Netanyahu venait défendre sa politique.
Le conflit entre le Premier ministre israélien et Mamdani transforme par conséquent une question internationale en débat municipal, électoral, communautaire et juridique américain. Chacun parle de Gaza, mais chacun parle également de ce que New York doit permettre, condamner ou représenter.
Netanyahu ne rassemble même plus automatiquement le soutien à Israël
C’est probablement là que se trouve la transformation politique la plus profonde. Pendant longtemps, les débats américains sur Israël pouvaient être grossièrement présentés comme une confrontation entre soutien et opposition à l’État israélien. Les manifestations de cette semaine révèlent un paysage plus fragmenté. On peut soutenir l’existence d’Israël tout en rejetant Netanyahu. On peut être israélien et manifester contre son gouvernement à New York.
On peut être juif américain et demander l’arrêt du financement militaire américain. On peut aussi soutenir Netanyahu précisément au nom de la sécurité d’Israël et considérer les attaques dirigées contre lui comme une attaque contre le pays.
Netanyahu lui-même cherche à contester cette séparation. Dans son discours, il a présenté une partie des critiques dirigées contre son gouvernement comme reposant sur des mensonges concernant les opérations israéliennes à Gaza et a rejeté les accusations de génocide. Ses opposants soutiennent au contraire que distinguer Israël de son gouvernement est devenu indispensable.
Cette bataille de définition compte presque autant que les manifestations elles-mêmes, parce qu’elle détermine qui peut critiquer le gouvernement israélien sans être considéré comme hostile à Israël et qui peut défendre Israël sans devoir nécessairement défendre Netanyahu.
La fracture traverse désormais les identités
La manifestation la plus révélatrice de jeudi n’était peut-être finalement aucune manifestation particulière. Elle résidait dans la possibilité d’observer, sur quelques rues de Manhattan, des Juifs contre Netanyahu, des Juifs pour Netanyahu, des Israéliens contre leur Premier ministre, des militants palestiniens contre Israël, des élus américains arrêtés lors d’un sit-in et des diplomates quittant l’Assemblée générale pendant que d’autres délégations restaient assises ou applaudissaient. Le conflit ne sépare plus seulement des communautés. Il traverse désormais certaines d’entre elles.
Cette évolution rend également la politique américaine autour d’Israël beaucoup plus difficile à lire avec les anciennes cartes. Gaza demeure le centre de la confrontation, mais les lignes ne passent plus proprement entre Juifs et Palestiniens, gauche et droite, Américains et étrangers ou soutien et rejet d’Israël. Elles passent parfois à l’intérieur d’une même communauté, d’une même famille politique et d’une même conception de ce que signifie défendre Israël.
À New York, Netanyahu n’a pas simplement rencontré des manifestants et des partisans. Il a rencontré une ville où la question israélienne ne possède plus deux camps suffisamment grands pour contenir toutes ses divisions.
NBSInfos.com
En RDC, tout le monde semble vouloir dialoguer, même ceux qui rejettent le dialogue proposé.…
À Manono, l’exploration minière ne commence plus seulement avec un marteau de géologue, une carte…
L’Argentine possède désormais deux statistiques capables de raconter deux pays différents. En août 2026, l’inflation…
Le Venezuela recommence à être fréquentable par ses créanciers, ses investisseurs et ses partenaires énergétiques…
Les études scientifiques, et les articles de presse qui les concernent, affirment souvent qu'une étude…
Des agents de la Banque centrale du Congo, visiblement très enthousiastes, m’ont récemment fait parvenir…