La Zambie vient de conclure un nouvel accord préliminaire avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un financement de 1,472 milliard de dollars sur trois ans. L’annonce du 9 octobre 2026 intervient dans un contexte économique pourtant favorable. La croissance devrait atteindre 5,6 % cette année, l’inflation est descendue à 6,1 % en septembre et les réserves internationales s’élèvent désormais à 6,1 milliards de dollars. Ces résultats témoignent d’un redressement significatif après plusieurs années de difficultés financières.
En 2020, la Zambie devenait le premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine pendant la pandémie. Un premier programme du FMI, approuvé en 2022 pour environ 1,7 milliard de dollars et achevé en janvier 2026, a accompagné la restructuration de son endettement et la stabilisation de ses finances publiques. Le pays retrouve progressivement la confiance des investisseurs, tandis que l’agriculture et les exportations minières soutiennent son activité. Pourtant, quelques mois après la conclusion de ce programme, Lusaka sollicite déjà un nouvel accompagnement financier international.
Cette situation illustre la différence entre le redressement des indicateurs macroéconomiques et la reconstruction des capacités économiques d’un pays. La croissance peut reprendre sans générer suffisamment de recettes fiscales. Les réserves de change peuvent augmenter sans transformer la structure productive. La réduction de l’inflation peut améliorer la stabilité monétaire sans résoudre les contraintes de financement intérieur. Le nouveau programme zambien, encore soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI, invite ainsi à examiner ce que quatre années de stabilisation ont effectivement changé dans le fonctionnement de l’économie.
Un financement accompagné d’une nouvelle discipline budgétaire
Le nouvel accord prévoit une consolidation progressive des finances publiques, avec l’objectif d’atteindre un excédent budgétaire primaire de 3 % du PIB en 2029. Pour y parvenir, les autorités zambiennes entendent renforcer la collecte fiscale, réduire certaines exonérations et améliorer l’administration des recettes. Les allègements temporaires de taxes sur les carburants seront supprimés, tandis que certains investissements publics considérés comme non prioritaires seront réduits. Le FMI demande également une meilleure surveillance des entreprises publiques et des dépenses de l’Agence nationale des réserves alimentaires.
Ces mesures interviennent alors que la Zambie dispose d’importantes ressources en cuivre, un métal devenu stratégique pour les industries électriques et énergétiques mondiales. Cette richesse naturelle représente une source considérable de recettes potentielles. Pourtant, sa contribution au développement national dépend de la fiscalité minière, de la transformation locale, des liens avec les entreprises nationales et des conditions de rapatriement des revenus. Le développement du secteur extractif ne garantit pas automatiquement celui du reste de l’économie.
Le principal enjeu concerne donc la destination des efforts budgétaires demandés à la population. Une meilleure administration fiscale peut renforcer les finances publiques, à condition de ne pas faire supporter l’essentiel de l’ajustement aux ménages et aux entreprises productives. La réduction des dépenses peut éliminer certains gaspillages, tout en affaiblissant les infrastructures lorsque les arbitrages sont mal conçus. La discipline budgétaire acquiert sa pertinence économique lorsqu’elle protège et développe les capacités nationales de production, d’investissement et de création d’emplois.
Ce que les États africains évitent de faire avant de retourner au FMI
L’expérience zambienne soulève une interrogation plus générale sur les choix des gouvernements africains. Dans plusieurs pays, les dirigeants sollicitent régulièrement le FMI pour résoudre des déséquilibres budgétaires qu’une partie des réformes nationales aurait permis de prévenir ou d’atténuer. Réexaminer les privilèges fiscaux accordés aux grandes entreprises, améliorer le recouvrement des recettes minières, combattre les détournements de fonds publics et contrôler les dépenses des institutions politiques relèvent d’abord de décisions nationales. Ces transformations exigent de remettre en question des intérêts économiques et politiques solidement établis. Le recours au financement extérieur apparaît alors comme une solution institutionnellement plus accessible que la confrontation avec les bénéficiaires du système existant.
Cette préférence révèle une contradiction dans la gouvernance économique. Des États acceptent des engagements négociés avec une institution internationale qu’ils peinent à imposer à leurs propres administrations et groupes d’intérêts. La rationalisation des dépenses devient urgente lorsqu’elle figure dans un programme du FMI, alors que les mêmes autorités pouvaient déjà auditer les marchés publics, supprimer des dépenses injustifiées ou renforcer le contrôle parlementaire du budget. La discipline extérieure sert parfois de justification politique à des décisions que les gouvernements hésitaient à assumer. L’intervention du FMI ne crée pas nécessairement ces difficultés. Elle met souvent en évidence des responsabilités institutionnelles demeurées sans réponse.
Il existe également des transformations que les programmes financiers internationaux ne peuvent accomplir à la place des gouvernements. Construire une industrie nationale, développer les infrastructures énergétiques, organiser la transformation locale des ressources naturelles et renforcer les capacités technologiques exigent des choix politiques inscrits dans la durée. Ces ambitions ne se résument ni à l’équilibre budgétaire ni à l’amélioration des indicateurs financiers. Un pays qui emprunte régulièrement pour stabiliser son économie sans modifier les structures qui reproduisent ses besoins de financement entretient une dépendance durable. Le FMI peut apporter des ressources et une expertise nécessaires dans certaines circonstances. Il ne peut remplacer une stratégie nationale de développement.
La Zambie face au défi de transformer sa stabilité en autonomie économique
Le cuivre offre à la Zambie une occasion importante de dépasser cette dépendance. La demande mondiale liée à l’électrification et aux infrastructures énergétiques crée des perspectives favorables pour son industrie minière. L’enjeu consiste désormais à renforcer la transformation locale, les approvisionnements nationaux, les compétences industrielles et les investissements énergétiques. Une partie plus importante de la valeur produite doit pouvoir alimenter les revenus des entreprises zambiennes, les emplois qualifiés et les ressources fiscales. Sans intégration productive, l’augmentation des exportations peut coexister avec une dépendance persistante aux capitaux et aux équipements étrangers.
Cette transformation suppose également de repenser la fonction des finances publiques. Le budget national doit devenir un instrument de construction des capacités économiques, en soutenant les infrastructures, l’agriculture, la formation et les entreprises capables d’élargir la production intérieure. Les recettes minières doivent contribuer à diversifier les sources futures de richesse et d’imposition. Une politique fiscale durable ne consiste pas uniquement à prélever davantage sur l’activité existante. Elle doit également favoriser l’apparition de nouvelles activités productives qui renforceront progressivement la base fiscale du pays.
La Zambie ne doit donc pas être jugée uniquement sur sa capacité à respecter les engagements d’un second programme du FMI. Le redressement économique déjà réalisé constitue un acquis important. Sa consolidation dépendra de la capacité des autorités à réduire durablement les contraintes qui rendent nécessaire le recours répété aux financements extérieurs. Pour Lusaka comme pour d’autres capitales africaines, le défi consiste à faire de la stabilité financière le point de départ d’une transformation productive. Un pays ne sort pas durablement de sa dépendance financière en devenant simplement meilleur dans la gestion de ses emprunts. Il en sort lorsqu’il développe les capacités économiques qui réduisent progressivement la nécessité d’emprunter.
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