Ghana : l’architecture locale adaptée aux changements depuis des siècles

Lorsqu’on parle d’architecture au Ghana, l’attention se porte souvent sur les bâtiments modernes : maisons en béton, immeubles de bureaux vitrés, centres commerciaux et projets urbains ambitieux. Pourtant, à travers tout le pays, une autre tradition architecturale continue de nous éclairer sur la manière dont les Ghanéens ont construit et vécu pendant des générations.

Il s’agit d’architecture vernaculaire. Elle n’est pas exclusivement ghanéenne. Ce terme désigne les bâtiments et les habitats façonnés en grande partie par les savoirs locaux, les matériaux, les techniques de construction, les pratiques culturelles et les conditions environnementales d’une région donnée. Ce n’est pas simplement une architecture ancienne ou traditionnelle. Elle représente plutôt un savoir-faire acquis au fil de nombreuses années d’observation, d’adaptation et d’expérience.

Au Ghana, ce lien se manifeste dans l’utilisation de la terre, du bois, du chaume et d’autres matériaux locaux. On y trouve des ensembles organisés autour de cours intérieures, des conceptions qui tirent parti de la lumière du soleil et des vents dominants, des espaces extérieurs ombragés et des schémas d’habitat qui reflètent les relations sociales et la vie communautaire.

Ces caractéristiques sont apparues au fil des générations. Les communautés ont appris comment les matériaux se comportaient, comment les bâtiments réagissaient aux changements saisonniers et comment les espaces pouvaient soutenir des activités privées et collectives.

Je suis architecte et j’ai mené des recherches et enseigné les techniques du bâtiment pendant une dizaine d’années. Dans un article récent , j’analyse la manière dont l’architecture vernaculaire au Ghana a été comprise, documentée et interprétée.

Un constat majeur de mon étude est que l’architecture vernaculaire du Ghana ne constitue pas une tradition unique, mais un ensemble de savoirs diversifié, façonné par le climat et les communautés. On en trouve des exemples dans la savane chaude et sèche, la forêt tempérée et humide, ainsi que dans les zones côtières chaudes et humides. Les communautés ont développé des stratégies de construction spécifiques en fonction de la chaleur, des précipitations, de l’humidité, des matériaux locaux et de leur vie quotidienne.

Je conclus que l’avenir réside dans l’intégration de ces connaissances à la conception architecturale contemporaine. Le cas échéant, cela peut se faire par le biais des matériaux, de l’agencement des espaces et de l’interaction du bâtiment avec son environnement.

Plus que de vieux bâtiments

Pour mes recherches, je me suis appuyée sur les travaux de chercheurs qui ont contribué à documenter et à interpréter les connaissances architecturales vernaculaires au Ghana.

Par exemple, l’architecte et chercheuse Labelle Prussin a étudié les établissements et l’architecture domestique du nord du Ghana. Elle a démontré que les formes architecturales étaient étroitement liées à l’organisation sociale, à la culture et à l’environnement. Ses travaux ont contribué à établir l’importance de comprendre l’architecture africaine dans son contexte social et environnemental.

L’architecte et chercheuse allemande Hannah Schreckenbach, aujourd’hui disparue, a également documenté les pratiques architecturales et les techniques de construction autochtones au Ghana. Elle a contribué à une meilleure reconnaissance du savoir architectural local et de son importance pour l’enseignement et la pratique de l’architecture.

Mon travail est différent. Il réunit les dimensions environnementales, culturelles, spatiales, matérielles et institutionnelles de l’architecture vernaculaire. Cette approche permet de relier les documents anciens sur les bâtiments vernaculaires à leur pertinence actuelle pour le paysage bâti du Ghana.

Ces résultats montrent également pourquoi l’architecture vernaculaire ne doit pas être considérée comme un simple témoignage ou symbole du passé. La préservation des bâtiments est importante, certes, mais l’architecture vernaculaire constitue aussi un savoir vivant.

Un bâtiment vernaculaire recèle des informations sur le climat, les matériaux, la construction, l’organisation sociale et l’identité culturelle. Ses murs, ses ouvertures, ses cours et son orientation forment un système cohérent. Grâce à lui, les communautés s’adaptent aux conditions environnementales et aux besoins sociaux. Ce savoir est essentiel face à l’urbanisation rapide , à la hausse des coûts de construction, aux pressions climatiques et à la demande croissante de bâtiments moins énergivores et moins gourmands en ressources au Ghana.

Ce n’est pas une solution complète pour tous les bâtiments, mais elle offre des principes que les architectes peuvent réinterpréter grâce aux technologies et aux matériaux modernes.

Qu’est-ce qui doit être conservé, qu’est-ce qui n’est plus pertinent ?

Ce savoir, cependant, est vulnérable. L’urbanisation rapide, l’évolution des modes de vie, les matériaux importés, les pratiques de construction standardisées et la perception que le béton représente le progrès peuvent marginaliser les savoirs vernaculaires.

Lorsqu’un bâtiment en terre disparaît, nous perdons bien plus qu’une structure physique. Nous perdons également un savoir-faire précieux sur la préparation des matériaux, l’adaptation au climat, l’aménagement des espaces et l’implication des communautés dans la construction et l’utilisation. Pour autant, cela ne signifie pas que tout bâtiment vernaculaire doive être conservé à l’identique.

Par exemple, les constructions traditionnelles en terre peuvent nécessiter des fondations renforcées et une meilleure protection contre l’humidité. Les toits de chaume peuvent nécessiter quelques modifications pour être plus sûrs et plus durables. Les plans traditionnels peuvent devoir être adaptés aux exigences sanitaires, d’accessibilité et aux besoins des ménages.

Repenser le progrès

L’architecture durable ne peut se limiter à importer des technologies développées ailleurs. Elle doit aussi prendre en compte les savoirs déjà présents au sein des communautés. La durabilité n’est pas un concept nouveau.

Les communautés ont depuis longtemps développé des méthodes de construction qui répondent au climat, aux ressources, aux valeurs culturelles et aux besoins collectifs.

L’avenir ne réside pas dans le choix entre architecture vernaculaire et architecture moderne. Il réside dans l’intégration des savoirs ancestraux à la conception contemporaine. La construction en terre peut être améliorée, non abandonnée. Le refroidissement passif peut enrichir l’architecture contemporaine. Les principes des cours intérieures peuvent éclairer les logements modernes. Les matériaux locaux peuvent être réévalués grâce à des technologies appropriées.

L’architecture vernaculaire du Ghana n’est pas simplement un héritage du passé.

C’est une ressource pour demain.

Saeed Akannah Junior

Chargé de cours, École d’environnement bâti, Université technique de Bolgatanga

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