Palestine à l’ONU : 152 pays refusent que Washington décide seul qui peut parler

Le 17 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté par 152 voix contre 3, avec 4 abstentions, une résolution permettant au président palestinien Mahmoud Abbas de participer à distance au débat de haut niveau après le refus américain de lui délivrer un visa.

La mesure couvre également d’autres hauts responsables palestiniens empêchés de se rendre aux États-Unis pendant l’année. Pour la deuxième année consécutive, Washington ferme donc la porte physique de New York à Abbas, tandis que l’Assemblée générale lui maintient l’accès politique à sa tribune.

Un refus de visa transformé en vote mondial

La décision américaine repose sur des accusations connues. Washington reproche à l’Autorité palestinienne et à l’OLP de chercher à internationaliser le conflit avec Israël, notamment par leurs démarches devant les juridictions internationales, et invoque également des questions liées au soutien financier accordé à certaines familles palestiniennes. L’administration américaine présente ces restrictions comme compatibles avec sa politique étrangère et sa sécurité nationale. Les Palestiniens répondent que le statut des États-Unis comme pays hôte de l’ONU leur impose des obligations particulières d’accès.

Le vote ne reconnaît pas davantage la Palestine et ne règle rien au conflit. Il établit pourtant une limite très concrète au pouvoir du pays hôte. Les États-Unis peuvent décider qui franchit leur frontière. Ils découvrent ici qu’ils ne peuvent pas automatiquement transformer cette décision en silence politique à l’intérieur d’une organisation multilatérale qui compte 193 États membres. Mahmoud Abbas ne sera peut-être pas dans la salle. Sa voix, elle, y entrera.

Trois contre, quatre abstentions

La disproportion du résultat mérite presque davantage d’attention que la résolution elle-même. Cent cinquante-deux pays ont voté pour. Trois seulement ont voté contre. Quatre se sont abstenus. Les États-Unis et Israël figurent parmi les opposants explicitement rapportés par les comptes rendus disponibles. Le vote américain défendait directement une décision prise par Washington. Israël, de son côté, conteste depuis longtemps l’usage par les dirigeants palestiniens des institutions internationales pour renforcer leur statut diplomatique et juridique.

Cette arithmétique ne doit pourtant pas être transformée artificiellement en référendum mondial sur l’ensemble du conflit israélo-palestinien. Les États qui ont voté pour n’ont pas nécessairement adopté la même position sur Gaza, sur les frontières d’un futur État palestinien, sur le Hamas, sur la sécurité israélienne ou sur les conditions d’une solution à deux États. Ils ont répondu à une question beaucoup plus étroite, celle de savoir si le refus américain de visa devait empêcher les dirigeants palestiniens de participer aux travaux de l’Assemblée générale. Sur cette question précise, l’isolement du camp du non est spectaculaire.

Les quatre abstentions sont politiquement intéressantes pour la même raison. Elles ne rejoignent pas les trois opposants, sans s’associer non plus à la majorité écrasante. Cela rappelle que l’abstention diplomatique est parfois moins une absence de position qu’une manière de ne pas payer entièrement le coût d’un alignement. Le relevé officiel détaillé des votes reste ici le document à privilégier pour identifier définitivement chaque abstentionniste. Le résultat agrégé, lui, ne souffre aucune ambiguïté : 152–3–4.

Washington possède l’aéroport, pas l’Assemblée

L’épisode expose surtout une anomalie permanente du système onusien. Le siège de l’ONU se trouve à New York, sur le territoire d’une grande puissance qui conserve sa politique étrangère, ses frontières et ses sanctions. Cette géographie donne aux États-Unis un pouvoir matériel que les autres membres ne possèdent pas. Pourtant, elle ne leur confère pas la propriété politique de l’organisation. Le contraste devient encore plus saisissant cette année puisque Washington a accepté la venue de hauts responsables iraniens, dont le président Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, tout en maintenant son refus à l’égard de Mahmoud Abbas.

L’Assemblée générale vient ainsi de construire une réponse institutionnelle très simple à ce déséquilibre. Lorsqu’un État hôte ferme la porte, la technologie permet désormais aux autres membres d’ouvrir une fenêtre. Cela ne rend pas insignifiante l’absence physique. Être à New York signifie tenir des réunions bilatérales, négocier dans les couloirs, rencontrer des délégations et pratiquer cette diplomatie informelle qui ne passe jamais entièrement par un pupitre. Le refus américain conserve donc un coût réel pour les Palestiniens. Il ne produit simplement plus le silence qu’il aurait pu produire autrefois.

Ce vote dit finalement moins sur Mahmoud Abbas que sur les limites du privilège géographique américain. Héberger une organisation internationale n’équivaut pas à posséder sa parole. Washington peut contrôler l’aéroport, tamponner les passeports et refuser l’entrée sur son territoire. Cent cinquante-deux États viennent de lui rappeler qu’il ne possède pas le microphone.

NBSInfos.com

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