Israël : trois ans après le 7 octobre, les zones d’ombre se rapprochent de Netanyahu

Trois ans après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le débat israélien ne porte plus seulement sur la manière dont l’un des appareils sécuritaires les plus sophistiqués au monde a pu être surpris. De nouvelles révélations déplacent progressivement la question vers le sommet du pouvoir politique.

Benjamin Netanyahu avait-il reçu des avertissements suffisamment précis avant l’attaque ? Et quelles propositions concernant les otages sont réellement arrivées jusqu’aux autorités israéliennes dans les premières heures et les premiers jours qui ont suivi ?

La première controverse concerne les Émirats arabes unis. Selon une enquête publiée par Haaretz, le président émirati Mohammed ben Zayed aurait averti Netanyahu, une dizaine de jours avant le 7 octobre, que le Hamas préparait une opération importante susceptible de déstabiliser la région. Netanyahu nie catégoriquement avoir reçu un tel avertissement. L’existence de cette divergence est désormais devenue une affaire politique majeure en Israël, alors que les responsabilités entourant l’échec sécuritaire du 7 octobre restent profondément disputées.

Pourquoi le voyage à Abou Dhabi intrigue

Le dossier a pris une dimension nouvelle avec le déplacement discret de Netanyahu à Abou Dhabi le 27 septembre 2026. Reuters a confirmé que le Premier ministre israélien avait rencontré Mohammed ben Zayed. Selon Associated Press et le Financial Times, Netanyahu aurait également cherché à obtenir du dirigeant émirati un démenti public de l’information selon laquelle celui-ci l’avait averti avant l’attaque. Le bureau de Netanyahu rejette cette version et parle de fausses informations.

Cette distinction est essentielle. Une rencontre consacrée aux relations bilatérales entre Israël et les Émirats arabes unis serait parfaitement ordinaire. Une rencontre durant laquelle un Premier ministre chercherait également à obtenir d’un chef d’État étranger une déclaration susceptible de peser sur un débat politique intérieur aurait une portée différente.

L’enjeu dépasse alors la seule diplomatie. Il touche directement à la reconstruction de la chaîne de décision précédant le 7 octobre.

Recevoir un avertissement ne signifie toutefois pas automatiquement disposer des informations nécessaires pour empêcher une attaque. Les services de renseignement reçoivent constamment des indications fragmentaires, contradictoires ou difficiles à évaluer. Une mise en garde générale sur une opération du Hamas ne serait pas nécessairement équivalente à la connaissance de la date, de l’ampleur ou du dispositif précis de l’offensive.

La question importante devient ainsi plus rigoureuse. Quelles informations ont réellement été transmises, à qui, avec quel degré de précision et quelles décisions ont suivi ?

Puis vient la question des otages

Une seconde controverse rend le dossier encore plus sensible.

Environ 250 personnes ont été enlevées lors de l’attaque du 7 octobre. Des informations publiées depuis indiquent que le Qatar aurait rapidement servi d’intermédiaire entre le Hamas et Israël concernant leur libération. Certaines révélations récentes vont plus loin et affirment que le Hamas aurait signalé, dès les premières heures ou les premiers jours, une disposition à restituer des otages civils.

Cette question demande une grande prudence. Il faut distinguer une déclaration du Hamas, une proposition transmise par un médiateur et une offre opérationnelle réellement susceptible d’être exécutée. Les conditions exactes, le nombre de personnes concernées, l’autorité des dirigeants du Hamas ayant formulé ces propositions et la réponse israélienne restent des éléments essentiels à établir.

L’histoire connue montre néanmoins que des discussions existaient très tôt. En octobre 2023, le Hamas avait notamment affirmé avoir proposé par l’intermédiaire du Qatar la libération de deux femmes israéliennes pour des motifs humanitaires. Le gouvernement Netanyahu avait alors qualifié cette affirmation de propagande. Les deux femmes furent finalement libérées.

Les révélations plus récentes soulèvent une interrogation beaucoup plus large. Israël avait-il, dans les premières heures suivant l’attaque, accès à une voie permettant de récupérer un nombre beaucoup plus important de civils ?

À ce stade, cette hypothèse ne peut pas être présentée comme un fait définitivement établi. Elle doit être vérifiée par les documents, les échanges diplomatiques, les témoignages des négociateurs et les futures enquêtes.

Deux dossiers qui finissent par se rejoindre

Pris séparément, l’avertissement émirati présumé et les premières propositions concernant les otages appartiennent à deux moments différents.

Mis ensemble, ils posent pourtant une même question.

Que savait le pouvoir israélien, quand l’a-t-il su et qu’a-t-il décidé d’en faire ?

Avant le 7 octobre, il faut reconstruire les avertissements reçus par Netanyahu, les services de renseignement et l’armée israélienne.

Après le 7 octobre, il faut reconstruire les communications provenant du Qatar, du Hamas et des autres médiateurs concernant les otages.

Cette distinction permet également d’éviter un raccourci fréquent. Une défaillance du renseignement n’est pas nécessairement une faute politique. Un renseignement peut être incomplet, mal interprété ou noyé parmi des dizaines d’autres alertes. Une responsabilité politique apparaît seulement lorsque l’on peut établir ce qui est effectivement arrivé au décideur, la crédibilité accordée à l’information et les actes qui ont suivi.

La même règle vaut pour les otages. Une proposition du Hamas n’est pas automatiquement une possibilité réaliste de libération. Une offre peut comporter des conditions inacceptables, relever de la guerre psychologique ou être impossible à vérifier. Ce qui compte est de savoir précisément ce qui fut proposé et comment les autorités israéliennes l’ont évalué.

Le problème de Netanyahu devient celui de la chronologie

C’est peut-être là que se trouve aujourd’hui l’aspect le plus dangereux politiquement pour Benjamin Netanyahu.

Pendant longtemps, le débat sur le 7 octobre s’est concentré sur les défaillances de l’armée, du Shin Bet et du renseignement militaire. Les nouvelles révélations déplacent progressivement l’attention vers une chronologie politique beaucoup plus précise.

Qui a averti Netanyahu ? À quelle date ? Avec quels détails ? Qui d’autre en Israël connaissait ces informations ? Pourquoi certaines informations auraient-elles été transmises, ou non, aux responsables militaires ? Puis, après l’attaque, quand les premiers intermédiaires ont-ils contacté Israël au sujet des otages ? Qu’ont-ils exactement proposé ? Qui avait autorité pour accepter, refuser ou poursuivre ces discussions ?

Ce sont des questions documentaires avant d’être idéologiques.

Abou Dhabi devient ainsi plus qu’un déplacement diplomatique

Le déplacement de Netanyahu aux Émirats prend toute son importance dans ce contexte. Mohammed ben Zayed n’est ni un opposant israélien ni un ancien responsable militaire cherchant à régler des comptes avec Netanyahu. Il dirige un État ayant normalisé ses relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham.

Un démenti venant d’Abou Dhabi aurait ainsi une valeur particulière dans le débat israélien.

C’est précisément pourquoi les informations affirmant que Netanyahu aurait demandé un tel démenti sont politiquement sensibles. Elles ne démontrent pas que l’avertissement initial existait. Elles montrent plutôt à quel point la question de cet avertissement est devenue importante pour le Premier ministre israélien à l’approche d’une nouvelle bataille politique intérieure.

Le 7 octobre n’est plus seulement une enquête sur une frontière

Pendant trois ans, une grande partie du débat a consisté à comprendre comment des combattants du Hamas avaient pu franchir la frontière, neutraliser des installations militaires, attaquer des localités israéliennes et enlever des centaines de personnes sans être stoppés immédiatement.

La question s’élargit désormais.

Elle commence avant la frontière.

Elle passe par Le Caire, Abou Dhabi, Doha et les différents canaux du renseignement régional.

Elle continue après l’attaque avec les premières négociations sur les otages.

Elle finit inévitablement au bureau du Premier ministre israélien.

Le véritable enjeu historique du 7 octobre pourrait ainsi ne plus être uniquement de savoir comment Israël a été surpris, mais de déterminer ce qui était connu avant l’attaque, ce qui est devenu possible après elle et quelles décisions ont été prises entre les deux.

Trois ans plus tard, la bataille autour du 7 octobre se déplace progressivement du champ militaire vers celui des archives, des témoignages et de la responsabilité politique.

Et c’est probablement là que commencera la partie la plus difficile de cette histoire.

NBSInfos.com

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