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L’économie informelle représente une part importante de la production économique sur le continent . Pourtant, les politiques économiques sont presque toujours conçues pour l’économie formelle et négligent l’économie informelle.
Ces deux dernières années, nous avons étudié la mise en place d’une politique économique adaptée aux travailleurs du secteur informel. Nous avons mené plusieurs mois d’entretiens avec des commerçants informels, des associations de commerçants et des acteurs clés de ce secteur. Notre objectif était de mieux comprendre leurs difficultés et d’éclairer l’élaboration d’une politique économique favorable au commerce informel.
En nous appuyant sur notre partenariat de recherche avec Women in Informal Employment Globalising and Organising, nous affirmons qu’il est essentiel de repenser la politique économique du point de vue de l’économie informelle .
Nous partons du principe que la politique économique doit soutenir activement l’économie au quotidien. Reconnaître les commerçants du secteur informel comme des acteurs économiques à part entière et investir dans des systèmes qui les soutiennent permet aux économies locales de devenir plus résilientes, inclusives et durables. Les commerçants ont besoin d’un écosystème favorable pour pouvoir dépasser la simple survie et contribuer à la croissance et au développement locaux.
Nos conclusions mettent en lumière cinq domaines qui devraient soutenir un écosystème politique : la stabilité macroéconomique ; une administration efficace ; la réglementation de la concurrence ; la participation à l’élaboration des politiques et à la gouvernance ; et des infrastructures inclusives.
Par terre
Les commerçants du secteur informel dans le Gauteng, poumon économique de l’Afrique du Sud, génère des revenus essentiels pour les communautés marginalisées et rapproche les biens et services indispensables des lieux de vie. Pourtant, ces commerçants restent largement ignorés des décideurs politiques. Les autorités urbaines les perçoivent souvent comme un problème à contrôler plutôt que comme des acteurs économiques à intégrer.
La plupart des commerçants du secteur informel travaillent à leur compte et vivent de revenus de subsistance, souvent inférieurs au seuil de pauvreté. Ils sont confrontés à des marchés imprévisibles, à un accès limité aux infrastructures et à une incertitude réglementaire constante, ce qui rend difficile le développement de leur activité ou l’amélioration de leurs revenus.
Ces difficultés reflètent le fait que les commerçants informels évoluent dans des environnements à plusieurs niveaux. Parmi ceux-ci :
facteurs locaux : réglementations municipales, permis, services de police, infrastructures, concurrence, réseaux communautaires
forces nationales plus larges : tendances macroéconomiques, cadres réglementaires, inégalités structurelles, domination du secteur formel.
Comprendre ces différentes dimensions interdépendantes est essentiel pour élaborer des politiques qui soutiennent des moyens de subsistance durables et la croissance.
Cinq piliers politiques
(1) Stabilité macroéconomique
Cela doit constituer le premier pilier de la politique économique. Le secteur informel est extrêmement sensible aux conditions macroéconomiques pour plusieurs raisons.
Premièrement, les commerçants du secteur informel perçoivent des revenus faibles et instables. Par conséquent, la hausse du coût de la vie compromet rapidement leur capacité à subvenir à leurs besoins. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les prix des produits alimentaires, des transports et de l’énergie.
Deuxièmement, le secteur est vulnérable à une faible croissance et au chômage. L’économie informelle joue le rôle de filet de sécurité lors des ralentissements économiques en absorbant les travailleurs déplacés du secteur formel. La pandémie de COVID-19 l’a bien illustré. Mais il y a un revers à la médaille : un afflux massif de nouveaux entrants dans un secteur saturé entraîne une saturation. Et par conséquent :
conduit à une concurrence accrue pour des espaces commerciaux limités
perturbe les systèmes organisationnels existants
affaiblit les réseaux de commerçants
réduit les revenus.
L’instabilité macroéconomique favorise donc l’essor du secteur informel. Elle menace également les moyens de subsistance informels.
La révision de la politique macroéconomique devrait également inclure une politique fiscale qui ne pénalise pas les travailleurs du secteur informel.
(2) Administration efficace
Les dysfonctionnements administratifs et les pratiques d’exclusion constituent des obstacles pour les commerçants du secteur informel. Par exemple, les retards dans la délivrance des permis et autres documents les exposent au harcèlement, à la corruption et aux expulsions.
L’application incohérente des règlements crée une concurrence déloyale. Les commerçants respectueux des règles sont désavantagés tandis que les pratiques irrégulières persistent.
Ces difficultés ne sont pas uniquement imputables aux carences des administrations locales. Elles reflètent également des défaillances au niveau national, comme les retards dans le traitement des demandes d’asile. Cela pénalise les commerçants qui dépendent de documents officiels pour exercer leur activité en toute légalité.
Ensemble, ces difficultés administratives entraînent de nombreuses répercussions. Elles :
intensifier la concurrence pour des espaces limités
éroder la confiance dans les autorités
limiter la stabilité et la croissance du secteur informel.
(3) Réglementation de la concurrence
Le secteur informel sud-africain est confronté à une concurrence sur de multiples fronts.
Les commerçants informels se font concurrence pour un nombre limité de clients et d’espaces commerciaux. Ils subissent également une forte concurrence de la part du secteur formel, comme en témoignent les supermarchés, les chaînes de magasins et les centres commerciaux. De ce fait, les commerçants informels sont contraints de s’installer dans des zones moins rentables ou plus précaires.
On suppose souvent qu’il existe une concurrence parfaite dans ce secteur – que les acteurs du marché peuvent commercer librement.
Mais ils sont confrontés à des désavantages structurels tels que des barrières réglementaires, la domination du secteur formel et un accès inégal aux principaux espaces de négociation.
L’expansion du secteur formel est présentée comme un « développement » économique. Mais elle se fait fréquemment au détriment de systèmes informels établis de longue date.
La concurrence intense et déloyale qui règne dans le secteur informel a une autre conséquence : elle contraint les commerçants à privilégier les prix au détriment de la qualité ou du service. En effet, ils ne peuvent rivaliser avec les économies d’échelle, la force de frappe marketing ni les infrastructures des commerces formels et des commerçants informels mieux dotés en ressources.
(4) Participation à l’élaboration des politiques et à la gouvernance
Une politique économique en faveur des commerçants du secteur informel doit émerger de leur participation aux discussions sur les politiques et la gouvernance.
Les commerçants du secteur informel sont souvent exclus des processus de planification et de décision concernant les sujets qui les touchent, notamment l’application des règlements municipaux, l’aménagement des marchés et les systèmes de permis.
Il en résulte des politiques qui ne tiennent pas compte des réalités du commerce informel. Par conséquent :
crée des obstacles inutiles
accroît l’incertitude
limite la capacité des traders à planifier, investir et se développer.
(5) Infrastructure inclusive
De nombreux commerçants exercent leur activité dans des espaces dépourvus d’électricité, d’eau courante, d’installations sanitaires et de lieux de stockage sécurisés. Le manque d’infrastructures limite la gamme de produits qu’ils peuvent vendre et augmente leurs coûts opérationnels. Il expose également commerçants et clients à des risques pour la santé et la sécurité.
Trop souvent, les villes considèrent les infrastructures destinées aux commerçants du secteur informel comme facultatives. Ou bien, elles ne sont pas conçues en tenant compte de leurs besoins.
Cette négligence engendre des environnements de travail dangereux et précaires, compromettant les moyens de subsistance et l’activité économique locale.
Des infrastructures conçues pour répondre aux besoins des commerçants permettront de traduire les investissements en une productivité accrue, de meilleurs revenus, des conditions de travail plus sûres et des marchés locaux plus dynamiques. Il en résultera des avantages tant pour les commerçants que pour les communautés qu’ils desservent.
David Campbell Francis
Chercheur principal, Centre d’études sur les inégalités du Sud, Université du Witwatersrand
Siphelele Ngidi
Chercheur associé, Centre d’études sur les inégalités du Sud, Université du Witwatersrand
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