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Depuis juillet 2025, le Haut-Katanga vit sous un exécutif intérimaire dirigé par Martin Kazembe Shula. La situation devait être transitoire, elle s’est prolongée bien au-delà de quelques semaines. Jacques Kyabula Katwe, retenu à Kinshasa durant de longs mois, a finalement démissionné le 21 mai 2026. Cette démission a clarifié un point politique sans régler le problème institutionnel principal, puisque Kazembe continue d’exercer les fonctions de gouverneur sans avoir encore reçu un mandat électif propre.
Cette durée commence à peser sur la lecture politique de la province. L’intérim permet la continuité administrative, pourtant il ne possède pas la même portée qu’un mandat issu d’une élection des députés provinciaux. Le Haut-Katanga n’est pas une province secondaire dans l’équilibre national. Lubumbashi concentre une partie majeure de l’activité minière, industrielle et commerciale du pays, tandis que les choix du gouvernement provincial touchent directement les infrastructures, les recettes locales et les relations avec les grands opérateurs économiques. La question n’est plus uniquement de savoir si l’administration fonctionne. Elle consiste à déterminer combien de temps une autorité provisoire peut exercer durablement les attributs du pouvoir avant que le provisoire ne perde son caractère exceptionnel.
Une transition qui finit par produire sa propre politique
L’intérim n’a d’ailleurs pas été passif. Martin Kazembe a réaménagé l’exécutif provincial, lancé ou poursuivi plusieurs chantiers et présenté, en juillet, le bilan de sa première année à la tête de la province. Certaines décisions ont suscité des interrogations juridiques, notamment sur l’étendue des pouvoirs d’un gouverneur intérimaire lorsqu’il procède à des changements importants dans l’équipe gouvernementale. Un juriste cité par Enquête.cd avait notamment estimé que la nomination d’un nouvel exécutif pouvait soulever des questions de compétence et de légalité administrative.
Cette situation produit un paradoxe. Plus l’intérim dure, plus l’autorité provisoire acquiert une expérience, des réseaux, une visibilité et une capacité d’action qui ressemblent à ceux d’un gouverneur titulaire. Le provisoire commence alors à modifier lui-même les conditions de la future compétition. Martin Kazembe ne se présente plus uniquement comme celui qui assure la continuité après Kyabula. Après plus d’un an à la tête de l’exécutif, il dispose d’un bilan, d’une présence publique et d’un appareil administratif déjà éprouvé. L’élection à venir, lorsqu’elle sera organisée, ne partira donc pas d’une page blanche.
L’élection n’a pas commencé que certains annoncent déjà son résultat
Le 10 septembre, Lawrence Lolo Kyungu, président de l’ANAFEK, a appelé publiquement à l’organisation de l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur. Il a simultanément affiché son soutien à Martin Kazembe, allant jusqu’à déclarer que celui-ci serait élu gouverneur. Cette prise de position intervient alors que le choix appartient aux députés provinciaux et que le scrutin n’a pas encore eu lieu. Elle illustre la manière dont la succession s’organise déjà autour de rapports de forces politiques, bien avant l’ouverture formelle du processus électoral.
La déclaration ne vaut évidemment pas résultat électoral. Elle montre cependant que la sortie de l’intérim est devenue un enjeu de recomposition politique à Lubumbashi. Une élection permettrait de redonner à l’exécutif provincial un mandat clairement établi et de déplacer le débat vers des choix de gouvernance plus lisibles. Elle pourrait également ouvrir la compétition à d’autres candidatures et obliger les forces politiques provinciales à se positionner publiquement.
Le Haut-Katanga offre ainsi un cas intéressant de politique congolaise loin de Kinshasa. La question n’y est pas seulement celle des personnes appelées à diriger la province. Elle porte aussi sur la frontière entre continuité administrative et légitimité politique. Plus un intérim se prolonge, plus il cesse d’être un simple mécanisme de transition et commence à produire son propre ordre politique. L’élection attendue devra précisément trancher entre cette continuité déjà installée et la nécessité de redonner au pouvoir provincial une base élective explicite.
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