Éditoriaux

RDC : le « deal de paix » de Trump vacille

Alors qu’aucun pays portant les initiales « RDC » n’a refusé de signer un accord à Washington D.C., c’est bien la République démocratique du Congo (RDC) qui vient de se retirer à la dernière minute d’un volet clé de l’accord de paix conclu en juin dernier avec le Rwanda.

Le 3 octobre 2025, les représentants congolais ont refusé d’apposer leur signature sur le Regional Economic Integration Framework (REIF), un cadre d’intégration économique censé compléter l’accord politique négocié sous l’égide des États-Unis. Selon des sources diplomatiques, les négociateurs rwandais et américains pensaient avoir finalisé le texte, mais Kinshasa a brusquement fait volte-face au moment de la signature.

D’après plusieurs observateurs proches du dossier, le gouvernement congolais conditionne désormais toute avancée économique à un retrait d’au moins 90 % des troupes rwandaises encore stationnées dans l’est du pays. Cette exigence illustre la méfiance persistante de Kinshasa envers Kigali, accusé de continuer à soutenir la rébellion du M23 malgré les engagements pris en juin.

L’accord de paix, salué à l’époque par Washington comme une percée historique, visait à mettre fin à des années de violences entre les forces congolaises et les rebelles du M23, soutenus selon l’ONU par le Rwanda. Mais sur le terrain, la situation ne s’est pas améliorée. Entre janvier et juillet 2025, des enquêteurs des Nations unies ont documenté plusieurs massacres de civils attribués à la fois au M23 et aux troupes rwandaises opérant dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Cette recrudescence de la violence jette une ombre sur la stratégie de l’administration Trump, qui présentait le dossier congolais comme la preuve de son habileté à « mettre fin aux guerres interminables ». Pourtant, les affrontements dépassent aujourd’hui les efforts diplomatiques américains, contredisant le discours triomphal de la Maison-Blanche.

À Washington, des responsables du Département d’État tentent de sauver la mise. Ils espèrent relancer les discussions avant la fin du mois afin d’éviter un effondrement total du processus. Mais plusieurs analystes jugent improbable une reprise rapide sans gestes concrets du Rwanda sur le plan militaire.

Pour Kinshasa, le retrait du REIF n’est pas une rupture définitive, mais une suspension stratégique. « Aucun développement économique durable n’est possible sous occupation étrangère », confiait récemment un haut fonctionnaire congolais sous couvert d’anonymat. De son côté, Kigali assure rester « engagé pour la paix et la coopération régionale ».

En coulisses, c’est tout l’édifice du « deal de paix » vanté par Washington qui vacille. Car au-delà des accords signés dans les capitales, la réalité de la guerre continue d’écrire sa propre version des faits, bien loin des promesses diplomatiques et des signatures attendues.

NBSInfos.com

roi makoko

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