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À l’approche de la prochaine session budgétaire, le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo vient de demander à ses ministres provinciaux des prévisions financières plus réalistes et plus rigoureuses. Le rappel peut sembler administratif. Il est en réalité révélateur.
Le gouverneur lui-même invoque les leçons des exercices précédents et demande que les prochaines prévisions soient soutenables et adaptées aux priorités réelles de développement du Kasaï-Oriental.
Le chiffre devient plus ambitieux que la province
Les chiffres des deux derniers exercices permettent de comprendre pourquoi cette mise en garde mérite davantage qu’un communiqué. Le budget provincial 2025 avait été arrêté à environ 1 233 milliards de FC, dont plus de 866 milliards de recettes exceptionnelles. Quelques mois plus tard, l’intégration des budgets des 30 entités territoriales décentralisées portait même les recettes consolidées à environ 1 274 milliards de FC.
Pour 2026, le contraste est brutal. Le projet présenté à l’Assemblée provinciale ne s’élevait plus qu’à 486,75 milliards de FC. Après examen, le budget finalement promulgué est tombé à 416,64 milliards de FC. Entre le projet initial et le texte promulgué, près de 70 milliards de FC ont disparu. Entre le budget provincial annoncé pour 2025 et celui finalement adopté pour 2026, l’écart dépasse 800 milliards de FC.
Ces chiffres ne prouvent pas à eux seuls que le budget 2025 était fictif. Les périmètres budgétaires, notamment l’intégration des entités territoriales décentralisées et le poids des recettes exceptionnelles, imposent de comparer avec prudence. Ils révèlent néanmoins quelque chose de plus important. Dans une province où le gouverneur reconnaissait déjà en 2024 la faiblesse structurelle des recettes internes et la forte dépendance aux transferts du pouvoir central et aux partenaires, la construction du budget reste confrontée à un problème élémentaire de crédibilité.
Un budget ne devient pas ambitieux parce qu’il affiche un grand nombre. Il devient ambitieux lorsque les recettes qui le financent ont une probabilité raisonnable d’arriver et lorsque les dépenses promises peuvent réellement être exécutées.
Un budget irréaliste dépense d’abord de la confiance
Le problème d’un budget surestimé n’apparaît pas seulement à la fin de l’exercice, lorsque les recettes manquent. Il commence dès son adoption.
Un ministère provincial planifie sur la base d’une enveloppe. Une administration engage des priorités. Des routes, des bâtiments, des équipements ou des programmes sociaux sont inscrits. Les élus présentent ensuite ces lignes budgétaires comme des décisions acquises. Pourtant, lorsque les recettes attendues ne se matérialisent pas, ce n’est pas seulement un tableau Excel qui doit être corrigé. Il faut reporter, réduire, abandonner ou choisir dans l’urgence ce qui sera réellement financé.
Le Kasaï-Oriental reste particulièrement exposé à cette mécanique. Pour 2026, sur les 486,75 milliards de FC initialement proposés, environ 265,43 milliards de recettes courantes devaient provenir de recettes à caractère national. Les recettes d’intérêt commun représentaient environ 36,49 milliards, tandis que les recettes spécifiques de la province ne pesaient qu’environ 4,88 milliards de FC dans cette présentation initiale. La structure dit presque autant que le montant total. Une province dont une part importante du financement dépend de flux qu’elle ne contrôle pas totalement doit être encore plus conservatrice dans ses hypothèses.
Le budget promulgué pour 2026 montre également où se situe l’ambition. Environ 138,48 milliards de FC sont prévus pour le personnel, 61,26 milliards pour les équipements et près de 177,67 milliards pour les constructions, réfections, réhabilitations et acquisitions immobilières. Ces postes représentent des choix publics réels. Leur crédibilité dépend pourtant entièrement de la capacité à transformer les prévisions de recettes en argent effectivement disponible.
Le mot employé par le gouverneur, réalisme, est plus important que la prochaine taille du budget. Un budget provincial gonflé offre politiquement beaucoup de choses à annoncer. Un budget crédible oblige à choisir.
La différence est fondamentale. Le premier distribue des promesses. Le second distribue des ressources rares.
La province devrait voter deux chiffres au lieu d’un seul
Le Kasaï-Oriental peut profiter de la préparation du budget 2027 pour modifier la manière même dont il présente ses finances.
Au lieu d’un seul montant spectaculaire adopté en équilibre comptable entre recettes et dépenses, l’Assemblée provinciale pourrait exiger deux lectures parallèles. La première montrerait le budget légal, intégrant l’ensemble des recettes raisonnablement attendues. La seconde présenterait un socle de dépenses garanties, financé uniquement par les recettes dont la probabilité de réalisation est suffisamment élevée.
Les dépenses essentielles seraient financées à partir de ce socle. Les programmes dépendant de recettes exceptionnelles, de transferts supplémentaires ou de financements partenaires seraient clairement identifiés comme conditionnels. Lorsqu’une recette supplémentaire arrive, le programme correspondant peut être déclenché. Lorsqu’elle n’arrive pas, l’État provincial n’a pas déjà vendu à la population une dépense qu’il n’avait pas les moyens de réaliser.
Cette distinction serait particulièrement utile dans une province qui tente parallèlement de renforcer sa régie financière. En mai 2026, l’exécutif a réorganisé la Direction générale des recettes du Kasaï-Oriental afin d’améliorer la mobilisation des recettes provinciales. Une telle réforme ne devrait pas seulement chercher à faire entrer davantage d’argent. Elle devrait permettre de mieux prévoir combien entrera réellement.
La même exigence devrait s’appliquer à la reddition des comptes. Le gouvernement provincial a engagé en 2025 les travaux destinés à documenter l’exécution du budget 2024, précisément afin de confronter les encaissements et dépenses réels aux prévisions initiales. Cette comparaison devrait devenir le point de départ obligatoire du budget suivant. Avant de voter les recettes de demain, l’Assemblée devrait voir, ligne par ligne, celles d’hier qui ne sont jamais arrivées.
Une province ne gagne rien à être riche pendant le vote et pauvre pendant l’exécution.
Le vrai progrès budgétaire du Kasaï-Oriental ne sera pas de voter davantage. Il sera de réduire progressivement la distance entre ce qu’il promet en décembre et ce qu’il peut encore financer douze mois plus tard.
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