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À Kisangani, la marche annoncée par la coalition C64 pour le 15 septembre n’a finalement pas eu lieu. Le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, avait interdit les rassemblements en invoquant l’épidémie d’Ebola et la nécessité de limiter les contacts rapprochés.
Le dispositif policier déployé dans plusieurs points de la ville a empêché les tentatives de mobilisation, notamment autour du siège d’Ensemble pour la République et au terrain Bendalare. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés devant le siège du parti, tandis qu’au moins un manifestant aurait été interpellé.
L’argument sanitaire n’est pas sans fondement. La Tshopo fait face à une résurgence d’Ebola qui a déjà provoqué plusieurs décès, et les autorités provinciales rappellent que les grands rassemblements font l’objet de restrictions depuis plusieurs semaines. Le gouverneur affirme que l’interdiction vise exclusivement à protéger la population et rejette toute lecture politique de sa décision. La difficulté vient toutefois de l’application de cette logique. Des rassemblements soutenus ou organisés par les autorités ont continué à se tenir après l’instauration des restrictions, notamment un culte œcuménique du 30 juin et d’autres mobilisations publiques.
Une marche en faveur du dialogue national était également annoncée pour le 19 septembre. L’opposition s’appuie précisément sur cette différence de traitement pour contester la neutralité de l’interdiction.
La santé publique ne peut fonctionner à géométrie politique variable
La question dépasse la marche de la C64. Une urgence sanitaire peut justifier des restrictions sévères sur les rassemblements publics, particulièrement face à une maladie aussi dangereuse qu’Ebola. Ces restrictions gagnent cependant leur légitimité dans leur cohérence. Une règle sanitaire appliquée aux manifestations de l’opposition tout en tolérant des rassemblements liés au pouvoir cesse rapidement d’apparaître comme une règle strictement sanitaire. Elle devient une décision politique habillée de vocabulaire médical, ou du moins crée suffisamment de doute pour affaiblir la confiance nécessaire à toute réponse épidémique.
Le communiqué publié par le gouverneur après la journée du 15 septembre ajoute une dimension politique supplémentaire. Paulin Lendongolia a présenté la faible participation à la marche comme une manifestation de « patriotisme » de la population. Pourtant, la police avait précisément empêché les rassemblements annoncés et bloqué plusieurs points de mobilisation.
Parler ensuite de boycott volontaire brouille la frontière entre absence de participation et impossibilité de participer. Une journée où la manifestation a été interdite, contenue par la police et dispersée à plusieurs endroits ne permet pas facilement de mesurer ce que la population aurait choisi de faire sans ces contraintes.
À Kisangani, Ebola ne devrait pas devenir un argument commode
L’enjeu devient particulièrement sensible parce que la lutte contre Ebola repose elle-même sur la confiance. Les autorités demandent aux citoyens d’accepter des restrictions, de signaler des symptômes, de modifier certaines pratiques et de coopérer avec les équipes sanitaires. Cette confiance se fragilise lorsque la population soupçonne que la santé publique peut servir d’argument sélectif dans une confrontation politique. Une mesure parfaitement défendable sur le plan épidémiologique peut ainsi perdre une partie de son efficacité dès qu’elle paraît appliquée différemment selon l’identité de ceux qui souhaitent se rassembler.
La Tshopo offre ainsi un cas révélateur d’un problème plus large dans la gouvernance congolaise. La protection sanitaire et la liberté politique ne sont pas nécessairement incompatibles. Elles exigent simplement des règles identiques, transparentes et vérifiables. Interdire tous les grands rassemblements pendant une flambée d’Ebola peut relever d’une décision de santé publique. Interdire l’opposition, tolérer d’autres rassemblements puis transformer l’absence de marche en preuve de patriotisme appartient à un registre beaucoup plus difficile à défendre comme strictement sanitaire.
À Kisangani, le débat ne porte donc plus uniquement sur le droit de marcher. Il porte sur la capacité du pouvoir provincial à démontrer que la santé publique reste une règle commune plutôt qu’un outil disponible au gré des circonstances.
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