RDC : Les grimaces de Muzito – Le budget national ou l’art de financer l’État sans construire la République

À Kinshasa, la préparation du budget 2027 est déjà engagée. Le ministère du Budget a publié la lettre d’orientation, la circulaire d’élaboration et le calendrier des conférences budgétaires, tandis que l’exercice 2026 poursuit son exécution. Le rituel institutionnel fonctionne donc. Les administrations formulent leurs besoins, les enveloppes sont discutées, les arbitrages commencent et, dans quelques mois, le pays disposera d’un nouveau chiffre présenté comme l’expression financière des ambitions nationales.

Le problème congolais n’est pourtant plus de savoir si le budget augmente. Il est de déterminer ce que cette augmentation transforme réellement. La loi de finances 2026 s’établit à 54 335,7 milliards de francs congolais, soit environ 22 milliards de dollars selon le ministère du Budget, en progression par rapport à l’exercice précédent. Mais un État ne devient pas plus moderne parce que son budget devient plus gros. Il le devient lorsque chaque franc supplémentaire accroît sa capacité à produire des biens publics, à investir, à protéger, à organiser le territoire et à préparer l’économie qui devra financer le budget suivant.

Un budget mesure ce que l’État dépense, beaucoup moins ce qu’il devient

La fascination pour le montant global entretient une confusion entre expansion budgétaire et transformation institutionnelle. En 2026, les dépenses de personnel atteignent plus de 14 000 milliards de francs congolais, les prestations plus de 6 600 milliards, les transferts et interventions de l’État plus de 8 500 milliards, tandis que les équipements représentent environ 10 800 milliards et les constructions, réfections et réhabilitations un peu plus de 5 200 milliards. Ces chiffres décrivent une allocation. Ils ne démontrent ni que les équipements sont effectivement livrés, ni que les infrastructures fonctionnent, ni que les services publics deviennent plus accessibles ou plus productifs.

C’est précisément ici que la discussion budgétaire congolaise demeure trop superficielle. Nous examinons combien un ministère reçoit alors qu’il faudrait également mesurer ce qu’un ministère cesse de coûter lorsqu’il devient plus efficace, combien d’heures administratives sont supprimées grâce à la numérisation, combien d’investissements privés deviennent possibles grâce à une infrastructure publique, combien de kilomètres de routes génèrent une nouvelle activité économique et combien d’enfants apprennent réellement après l’augmentation d’un crédit consacré à l’éducation.

Le budget reste ainsi largement construit autour de l’administration de l’existant. Chaque année hérite des institutions, des structures, des rémunérations, des procédures et des habitudes de l’année précédente, auxquelles viennent s’ajouter de nouvelles ambitions. L’État grossit plus facilement qu’il ne se redessine. La question essentielle devrait pourtant précéder la distribution des enveloppes. Il faudrait décider quelles fonctions l’État congolais doit être capable d’exercer dans dix ans, puis financer méthodiquement la construction de cette capacité.

Le véritable déficit congolais n’apparaît pas dans le solde budgétaire

Sur le papier, la loi de finances 2026 présente recettes et dépenses en équilibre à 54 335,7 milliards de francs congolais. Cet équilibre comptable possède son utilité, mais il peut également donner l’illusion d’une cohérence économique que les colonnes budgétaires ne suffisent pas à établir. Un budget peut être parfaitement équilibré tout en finançant un appareil public profondément déséquilibré.

Le déficit le plus grave de la RDC n’est donc pas nécessairement celui qui apparaît entre recettes et dépenses. Il réside dans l’écart entre les dépenses publiques et la capacité institutionnelle qu’elles produisent. Une administration payée mais incapable de fournir rapidement un document demeure une dépense sans transformation suffisante. Une route financée mais rapidement dégradée constitue du capital budgétaire sans capital public durable. Une université inscrite au budget mais incapable de produire les compétences nécessaires à l’économie moderne devient une ligne récurrente sans rendement collectif proportionnel.

La dépendance à l’égard des ressources extérieures révèle également cette fragilité. Pour 2026, le budget général prévoit environ 34 579 milliards de francs congolais de recettes internes et plus de 14 390 milliards de recettes extérieures. La mobilisation de financements extérieurs n’est pas en elle-même un problème. Elle devient préoccupante lorsqu’elle permet de financer année après année des investissements qui ne renforcent pas suffisamment la capacité future du pays à les financer lui-même.

La bonne question n’est donc pas de savoir combien les partenaires peuvent apporter à la RDC. Elle consiste à déterminer combien de dépendance disparaîtra grâce à ce qu’ils financent aujourd’hui. Un emprunt destiné à une infrastructure qui augmente la productivité nationale peut renforcer la souveraineté économique. Un financement extérieur qui entretient simplement une dépense récurrente reporte le problème budgétaire sur l’exercice suivant.

Le budget 2027 devrait commencer par choisir le Congo de 2037

La préparation du budget 2027 offre donc une occasion qui dépasse largement les conférences budgétaires actuellement organisées. Il faudrait cesser de considérer la loi de finances comme une immense négociation annuelle entre institutions réclamant chacune une part du gâteau public. Le budget devrait devenir un instrument explicite de transformation de la structure économique et institutionnelle du pays.

Cela suppose d’introduire une discipline beaucoup plus exigeante dans l’allocation des ressources. Chaque grande dépense d’investissement devrait préciser non seulement son coût, mais la capacité nouvelle qu’elle crée. Une route devrait être associée aux bassins économiques qu’elle connectera. Une université publique devrait être reliée aux compétences dont le pays aura besoin. Une dépense numérique devrait être évaluée selon le nombre de procédures qu’elle élimine. Une politique agricole devrait indiquer quelles importations elle permettra de réduire ou quelles exportations nouvelles elle rendra possibles. Une infrastructure énergétique devrait être pensée à partir des industries qu’elle permettra de faire naître.

Cela implique également d’accepter qu’un budget de transformation puisse supprimer autant qu’il crée. Certaines structures publiques sont devenues redondantes, certaines procédures constituent désormais des coûts sans valeur et certaines dépenses existent principalement parce qu’elles existaient l’année précédente. Une République sérieuse ne considère pas chaque ligne historique comme un droit acquis à la perpétuité. Elle conserve ce qui produit une capacité publique et redéploie ce qui entretient principalement l’inertie administrative.

La RDC possède un territoire immense, des ressources naturelles considérables, une population jeune et des besoins d’infrastructures suffisamment importants pour soutenir plusieurs décennies d’investissement productif. Son problème budgétaire fondamental ne devrait donc pas être formulé uniquement en termes de manque d’argent. Le problème réside également dans l’absence d’une architecture capable de transformer systématiquement l’argent public en capacité nationale.

Lorsque le prochain budget sera présenté, le débat politique se concentrera probablement encore sur son montant, sa croissance et la part attribuée aux différents secteurs. Il faudra regarder ailleurs. La véritable mesure du budget 2027 sera de savoir si, après son exécution, la République démocratique du Congo sera simplement un État ayant dépensé davantage ou un pays devenu un peu plus capable de construire lui-même son avenir.

Jo M. Sekimonyo, PhD

Chancelier de l’Université Lumumba

Économiste politique hétérodoxe

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