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Partout en Afrique et ailleurs, les systèmes éducatifs évoluent vers des programmes conçus pour développer l’esprit critique et les compétences en résolution de problèmes.
Les programmes d’études axés sur les compétences placent l’apprenant au centre. Ils visent à préparer les élèves à un monde en constante évolution, où la réussite repose sur la capacité d’adaptation, de pensée critique et de résolution de problèmes complexes.
Contrairement aux programmes scolaires traditionnels, qui privilégient souvent l’acquisition de connaissances et la mémorisation de faits, les programmes axés sur les compétences mettent l’accent sur la manière dont les élèves appliquent leurs apprentissages à des situations concrètes. Par exemple, au lieu de simplement réciter des définitions scientifiques, on pourrait demander aux élèves d’utiliser un concept pour expliquer la propagation des maladies.
Une grande partie des discussions autour de cette évolution du système éducatif s’est concentrée sur des défis bien connus, notamment la préparation des enseignants, la disponibilité du matériel pédagogique et la fidélité de la mise en œuvre du programme scolaire.
Bien que ces facteurs soient importants, ils n’expliquent pas entièrement pourquoi les réformes n’atteignent souvent pas leurs objectifs, notamment en ce qui concerne l’amélioration de la façon dont les élèves apprennent et développent leurs compétences.
Dans une étude récente que j’ai co-écrite et publiée dans Discover Education, nous avons analysé des données provenant de différents pays, dont le Ghana, le Kenya et le Vietnam, sur les obstacles à une pédagogie centrée sur l’apprenant. Nous avons constaté que le principal frein aux réformes de l’enseignement réside dans les systèmes d’évaluation. Les systèmes d’enseignement et d’évaluation sont inadaptés. Alors que les programmes scolaires valorisent des compétences telles que la pensée critique et la résolution de problèmes, les examens nationaux exigent des apprenants qu’ils mémorisent des faits et suivent des procédures routinières. C’est donc sur cela que les enseignants concentrent leurs efforts.
Ce décalage empêche les élèves de réussir : ils sont incapables d’appliquer leurs connaissances à des situations concrètes. Or, cette capacité est essentielle pour poursuivre leurs études, trouver un emploi et prendre des décisions au quotidien.
Les examens déterminent ce qui compte
Notre étude visait à comprendre pourquoi les réformes centrées sur l’apprenant, pourtant essentielles à la pédagogie par compétences, peinent souvent à induire des changements significatifs dans les pratiques pédagogiques. Nous avons analysé des données de recherche et des politiques publiques issues de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs, en nous intéressant particulièrement à l’interaction entre les systèmes nationaux d’évaluation et les réformes curriculaires.
Nous avons constaté une tendance : les examens à enjeux élevés ne se contentent pas d’évaluer l’apprentissage ; ils façonnent ce que les enseignants enseignent et ce sur quoi les élèves se concentrent.
Notre analyse montre que cela crée un véritable dilemme pour les enseignants. On attend d’eux qu’ils favorisent l’esprit critique et la résolution de problèmes, tout en préparant les élèves à des examens qui valorisent la mémorisation et la précision procédurale. En pratique, cela se traduit souvent par des réformes superficielles. De nouvelles méthodes sont introduites, mais l’enseignement reste axé sur la mémorisation.
Dans de nombreux pays africains, des examens tels que le West African Senior School Certificate Examination et les examens nationaux de fin d’études secondaires du Kenya exercent une forte pression sur les enseignants.
De ce fait, l’apprentissage se limite à ce qui peut être évalué. Cela restreint l’impact des réformes.
Dans les faits, les examens deviennent le véritable programme d’études, indépendamment de ce que disent les documents officiels.
Repenser ce que l’évaluation fait
L’enjeu est de taille.
Pour que l’enseignement par compétences réussisse, les systèmes d’évaluation doivent être repensés, et non pas seulement ajustés à la marge.
Cela ne signifie pas abandonner les examens nationaux. Il s’agit plutôt de redéfinir ce qu’ils sont censés mesurer.
L’évaluation devrait moins se concentrer sur la capacité des élèves à se souvenir des informations et davantage sur leur aptitude à les mettre en pratique. Cela pourrait inclure des tâches nécessitant analyse, résolution de problèmes et application dans des contextes concrets.
Cela signifie aussi dépasser le cadre d’un unique examen à fort enjeu. Combiner les examens nationaux avec des évaluations réalisées en milieu scolaire (telles que des projets ou des portfolios) permet d’obtenir une image plus complète des apprentissages.
Le défi consiste à y parvenir de manière à ce que cela reste équitable, fiable et applicable à l’ensemble des systèmes éducatifs.
Une voie pratique pour l’avenir
Dans notre étude, nous proposons une solution pratique pour remédier à ce décalage. Nous l’appelons le modèle LEARN (conception de l’évaluation centrée sur l’apprenant ; preuves de compétence ; adaptabilité au contexte ; réflexion et retour d’information ; pertinence nationale et adaptabilité à grande échelle). Il offre un cadre systémique permettant aux décideurs politiques et aux systèmes éducatifs de repenser l’évaluation afin qu’elle soutienne les réformes curriculaires.
Le modèle s’articule autour de cinq idées :
Ce modèle déplace l’attention de la standardisation des formats de test vers l’alignement de ce qui est évalué sur ce qui compte vraiment.
Notre modèle montre qu’il est possible d’équilibrer deux objectifs souvent perçus comme contradictoires : le maintien des normes nationales tout en favorisant un apprentissage significatif.
Frank Quansah
Maître de conférences, Évaluation, mesure et appréciation de l’éducation, Université de l’éducation de Winneba
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