À Westminster, il est désormais admis que le mandat de Keir Starmer comme Premier ministre pourrait bientôt toucher à sa fin. La raison ? À tort ou à raison, l’opinion publique britannique a tranché : elle ne l’apprécie guère.
Les députés travaillistes le savent que trop bien, ayant constaté l’hostilité manifestée lors des récentes campagnes électorales en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse. Ils ne savaient tout simplement pas comment réagir. Puis Wes Streeting a démissionné de son poste de ministre de la Santé, critiquant Starmer dans sa lettre de démission pour ce qu’il a qualifié de « vide » là où une vision politique était nécessaire.
L’histoire récente du Royaume-Uni regorge de précédents où des Premiers ministres ont dû se retirer du pouvoir. Chez les Conservateurs, Theresa May, Boris Johnson et Liz Truss ont tous été destitués. Mais une telle décision a un coût : pour l’unité du parti, pour la confiance des marchés et pour la perception qu’ont les électeurs des manœuvres politiques.
C’est pourquoi, jusqu’à présent, les voix les plus mesurées au sein du Parti travailliste ont soit gardé le silence, soit prôné la prudence . Mais un nombre significatif de députés travaillistes estiment qu’un changement à la tête du parti est désormais inévitable.
Streeting, Rayner ou Burnham
À l’aile droite du parti, Streeting, l’ancien ministre de la Santé au tempérament combatif, est la figure clé pour défier Starmer. Mais il lui faut encore le soutien d’au moins 81 députés travaillistes.
Une candidature de Streeting à la direction du parti bénéficierait du soutien d’une grande partie des médias, mais ce que beaucoup considèrent comme une pâle imitation des vieilles orthodoxies blairistes limiterait son attrait auprès des membres. Or, ces derniers jouent un rôle déterminant dans les élections à la direction.
À l’inverse, une candidate probable de la gauche modérée, l’ancienne vice-première ministre Angela Rayner, a désormais régularisé sa situation fiscale et jouit d’une plus grande popularité auprès des militants de base du parti. Mais elle s’aliénerait une grande partie des commentateurs politiques londoniens.
Ce que ni Streeting ni Rayner ne possèdent, c’est une véritable capacité à toucher le grand public britannique. C’est là qu’intervient Andy Burnham, l’actuel maire du Grand Manchester. Burnham n’est pas député et, bien qu’il ait l’intention de se présenter dans la circonscription de Makerfield, laissée vacante par la démission de Josh Simons, sa victoire n’est pas assurée. Compte tenu de l’impopularité actuelle du Parti travailliste, celui-ci ne peut se permettre de présumer de l’emporter lors d’une élection partielle, où que ce soit.
Et même si Burnham parvenait à franchir cet obstacle, il existe un risque réel que son remplaçant comme candidat travailliste à la mairie soit battu par Reform UK. Cela permettrait aux adversaires du parti de présenter la démarche de Burnham comme un caprice au détriment du parti.
Néanmoins, si les astres s’alignaient et que Burnham parvenait à revenir à Westminster à temps pour briguer la direction du parti, il serait un adversaire redoutable. Non seulement Burnham devance ses principaux rivaux dans les sondages auprès des membres du Parti travailliste, mais il bénéficie également d’un taux d’approbation net exceptionnellement élevé auprès du public (+6, contre -12 pour Rayner et -20 pour Streeting). Les députés travaillistes suivront ces chiffres avec une attention toute particulière.
Tout porte à croire que Rayner jouera un rôle crucial dans le déroulement des événements. Elle pourrait se présenter elle-même à la direction du parti ou collaborer avec Burnham. Quoi qu’il en soit, sa position est extrêmement influente.
À quoi ressembleraient le Parti travailliste et le pays sous une nouvelle direction ? L’instabilité politique à la tête du parti reflète en partie l’ampleur des défis (économiques, politiques et culturels) auxquels le pays est confronté. Les électeurs n’ont constaté aucune amélioration de leur niveau de vie réel depuis vingt ans ; ils sont profondément en colère et divisés.
Le Royaume-Uni est divisé sur la voie à suivre, et le Parti travailliste l’est tout autant. C’est pourquoi les potentiels adversaires de Starmer devraient bien réfléchir à leurs souhaits. L’instabilité politique de ces dernières années s’explique en grande partie par une obsession collective pour la politique, perçue comme un spectacle à court terme et fondé sur les personnalités.
Mais cela occulte les évolutions à long terme plus inquiétantes des marchés financiers, qui indiquent un manque de confiance dans la capacité du Royaume-Uni à résoudre ses problèmes structurels dans un avenir proche. Le vainqueur de la lutte pour le leadership au sein du Parti travailliste pourrait bien accéder au pouvoir au moment même où la patience des marchés financiers envers le Royaume-Uni atteindra ses limites.
Charles Lee
Doyen exécutif, City St George’s, Université de Londres




















