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La confrontation entre Washington et Téhéran vient de franchir une nouvelle étape, moins militaire et beaucoup plus institutionnelle. Lors de la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne, les États-Unis ont tenté d’empêcher l’Iran d’intégrer le comité chargé d’organiser les travaux de la conférence.
Washington estimait qu’accorder cette place à un pays récemment renvoyé devant le Conseil de sécurité pour ses manquements nucléaires affaiblirait la crédibilité de l’agence. Le vote secret n’a pourtant pas suivi cette ligne. Quarante-quatre États ont soutenu la nomination iranienne, trente-cinq ont appuyé la position américaine et quarante-deux se sont abstenus.
Le résultat mérite une lecture précise. Il ne constitue ni une approbation du programme nucléaire iranien ni une absolution de Téhéran. L’AIEA reste incapable de vérifier pleinement l’état ou la localisation d’une partie du stock d’uranium iranien depuis les frappes israéliennes et américaines de 2025, tandis que le Conseil des gouverneurs a encore récemment transmis le dossier iranien au Conseil de sécurité.
Ce scrutin montre cependant autre chose. Washington dispose encore d’un poids diplomatique considérable, sans pouvoir transformer automatiquement ce poids en majorité institutionnelle. Les quarante-deux abstentions sont presque aussi révélatrices que les quarante-quatre voix obtenues par l’Iran. Une large partie des membres de l’agence a choisi de ne pas suivre frontalement l’un des deux camps.
Une agence technique aspirée par la guerre politique
La difficulté de l’AIEA apparaît désormais au grand jour. Sa fonction repose sur la vérification, l’inspection et la production d’informations techniques capables de soutenir la non-prolifération. Pourtant, chaque procédure devient progressivement un prolongement du conflit entre Washington et Téhéran. Les États-Unis ont bloqué cette semaine la participation du responsable nucléaire iranien Mohammad Eslami en s’opposant à une exemption aux sanctions de l’ONU qui lui aurait permis de se rendre à Vienne. L’Iran a dénoncé une décision politique. Washington a soutenu que sa présence aurait pu être utilisée à des fins de propagande et nuire aux efforts de l’agence concernant le respect des obligations nucléaires iraniennes.
Le problème dépasse cette bataille de procédure. Une institution de contrôle nucléaire fonctionne d’autant mieux que les États acceptent de distinguer l’inspection technique de leur confrontation politique. Cette séparation devient aujourd’hui beaucoup plus difficile. La réunion de Vienne reste divisée sur plusieurs dossiers liés à la sûreté et à la sécurité nucléaires, tandis que Chine et Russie ont également contesté l’initiative américaine visant à porter le dossier iranien devant le Conseil de sécurité. L’Iran obtient ainsi une place dans un comité de l’agence au moment même où il affronte cette agence sur la vérification de son programme. Cette contradiction ne signifie pas que l’ordre nucléaire international s’effondre. Elle montre plutôt que son fonctionnement dépend désormais d’un consensus diplomatique qui devient beaucoup plus difficile à fabriquer.
La victoire iranienne est à ce titre limitée, presque administrative, et pourtant révélatrice. Téhéran n’a pas renversé le rapport de force nucléaire avec quarante-quatre voix. Washington n’a pas davantage perdu son influence avec trente-cinq. Le vote expose surtout une zone intermédiaire devenue immense, composée d’États qui refusent que chaque institution internationale soit transformée en prolongement automatique d’un affrontement entre grandes puissances et puissances régionales. Pour l’AIEA, cette fragmentation arrive au pire moment.
Plus les États se divisent sur la politique, plus l’agence aura besoin d’autorité technique. Plus cette autorité technique sera contestée par les mêmes divisions, plus la surveillance nucléaire deviendra difficile précisément au moment où elle devient indispensable.
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