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Le cycle distribution–levier : une approche endogène de l’instabilité macroéconomique

De nombreuses publications sur les réseaux sociaux se félicitent d’avoir partagé avec des étudiants la « théorie des cycles économiques ». Derrière cet enthousiasme, une confusion persiste pourtant : celle qui consiste à présenter les modèles dominants, qu’il s’agisse des modèles de cycles réels (RBC) ou des cadres néo-keynésiens (NK), comme des explications complètes des fluctuations économiques. Or, ces approches reposent sur des logiques profondément différentes. Les modèles RBC attribuent les cycles à des chocs technologiques exogènes, tandis que les modèles NK mettent l’accent sur les rigidités nominales et la transmission de la politique monétaire. Dans les deux cas, l’instabilité est pensée comme une déviation temporaire d’un équilibre fondamentalement stable.

Ce cadre d’analyse laisse cependant de côté une dimension essentielle : la manière dont la structure même de la production, de la distribution et du financement peut générer l’instabilité de façon endogène. C’est précisément ce que met en évidence le cycle distribution–levier (Distribution–Leverage Cycle, DLC). Dans cette perspective, les cycles ne résultent pas simplement de chocs extérieurs, mais d’un déséquilibre structurel entre la formation du surplus, sa distribution et le recours croissant à l’endettement pour soutenir la demande. Ignorer cette dynamique revient à transmettre une vision incomplète des cycles économiques, qui ne rend pas compte des transformations contemporaines liées à la concentration du capital, à l’intelligence artificielle et à la fragilité financière.

Le lien ci-dessous vous renvoie vers l’article de recherche propose une relecture des fondements de la théorie des cycles économiques en montrant que l’instabilité macroéconomique peut émerger de manière endogène à partir de l’organisation structurelle de la production, de la distribution et de la finance, plutôt que de chocs exogènes ou de rigidités nominales. Il introduit le cycle distribution–levier (Distribution–Leverage Cycle, DLC), un cadre analytique dans lequel les dynamiques cycliques résultent de l’interaction entre la répartition du surplus et l’accumulation de l’endettement.

L’analyse met en évidence le rôle central de l’écart de distribution, défini comme la divergence entre la capacité productive et la demande effective. Cet écart apparaît lorsque le surplus est concentré entre des agents ayant une faible propension marginale à consommer, notamment les détenteurs de capital financier, entrepreneurial et de capital fondé sur la connaissance, en particulier dans le contexte de l’intelligence artificielle. Dans ce cadre, l’expansion du crédit agit comme un mécanisme compensatoire qui soutient la demande à court terme, tout en accroissant le levier financier et la fragilité du système à moyen terme.

Afin de fournir une micro-fondation à ces dynamiques distributives, l’analyse s’appuie sur le concept de Participation Socialement Nécessaire (Socially Necessary Participation, SNP), défini comme la reconnaissance institutionnelle de la participation à la création de valeur comme fondement des droits au surplus. Dans cette perspective, l’instabilité macroéconomique reflète à la fois des déséquilibres de demande et un découplage structurel entre participation et formation des revenus. Lorsque la participation est marginalisée, notamment sous l’effet du progrès technologique, le crédit tend à se substituer au revenu, renforçant ainsi les dynamiques cycliques.

Les crises financières peuvent dès lors être interprétées comme le résultat endogène d’économies qui s’appuient sur l’endettement pour compenser des asymétries distributives persistantes. En s’inscrivant dans le cadre de l’Ethosism, une approche institutionnelle normative, l’article examine les conditions dans lesquelles un réalignement entre participation et allocation du surplus peut être restauré, notamment à travers des mécanismes tels que le partage des profits, l’élargissement de la propriété et des structures de gouvernance participatives.

En articulant distribution, levier et participation, le cadre du DLC dépasse les modèles macroéconomiques centrés sur l’équilibre et propose une interprétation des cycles économiques comme des phénomènes structurels et endogènes propres aux économies contemporaines.

https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=6719240

Jo M. Sekimonyo, PhD

Chancelier de l’Université Lumumba

Économiste politique hétérodoxe

roi makoko

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