Les derniers militaires américains ont quitté l’Irak ce mercredi 30 septembre, refermant un cycle ouvert par l’invasion de 2003, interrompu par un premier retrait en 2011, puis relancé trois ans plus tard avec l’offensive de l’État islamique. Derrière le départ des soldats se pose désormais une question plus difficile pour Bagdad : qui remplira l’espace militaire, politique et stratégique laissé par Washington ?
Les États-Unis ont achevé mercredi le retrait de leurs dernières forces stationnées en Irak. Les derniers militaires américains présents dans la région autonome du Kurdistan ont quitté une base d’Erbil, mettant officiellement fin à la mission militaire menée sous l’architecture de l’opération Inherent Resolve. Le retrait respecte un calendrier négocié en 2024 entre Washington et Bagdad et poursuivi sous l’administration de Donald Trump.
L’événement clôt une histoire commencée bien avant la lutte contre l’État islamique. En mars 2003, les États-Unis avaient envahi l’Irak et renversé Saddam Hussein. Les forces américaines quittèrent une première fois le pays en 2011 avant d’y revenir en 2014, à la demande des autorités irakiennes, lorsque l’État islamique s’empara de vastes territoires et prit notamment Mossoul. Le groupe a depuis perdu son territoire, sans avoir totalement disparu. Des cellules clandestines continuent d’opérer dans certaines régions du pays.
Un retrait militaire, pas une disparition américaine
Le départ des troupes ne signifie pas la disparition des relations militaires entre Washington et Bagdad. Le Pentagone prévoit de maintenir une coopération plus limitée autour de la formation, du renseignement et du soutien aux forces irakiennes. L’accord conclu en 2024 prévoyait précisément le passage d’une mission internationale de coalition à des relations sécuritaires bilatérales.
La différence est néanmoins considérable. La sécurité du territoire irakien repose désormais beaucoup plus directement sur les institutions irakiennes. Le gouvernement de Bagdad présente cette nouvelle phase comme l’exercice d’une souveraineté retrouvée. Le retrait est également populaire auprès d’une partie de la population, profondément marquée par plus de deux décennies de guerre, d’occupation, de terrorisme et de violences internes.
Le départ américain ouvre surtout la question de l’après
La disparition de la présence militaire américaine ne fait pourtant disparaître ni l’État islamique ni les groupes armés qui échappent encore partiellement au contrôle de l’État. Plusieurs puissantes milices irakiennes liées à l’Iran ont refusé jusqu’ici de désarmer complètement, alors que Bagdad cherche à replacer les armes et les forces combattantes sous l’autorité de l’État.
Téhéran et plusieurs groupes qui lui sont proches ont présenté le retrait américain comme une victoire stratégique. Cette lecture souligne l’un des enjeux majeurs de la nouvelle période. Pendant plus de vingt ans, l’Irak a vécu au croisement des rapports de force entre Washington et Téhéran. Le départ des soldats américains réduit considérablement l’empreinte militaire directe des États-Unis, sans éliminer leur influence diplomatique, économique et sécuritaire dans le pays.
Le précédent de 2011 reste également présent dans les esprits. Trois ans après le premier retrait américain, l’armée irakienne s’était effondrée dans plusieurs zones face à l’avancée fulgurante de l’État islamique. La situation militaire de 2026 est différente, les forces irakiennes disposent de capacités plus importantes et l’organisation jihadiste ne contrôle plus de territoire comparable à celui de 2014. Le souvenir explique néanmoins les interrogations sur la capacité de Bagdad à empêcher la reconstitution de sanctuaires armés.
Une guerre qui aura traversé une génération
Le symbole dépasse finalement le nombre de soldats qui restaient encore sur le terrain. Plus de 4 500 militaires américains sont morts en Irak depuis l’invasion de 2003. Le projet Iraq Body Count recense pour sa part plus de 200 000 civils irakiens tués dans les violences qui ont suivi l’invasion et les années de conflit.
Le 30 septembre 2026 ne marque ainsi ni la fin des relations entre les États-Unis et l’Irak, ni nécessairement la fin des crises sécuritaires irakiennes. Il ferme cependant une époque. Vingt-trois ans après l’entrée des chars américains en Irak, Washington ne dispose plus de soldats stationnés dans le pays. Pour Bagdad commence désormais une épreuve différente, celle de démontrer que le départ d’une armée étrangère peut réellement se transformer en souveraineté de l’État plutôt qu’en redistribution du territoire et de l’influence entre les forces qui restent.
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