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Hong Kong vient de faire quelque chose qui aurait semblé presque hérétique il y a encore quelques années. Le 16 septembre 2026, le gouvernement de la Région administrative spéciale a publié son premier plan quinquennal économique et social, couvrant la période 2026-2030.
Le document doit guider les investissements, l’industrialisation, les infrastructures, l’innovation, le logement, les talents et l’intégration économique de Hong Kong avec le reste de la Chine. Le gouvernement assume désormais une formule qui aurait fait tousser les puristes du laissez-faire : « marché efficace » et « gouvernement capable ».
Même le marché libre finit par planifier
Le symbole est puissant. Pendant des décennies, Hong Kong a été présenté comme l’un des laboratoires les plus purs du capitalisme de marché, fiscalité légère, intervention publique limitée, commerce ouvert, finance internationale et confiance dans l’allocation privée du capital. Cette réputation était parfois plus mythologique que réelle, notamment dans le foncier et les infrastructures, mais elle a façonné l’image mondiale de la ville. Le Financial Times décrit ainsi le nouveau plan comme un tournant important vers une logique de planification davantage inspirée du modèle chinois, même si John Lee insiste sur le maintien du système capitaliste, de l’ouverture internationale et de l’État de droit.
Le changement mérite d’être regardé sans réflexe idéologique. Hong Kong ne vient pas d’abolir le marché. Elle reconnaît plutôt quelque chose que les débats économiques caricaturent souvent : un marché peut rester ouvert tout en étant orienté. Le nouveau plan veut renforcer les grands centres financiers, maritimes, commerciaux et aéronautiques existants, tout en développant les technologies, l’innovation, les nouvelles forces productives et le Northern Metropolis. L’État ne remplace pas nécessairement l’entrepreneur. Il choisit davantage où construire les routes, où concentrer le capital public, quels secteurs pousser et quelle économie il veut voir apparaître dans cinq ans.
Le marché ne répond pas toujours à la question de ce qu’un pays veut devenir
Le cas hongkongais est intéressant parce qu’il frappe au cœur d’une vieille confusion. Le marché répond remarquablement bien à certaines questions : quel produit trouve un acheteur, où un capital cherche son rendement, quelle entreprise survit, quel prix équilibre une offre et une demande. Il répond beaucoup moins naturellement à une autre question : quelle structure productive une société veut-elle posséder dans dix ou vingt ans ? Les semi-conducteurs, les biotechnologies, les infrastructures logistiques, l’énergie, la recherche ou la création d’un nouveau pôle industriel exigent parfois des investissements dont les bénéfices dépassent largement l’entreprise qui les finance et dont l’horizon excède celui du capital privé ordinaire.
Hong Kong semble vouloir intervenir précisément sur ce terrain. Le Northern Metropolis en est le cas le plus spectaculaire. Le gouvernement envisage ce vaste espace frontalier avec Shenzhen comme un nouveau pôle de logements, d’innovation, de technologies et d’activités industrielles. Le plan fixe notamment l’ambition d’y construire environ 70 000 logements et d’y créer à terme jusqu’à 650 000 emplois. Ce n’est plus simplement attendre que le prix du terrain signale ce qu’il faut construire. C’est utiliser l’aménagement, les infrastructures et la politique industrielle pour tenter de déplacer la géographie économique de la ville.
Il existe évidemment un risque inverse. Un gouvernement peut mal choisir, gaspiller du capital, protéger des secteurs médiocres ou étouffer l’innovation qu’il prétend encourager. Les critiques du nouveau modèle hongkongais craignent justement qu’une administration plus interventionniste réduise la flexibilité qui faisait historiquement la force de la ville. Cette objection mérite d’être prise au sérieux. La véritable opposition n’est toutefois pas entre un État qui planifie et un marché qui ne planifie pas. Les grandes entreprises planifient elles aussi leurs investissements, leurs technologies et leurs marchés plusieurs années à l’avance. La question est plutôt de savoir qui planifie quoi, avec quels signaux, quelles sanctions en cas d’échec et quelle capacité de correction.
Le laissez-faire vient de découvrir qu’il avait lui aussi un futur à organiser
Le moment est encore plus intéressant parce que Hong Kong ne planifie pas depuis une situation d’effondrement. Son gouvernement affirme que l’économie a progressé de 5,1 % sur un an au premier semestre 2026, après une croissance de 3,6 % en 2025, tandis que les exportations de marchandises ont augmenté de plus de 26 %. Le plan n’est donc pas présenté comme une ambulance pour une économie morte, mais comme un outil destiné à modifier sa trajectoire et son insertion dans la stratégie nationale chinoise.
Cela donne au reste du monde une expérience intéressante à observer. Une économie réputée pour avoir fait de la retenue gouvernementale presque une identité tente maintenant de combiner un marché internationalisé avec une direction publique plus explicite. Le gouvernement ne promet pas de savoir produire lui-même chaque innovation. Il cherche à façonner les conditions dans lesquelles certaines activités deviennent plus probables, certains investissements moins coûteux et certains territoires économiquement possibles.
Hong Kong pourrait réussir, gaspiller beaucoup d’argent ou produire quelque chose entre les deux. Le plus intéressant est déjà ailleurs. Même l’une des vitrines historiques du laissez-faire vient de reconnaître qu’une économie ne peut pas toujours confier au marché la responsabilité de décider seule de ce qu’elle devra être demain.
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