RDC – Football : le Mondial a appris au pays la mauvaise leçon

La Coupe du monde 2026 a offert à la RDC une image qu’elle attendait depuis plus d’un demi-siècle. Les Léopards ont retrouvé le Mondial, franchi la phase de groupes et atteint les seizièmes de finale avant de tomber 2-1 contre l’Angleterre dans un match où ils ont longtemps mené et cru à l’exploit. Yoane Wissa avait déjà porté l’équipe lors de la victoire 3-1 contre l’Ouzbékistan, première victoire congolaise dans un Mondial depuis le retour du pays dans la compétition. Sportivement, le message est puissant. Une sélection bien construite, disciplinée et alimentée par un immense réservoir de talents de la diaspora peut ramener la RDC dans la conversation mondiale.

La formule continue même de fonctionner après le tournoi. Le 24 septembre, pour son entrée dans les éliminatoires de la CAN 2027, la RDC a battu la Guinée équatoriale 2-0 au stade des Martyrs, grâce à Chancel Mbemba et Yoane Wissa. Le résultat confirme ce que le Mondial avait déjà montré. Le recrutement de joueurs nés ou formés à l’étranger, souvent passés par les académies européennes, peut produire rapidement une sélection compétitive. Reuters rapportait d’ailleurs quelques jours plus tôt que le parcours mondial avait renforcé l’intérêt de plusieurs joueurs d’origine congolaise évoluant en Europe et que Sébastien Desabre avait encore élargi son vivier.

Le risque commence précisément lorsque le succès transforme une solution sportive efficace en doctrine de développement. Pourquoi investir lourdement dans les académies, les entraîneurs, la médecine sportive, les compétitions de jeunes, les terrains et la détection provinciale lorsque Bruxelles, Paris, Londres ou Amsterdam peuvent planter, arroser, former et professionnaliser les joueurs, puis laisser Kinshasa récupérer ceux qui restent disponibles, hésitent encore entre deux sélections ou découvrent suffisamment de nationalisme congolais pour porter le maillot ? Cette méthode peut qualifier la RDC. Elle peut même lui offrir de beaux parcours. Elle ne construit pas nécessairement le pays capable de produire lui-même une génération suffisamment profonde pour ambitionner un jour de gagner le Mondial.

Importer les joueurs n’est pas une politique sportive nationale

Le modèle est extraordinairement séduisant parce qu’il externalise presque toute la partie coûteuse de la chaîne. Un club étranger repère l’enfant, finance ses années de formation, lui fournit terrains, nutrition, préparation physique, médecine sportive, compétitions régulières et encadrement tactique. La RDC arrive souvent lorsque le produit est déjà presque fini. Elle apporte alors le drapeau, le maillot, l’émotion familiale et la possibilité de représenter un pays de plus de cent millions d’habitants. Il n’y a rien d’illégitime à cela. Le problème apparaît lorsque cette récupération du produit fini finit par être confondue avec une politique nationale de production du talent.

La CAF elle-même identifiait déjà parmi les dossiers congolais les défis d’infrastructures, la formation des entraîneurs et arbitres, le développement du football féminin et des jeunes, ainsi que le soutien au championnat national. Elle développe parallèlement des programmes scolaires qui insistent précisément sur l’identification des talents, leur développement à long terme et l’écosystème qui les accompagne. La RDC possède donc déjà des fragments de pépinière. Ce qui lui manque encore est le passage de l’initiative ponctuelle à une chaîne nationale capable de produire régulièrement des joueurs avant que l’Europe ne le fasse pour elle.

La victoire contre la Guinée équatoriale rend cette réflexion plus urgente, pas moins. Chancel Mbemba et Yoane Wissa ont encore inscrit les deux buts, tandis que l’équipe alignait plusieurs joueurs issus ou passés par des systèmes étrangers. Le tableau d’affichage peut donc continuer longtemps à confirmer que la formule fonctionne. C’est précisément le danger. Une politique publique peut devenir difficile à remettre en cause lorsqu’elle gagne assez souvent pour cacher ce qu’elle ne construit pas.

Le nationalisme congolais devient soudain plus souple lorsqu’il y a un ballon

Le football révèle aussi une contradiction identitaire presque comique. Dans la conversation politique congolaise, l’expression « Congolais de père et de mère » revient avec une régularité presque administrative. On examine les origines, les lignées, les années passées à l’étranger et parfois jusqu’au degré supposé d’authenticité nationale d’un compatriote. Puis arrive un match important. Le même pays découvre soudain qu’un joueur né à Londres, Bruxelles ou Paris, formé dans un système étranger et parfois ancien international de jeunes d’un autre pays peut devenir immédiatement assez congolais pour porter toute la nation sur ses épaules.

Cette souplesse ne devrait pas être moquée. Elle pourrait au contraire enseigner quelque chose de précieux. Une nation moderne peut être diasporique, multilocale et beaucoup moins obsédée par le lieu de naissance qu’elle ne le croit. Le problème vient du caractère intermittent de cette ouverture. Le Congolais de l’extérieur cesse d’être suspect lorsqu’il défend bien, dribble vite ou marque à la 72e minute. Une fois le match terminé, la vieille police de l’origine retrouve facilement son bureau. Le football suspend ainsi pendant quatre-vingt-dix minutes une définition de la nationalité que la politique s’empresse souvent de réinstaller au coup de sifflet final.

Cette contradiction devrait au moins pousser le pays à être cohérent. On ne peut pas demander à la diaspora d’être congolaise lorsqu’elle possède quelque chose dont la nation a besoin, puis la traiter comme périphérique lorsqu’elle veut participer autrement à la vie du pays. Le football prouve chaque semaine qu’une identité nationale peut absorber des parcours complexes sans perdre sa force. La question devient alors moins de savoir si ces joueurs sont suffisamment congolais que de comprendre pourquoi cette conception élargie du Congo reste si facile devant un ballon et si difficile devant presque tout le reste.

Ce que le vrai héritage du Mondial devait être

La qualification au Mondial n’a pas seulement produit des émotions. Elle a aussi produit de l’argent. La FIFA a relevé les allocations liées à la participation, avec 10 millions de dollars pour la qualification et 2,5 millions pour la préparation, auxquels s’ajoutent d’autres contributions liées au tournoi. Une partie de cette manne pourrait servir à construire enfin notre propre pépinière de talents. Centres de formation, détection provinciale, compétitions U15 et U17, entraîneurs, médecine sportive, nutrition, internats et terrains devraient devenir le capital productif laissé par le Mondial, plutôt qu’une simple enveloppe consommée par le prochain cycle.

Jusqu’ici, la RDC laisse largement d’autres pays planter, arroser, former et professionnaliser les joueurs, puis espère récupérer ceux qui restent disponibles, hésitent encore entre plusieurs sélections ou découvrent assez de nationalisme congolais pour rejoindre les Léopards. Cette formule peut suffire pour se qualifier. Elle peut même offrir de beaux parcours. Elle prépare beaucoup moins sûrement un pays à gagner un jour la Coupe du monde. Le vrai changement de doctrine serait d’utiliser l’argent obtenu grâce à la qualification pour réduire progressivement cette dépendance et commencer à produire, chez nous, une profondeur de talents que l’on n’aurait plus besoin d’aller chercher ailleurs.

La mauvaise leçon serait beaucoup plus confortable. Continuer à laisser d’autres pays former les futurs Léopards, surveiller Transfermarkt, appeler les parents, convaincre les hésitants et espérer qu’une dose suffisante de nationalisme familial transforme, à chaque génération, des produits des académies étrangères en équipe nationale congolaise. Cela peut encore gagner des matchs. Cela peut même offrir d’autres beaux Mondiaux. Ce que cela ne garantit pas, c’est qu’un jour la RDC produira elle-même les joueurs qu’elle célèbre.

Le bon enseignement serait de comprendre que la qualification doit financer ce qu’elle-même a révélé comme faiblesse. L’objectif d’un pays de football ne peut pas rester éternellement de participer au Mondial en recrutant suffisamment bien les talents formés par les autres. Il devrait être de construire assez de talents chez lui pour que, demain, la question ne soit plus seulement comment se qualifier, mais comment gagner.

NBSInfos.com

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