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La Chine est devenue l’un des principaux bailleurs de fonds du développement en Afrique . Depuis 2000, des institutions chinoises et d’autres institutions publiques ont accordé plus de 180 milliards de dollars de prêts aux pays africains. Ces fonds ont servi à financer des routes, des voies ferrées, des centrales électriques, des ports, des infrastructures hydrauliques et des projets industriels. L’agriculture fait désormais partie intégrante de ce partenariat en pleine expansion.
Les domaines
Les financements agricoles chinois sont principalement destinés au développement agricole, à la pêche, à l’irrigation, à la mécanisation, aux technologies agricoles et aux infrastructures rurales. Les investissements dans l’agro-transformation et le stockage sont moindres. Les pays d’Afrique australe (Angola, Zambie, Zimbabwe et Mozambique) sont les principaux bénéficiaires des prêts, suivis par l’Afrique de l’Est (Éthiopie, Kenya et Tanzanie) et l’Afrique de l’Ouest (Nigeria et Ghana). Les institutions chinoises investissent également dans l’agriculture égyptienne.
Mon étude a comparé les prêts agricoles accordés par les institutions chinoises à ceux octroyés à d’autres secteurs. Elle a également examiné les bénéficiaires des prêts, la destination des fonds et les types de projets agricoles financés.
J’ai constaté que les prêts chinois à l’agriculture se sont étendus à travers l’Afrique. Entre 2000 et 2024, les prêteurs chinois ont financé 41 prêts agricoles d’une valeur d’environ 2,26 milliards de dollars américains à travers l’Afrique .
La plupart des financements agricoles soutenaient les programmes agricoles, les domaines de production, la pêche, la mécanisation et les infrastructures d’irrigation.
Les programmes agricoles représentaient près de 36 % des prêts agricoles.
Le secteur de la pêche a reçu 29 % des prêts.
Les investissements dans les infrastructures de stockage et de chaîne du froid ne représentaient que 3 % des prêts chinois.
Les prêts destinés aux installations de transformation agroalimentaire représentaient moins de 2 %.
Les prêts les plus importants étaient plus fréquemment acheminés par le biais d’organismes affiliés au gouvernement et d’autres entités non souveraines plutôt que par les gouvernements nationaux.
Globalement, le financement de l’agriculture ne représente qu’une part relativement faible du portefeuille beaucoup plus vaste de financements du développement de la Chine. Les secteurs des transports, de l’énergie et des autres infrastructures ont systématiquement bénéficié d’engagements bien plus importants.
Les points faibles
Mon étude a révélé que de nombreux investissements ont amélioré les infrastructures agricoles, comme les systèmes d’irrigation et les routes. Cependant, les investissements dans la transformation, le stockage, le transport et la commercialisation des produits alimentaires restent insuffisants. Or, ces éléments sont indispensables au développement d’une agriculture performante.
J’ai également constaté que les décisions relatives aux prêts agricoles étaient davantage motivées par la faisabilité des projets et par l’identité des demandeurs. La capacité des pays à mener à bien les travaux était aussi un facteur déterminant pour les investisseurs. Le financement n’était pas guidé par un plan de transformation de l’agriculture en Afrique.
Cela s’inscrit dans une tendance plus générale des prêteurs chinois qui consistent à financer des projets qu’ils estiment réalisables, plutôt que de suivre une stratégie plus large de développement d’un secteur particulier.
Ceci pose problème car de nombreux pays africains ont besoin d’investissements massifs pour moderniser leur agriculture. Souvent, ils ne disposent pas des ressources nécessaires pour financer eux-mêmes l’irrigation, le matériel agricole, les installations de stockage, les infrastructures de transport et les usines de transformation alimentaire. Les prêts des partenaires internationaux au développement sont donc essentiels. Cependant, la pérennité du développement engendré par ces prêts dépend non seulement du montant des fonds disponibles, mais aussi de la nature des projets financés.
Pour que l’agriculture contribue à la croissance économique et à l’amélioration de la sécurité alimentaire en Afrique, le secteur doit se transformer. Cela implique bien plus qu’une simple augmentation de la production agricole. Il est également nécessaire d’investir dans les marchés, la recherche, les services de vulgarisation agricole et les institutions qui mettent en relation les agriculteurs et les acheteurs locaux et internationaux. Par exemple, les petits exploitants agricoles doivent être intégrés aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Mes recherches ont toutefois révélé que les investissements chinois dans ce domaine sont insuffisants. Bien que les financements chinois aient renforcé la production agricole, ils ont apporté un soutien relativement faible aux systèmes de stockage, de transformation et de commercialisation. Or, ces systèmes sont largement reconnus comme essentiels à la transformation agricole.
Les solutions
La contribution à long terme de la finance chinoise aux pays africains dépendra de deux facteurs.
Premièrement, le montant des investissements. Deuxièmement, la question de savoir si les prêts futurs soutiendront les systèmes plus vastes qui relient la production, la transformation et les marchés. Investir uniquement dans les infrastructures agricoles a peu de chances d’entraîner les changements majeurs nécessaires à la création d’un secteur agricole plus productif et compétitif.
Les gouvernements africains ont l’opportunité de négocier des financements qui dépassent le simple soutien financier à des projets individuels. Un investissement accru dans les domaines suivants renforcerait les chaînes de valeur agricoles et augmenterait les bénéfices à long terme des financements extérieurs :
Les gouvernements doivent également veiller à ce que leurs ministères de l’Agriculture, des Finances et de la Planification collaborent. Cela permettrait de garantir que les prêts des bailleurs de fonds internationaux soutiennent les plans agricoles à long terme de chaque pays au lieu de financer des projets sans lien entre eux.
Les gouvernements devraient également faire preuve de plus de transparence quant à leurs emprunts et à la mise en œuvre des projets. Cela permettrait aux citoyens de mieux les tenir responsables et contribuerait à garantir que les fonds investis se traduisent par des améliorations durables dans l’agriculture.
Les partenaires au développement peuvent choisir de soutenir des modèles de financement agricole qui associent la production à la transformation, aux infrastructures post-récolte et à l’accès aux marchés. De cette manière, leur investissement dans l’agriculture d’un pays peut générer des retombées économiques plus importantes.
Le changement climatique, la croissance démographique et l’insécurité alimentaire exercent une pression croissante sur les systèmes alimentaires africains. La question est de savoir si le financement du développement est structuré de manière à créer de la valeur durablement après la fin des projets. Cela nécessitera la mise en place de systèmes agricoles productifs, compétitifs et résilients.
Adrino Mazenda
Chercheur principal, professeur agrégé : Sciences de gestion économique, Université de Pretoria
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