Pour la deuxième année consécutive, Mahmoud Abbas ne prendra pas physiquement place dans l’Assemblée générale des Nations unies. Washington a refusé son visa et prolongé les restrictions touchant plusieurs responsables de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine.
Le Département d’État accuse les dirigeants palestiniens de contourner la négociation avec Israël par leur recours aux institutions internationales, notamment la Cour pénale internationale et la Cour internationale de Justice, ainsi que par leurs démarches en faveur d’une reconnaissance internationale de l’État palestinien. Les autorités américaines évoquent également les paiements accordés à certaines familles de Palestiniens condamnés pour des attaques et des pratiques qu’elles assimilent à une glorification du terrorisme.
New York appartient aux États-Unis, la tribune appartient à l’ONU
La décision dépasse pourtant largement une affaire consulaire. Les États-Unis ne sont pas seulement un État contrôlant l’accès à leur territoire. Ils hébergent une organisation internationale dont la vocation suppose précisément que des gouvernements adversaires, des États non reconnus par Washington et des acteurs en conflit puissent venir s’exprimer dans la même enceinte.
L’accord de siège conclu avec l’ONU en 1947 encadre cette singularité et protège l’accès des représentants appelés à participer aux travaux des Nations unies. Le désaccord juridique n’est pas nouveau, la position constante exprimée par les organes de l’ONU considère que le droit d’accès aux réunions de l’organisation ne peut être assimilé à une visite diplomatique ordinaire aux États-Unis.
Le paradoxe devient encore plus visible cette année. Washington a autorisé les principaux dirigeants iraniens à venir à New York malgré le conflit opposant les États-Unis à l’Iran, tout en maintenant l’exclusion de Mahmoud Abbas. Le choix américain révèle ainsi une distinction politique assumée entre les délégations auxquelles l’accès est accordé sous restrictions et les responsables palestiniens auxquels le visa reste refusé.
L’administration Trump présente cette différence comme l’application de lois américaines et de sanctions liées au comportement de l’OLP et de l’Autorité palestinienne. Ses détracteurs y voient plutôt une utilisation du privilège géographique du pays hôte pour agir sur la représentation diplomatique au sein d’une institution qui ne relève pourtant pas de la souveraineté américaine seule.
Un siège vide qui ne réduit plus vraiment la voix palestinienne
La réponse de l’Assemblée générale montre aussi les limites pratiques de cette stratégie. Le 17 septembre, 152 États ont approuvé la participation de Mahmoud Abbas par vidéo, contre trois votes négatifs et quatre abstentions. L’interdiction américaine empêchera son entrée sur le territoire et supprimera une partie importante de la diplomatie physique des couloirs de New York, elle ne fera pas disparaître son discours de la salle. L’ONU avait déjà employé cette solution en 2025 après un précédent refus américain, créant une mécanique institutionnelle permettant à la représentation palestinienne de contourner matériellement la fermeture de la frontière sans résoudre le conflit qui l’a provoquée.
C’est peut-être là que se situe l’enjeu le plus intéressant. Le visa devient une sanction diplomatique dont l’effet symbolique est puissant, tandis que son efficacité politique devient plus difficile à mesurer. Abbas perd les rencontres physiques, les discussions informelles et une partie de la visibilité attachée à la présence d’un chef de délégation à New York.
La Palestine conserve pourtant sa tribune et bénéficie, à chaque nouvel épisode, d’un vote où une grande partie de l’Assemblée rappelle publiquement son désaccord avec la décision américaine. Washington cherche à imposer un coût aux stratégies palestiniennes d’internationalisation du conflit. L’Assemblée générale répond précisément par davantage d’internationalisation, en transformant une décision américaine sur l’accès au territoire en débat collectif sur les règles d’accès à l’ONU.
Le résultat produit ainsi une étrange diplomatie du siège vide. Les États-Unis contrôlent la porte d’entrée de New York, tandis que l’Assemblée contrôle encore son micro. La véritable confrontation ne porte plus seulement sur la présence de Mahmoud Abbas dans une salle. Elle concerne la frontière entre le pouvoir du pays hôte et l’autonomie d’une organisation internationale installée sur son territoire, une frontière que le dossier palestinien oblige désormais à redessiner pour la deuxième année consécutive.
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