Élections

Brésil – élections 2026 : la position polarisée et extrémiste de certains jeunes constitue un défi pour la démocratie

Entre les mèmes, les algorithmes et la logique de l’« affichage de vertu », de nombreux jeunes découvrent aujourd’hui la politique dans un contexte marqué par les conflits , les polémiques virulentes et une forte polarisation. Ce contexte façonne leur perception de la politique et influence la manière dont les nouvelles générations se positionnent par rapport à la démocratie.

Dans le même temps, on observe un désengagement croissant d’une partie de la jeunesse ibéro-américaine vis-à-vis des institutions démocratiques. Des données récentes du Latinobaromètre indiquent un déclin du soutien à la démocratie, notamment chez les jeunes . Ce déclin s’accompagne d’une baisse de la confiance envers les parlements, les partis politiques et autres institutions représentatives, comparativement à la population âgée de plus de 30 ans.

Ce scénario ne doit cependant pas être interprété comme un simple rejet de la démocratie. Une hypothèse est que nous sommes face à une critique de ses modalités concrètes de fonctionnement. En effet, bien que 68 % des jeunes considèrent toujours la démocratie comme le meilleur système de gouvernement, 65 % se disent insatisfaits de son application pratique.

Le désenchantement des jeunes vis-à-vis de la démocratie ne se limite pas à un simple détachement des institutions. Je fais partie d’un groupe de chercheurs en sciences sociales qui analysent ce phénomène de manière critique. Nous pensons qu’il traduit également des désaccords importants. Il est nécessaire de repenser la politique et la démocratie dans des contextes marqués par les inégalités, l’insécurité et l’accélération des transformations numériques.

Frustrations face aux demandes sociales

Ce mécontentement institutionnel ne naît pas du néant. Il s’attaque directement aux difficultés concrètes rencontrées par les jeunes en Amérique latine. Les difficultés d’insertion professionnelle, par exemple, demeurent persistantes et disproportionnées par rapport aux autres tranches d’âge .

De plus, le coût élevé de la vie, la précarité du logement et la ségrégation socio-spatiale limitent l’accès aux opportunités . Cet ensemble de facteurs entrave la construction de projets de vie autonomes, prolonge la dépendance familiale et rend la transition vers l’âge adulte plus instable et incertaine.

La crise climatique complexifie encore davantage ce scénario. Au-delà de ses conséquences matérielles, elle influence la façon dont les jeunes envisagent l’avenir , souvent marquée par l’insécurité et la méfiance envers la capacité des institutions à relever les défis à long terme.

Un autre facteur important est l’aggravation des problèmes de santé mentale chez les jeunes. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, plus d’un jeune sur sept souffre d’un trouble mental, l’anxiété et la dépression étant les plus fréquentes.

Dans ce contexte, le désenchantement démocratique apparent des jeunes s’explique mieux par la frustration face à des revendications sociales non satisfaites. Bien souvent, la méfiance envers les institutions s’accentue lorsqu’il apparaît qu’elles sont incapables d’apporter des réponses concrètes aux enjeux d’inclusion, de reconnaissance et de justice sociale.

Jeunesse et extrémisme

Ce climat de frustration favorise la diffusion de discours extrémistes. Chez les jeunes, ces récits trouvent un écho particulier dans l’environnement numérique. Les plateformes numériques amplifient la circulation de contenus simplifiés, émotionnellement mobilisateurs et souvent clivants. Parallèlement, elles offrent des formes d’appartenance, de reconnaissance et d’identité politique qui comblent souvent le vide laissé par l’éloignement des institutions démocratiques traditionnelles.

Ces dernières années, des études montrent que les forces autoritaires ont instrumentalisé les sentiments d’insécurité, de ressentiment et de menace culturelle. Les transformations sociales sont interprétées comme des signes de perte d’identité nationale ou de déclin moral. L’un des principaux risques de ce processus est sa normalisation. Des idées autrefois marginales commencent à circuler plus fréquemment dans le débat public , influençant différents champs politiques et élargissant les limites de ce qui est considéré comme acceptable.

Les algorithmes amplifient ce phénomène. Ils démultiplient l’ampleur et la rapidité de diffusion des discours radicaux , notamment ceux qui portent sur des thèmes comme la misogynie, le racisme et l’intolérance. Ainsi, les nouvelles générations construisent leur identité politique dans des environnements où les discours extrémistes sont de plus en plus présents et, dans certains cas, légitimés.

Ce mouvement a également des répercussions concrètes sur les politiques publiques destinées à la jeunesse. Dans différents pays, on observe une délégitimation des politiques sociales et une remise en question des droits, souvent accompagnées de discours moralisateurs. Dans ce contexte, les jeunes sont fréquemment perçus comme un problème social ou tenus individuellement responsables de parcours marqués par des inégalités structurelles.

Un observatoire pour comprendre et résoudre le problème

Face à ce constat, l’ Observatoire multilatéral des jeunes confrontés à l’extrémisme a été créé , une initiative de l’ Organisation internationale de la jeunesse ibéro-américaine (OIJ), en partenariat avec des équipes de recherche de la PUC-Rio et de l’UniRio.

Au cours des deux prochaines années, notre objectif est d’approfondir l’analyse des conditions qui façonnent l’expérience démocratique des jeunes de la région. Nous nous attacherons à articuler données empiriques et interprétation analytique afin de comprendre les facteurs qui alimentent la distanciation vis-à-vis des institutions et qui favorisent la diffusion des discours extrémistes.

Ce projet, qui concerne cinq pays (Brésil, Chili, Colombie, Uruguay et Espagne), vise à recueillir des informations régionales sur les tendances émergentes. Il s’intéresse particulièrement à l’interaction entre les inégalités structurelles et la dynamique contemporaine de la participation politique.

Dans un premier temps, nous avons identifié quatre axes d’analyse stratégiques : l’éducation, les conflits mémoriels, l’environnement numérique et les inégalités (de classe, de race, de genre, de sexualité et de territoire). Ces axes nous permettent de comprendre les actions des forces extrémistes et d’orienter les possibilités de réponses démocratiques.

La recherche combinera différentes stratégies méthodologiques. Le projet prévoit la réalisation d’une enquête comparative dans les cinq pays participants. Les échantillons seront stratifiés selon le sexe, la tranche d’âge, le niveau d’éducation, le niveau socio-économique, l’origine ethnique et le territoire.

Des groupes de discussion seront également organisés avec des jeunes issus de différents milieux sociaux et opinions politiques, en plus d’une surveillance numérique des discours extrémistes, de la désinformation et des discours antidémocratiques sur les plateformes numériques.

Par ailleurs, l’Observatoire recensera les politiques publiques et les pratiques démocratiques destinées aux jeunes dans différents pays de la région. Nous chercherons à identifier les expériences susceptibles de renforcer la participation démocratique et de lutter contre les processus de radicalisation.

Outre la cartographie et une meilleure compréhension du problème, l’Observatoire s’attachera à fédérer les milieux universitaires, les gouvernements, la société civile et les organisations internationales afin d’élaborer des réponses démocratiques capables de lutter efficacement contre l’extrémisme. Ce programme sera axé sur l’élargissement des droits, la réduction des inégalités et le renforcement de la participation des jeunes, partant du principe que la lutte contre l’extrémisme implique également de repenser la politique et la démocratie en tenant compte des expériences, des revendications et des attentes des nouvelles générations.

Talita Tanscheit

Coordinateur général de l’Observatoire multilatéral de la jeunesse contre l’extrémisme et professeur de sciences politiques au département des sciences sociales de la PUC-Rio.

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