Économie Mondiale

Vietnam : 65 milliards de dollars pour relier Hanoï à Hô Chi Minh-Ville en six heures

Le Vietnam prépare la construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse de 1 541 kilomètres reliant Hanoï, sa capitale, à Hô Chi Minh-Ville, son principal centre économique. Estimé à 65,3 milliards de dollars, ce projet permettra de ramener à environ six heures un trajet qui nécessite actuellement jusqu’à 35 heures en train conventionnel. Les nouvelles infrastructures accueilleront des trains circulant à une vitesse de conception de 350 kilomètres par heure, sur un corridor traversant quinze provinces et villes du pays.

Selon le calendrier actualisé par le ministère vietnamien de la Construction en septembre 2026, les travaux doivent commencer en décembre 2027, avec un objectif d’achèvement fixé à 2035. Approuvé par l’Assemblée nationale en novembre 2024, le programme représente l’un des investissements publics les plus importants de l’histoire du pays. Le gouvernement compte utiliser cette infrastructure pour rapprocher ses grands centres urbains, améliorer les déplacements et renforcer les activités industrielles le long de l’axe Nord-Sud.

Un réseau ferroviaire pour rapprocher les deux principaux pôles économiques

La future ligne reliera la gare de Ngoc Hoi, au sud de Hanoï, à celle de Thu Thiem, dans l’agglomération de Hô Chi Minh-Ville. Elle comprendra 23 gares de voyageurs et cinq installations destinées au transport de marchandises. Des villes comme Vinh, Hué, Da Nang et Nha Trang figureront parmi les principaux centres desservis.

Le réseau sera constitué de deux voies électrifiées à écartement standard de 1 435 millimètres. Les trains pourront atteindre une vitesse de conception de 350 kilomètres par heure, permettant de réduire considérablement la durée des déplacements sur l’axe le plus fréquenté du pays.

Actuellement, le train conventionnel reliant Hanoï à Hô Chi Minh-Ville circule sur une infrastructure ancienne, dont les caractéristiques limitent la vitesse et la capacité. Le parcours nécessite généralement une trentaine d’heures, voire davantage selon les services. La nouvelle ligne devrait ramener cette durée à environ cinq heures et demie pour les liaisons les plus rapides.

Ce changement pourrait modifier les habitudes de déplacement entre les régions vietnamiennes. Les grandes villes intermédiaires deviendraient plus accessibles, facilitant les voyages professionnels, le tourisme intérieur et certaines activités commerciales. Le projet prévoit également des correspondances avec les réseaux urbains et les autres infrastructures de transport.

Le gouvernement souhaite réserver principalement la nouvelle ligne au transport de voyageurs. Le réseau conventionnel pourrait ainsi disposer de capacités supplémentaires pour les marchandises, un élément important pour les activités manufacturières et logistiques vietnamiennes.

Le financement public au cœur d’un investissement de 65 milliards de dollars

Le coût du programme constitue un engagement financier considérable pour les autorités vietnamiennes. Les dernières estimations font état d’environ 65,3 milliards de dollars, contre près de 67,3 milliards lors de l’approbation parlementaire de 2024. Le financement doit principalement provenir des ressources publiques, avec la possibilité de mobiliser des obligations d’État et certains emprunts internationaux à des conditions favorables. Le gouvernement prévoit d’étaler les dépenses sur plusieurs exercices budgétaires afin de répartir la charge financière de la construction.

Plusieurs groupes industriels vietnamiens ont manifesté leur intérêt pour participer au programme. Leurs propositions ont notamment porté sur le financement, la construction et l’exploitation de certaines composantes du futur réseau.

Les autorités devront arbitrer entre les différentes modalités de participation des entreprises, les contraintes budgétaires et les exigences techniques. À ce stade, les travaux de préparation se poursuivent et les principaux contrats de réalisation restent à finaliser.

Le financement ne constitue qu’une partie des dépenses nécessaires. Le Vietnam devra également prévoir les coûts d’exploitation, de maintenance, de renouvellement des équipements et de formation du personnel ferroviaire. La fréquentation réelle de la ligne et la tarification des billets influenceront sa viabilité économique à long terme.

Le Vietnam veut développer ses propres compétences ferroviaires

Le programme ferroviaire doit également soutenir le développement d’une industrie nationale spécialisée dans les infrastructures de transport. La construction et l’exploitation d’une ligne à grande vitesse exigent des ingénieurs, des techniciens, des entreprises de génie civil et des spécialistes des systèmes électriques, de signalisation et de maintenance. Le gouvernement entend associer les entreprises vietnamiennes aux différentes étapes de réalisation. Il prévoit notamment des mécanismes favorisant le transfert de technologies, la formation professionnelle et la participation des fournisseurs locaux.

En septembre 2026, une délégation du ministère de la Construction s’est rendue en Allemagne pour rencontrer des représentants de Siemens Mobility, de Deutsche Bahn et d’autres entreprises du secteur. Les discussions ont porté sur les équipements ferroviaires, les normes techniques, la formation et les possibilités de coopération industrielle.

Cette démarche s’inscrit dans l’évolution de l’économie vietnamienne, devenue un important centre manufacturier en Asie du Sud-Est. Le pays accueille déjà de nombreuses activités dans l’électronique, le textile, les équipements industriels et la production destinée aux marchés internationaux.

Le chantier ferroviaire pourrait offrir des débouchés supplémentaires aux entreprises nationales spécialisées dans les matériaux de construction, l’électrotechnique, les équipements mécaniques et les services d’ingénierie. La part de valeur ajoutée produite localement dépendra des marchés effectivement attribués aux entreprises vietnamiennes et des compétences qu’elles parviendront à acquérir.

Un chantier qui nécessitera le déplacement de milliers d’habitants

La réalisation du réseau implique également des interventions foncières importantes. Selon les estimations initiales approuvées par l’Assemblée nationale, environ 10 827 hectares seront nécessaires pour construire les voies, les gares et les installations techniques.

Près de 121 000 personnes pourraient être concernées par les opérations de réinstallation. Les autorités locales devront organiser les acquisitions foncières, les indemnisations et la préparation des nouveaux sites d’accueil.

Les travaux traverseront des espaces agricoles, des zones résidentielles et plusieurs centres urbains en développement. La construction de viaducs, de tunnels et d’autres ouvrages d’art nécessitera une coordination entre les administrations locales et les entreprises chargées des chantiers.

Le ministère de la Construction a demandé aux collectivités concernées d’accélérer la préparation des terrains. Les acquisitions foncières figurent parmi les opérations susceptibles de retarder l’exécution du programme, notamment dans les secteurs densément peuplés.

La gestion environnementale fera également partie des obligations du projet. Le tracé traverse plusieurs régions aux caractéristiques géographiques différentes, comprenant des plaines agricoles, des secteurs montagneux et des zones exposées aux inondations.

Un démarrage reporté à décembre 2027

Le gouvernement vietnamien avait initialement cherché à lancer les travaux dès 2026. Ce calendrier a été repoussé d’une année en raison des difficultés rencontrées dans les études préparatoires, la sélection des consultants et la coordination administrative.

En septembre 2026, le ministre de la Construction, Trần Hồng Minh, a reconnu que la préparation avançait moins rapidement que prévu. Son ministère a demandé un calendrier plus détaillé, assorti de responsabilités précises pour les organismes chargés des études techniques, des acquisitions foncières et des différentes phases de réalisation.

Les autorités prévoient désormais de finaliser la sélection des consultants chargés de l’étude de faisabilité durant le quatrième trimestre 2026, avant de préparer les premiers chantiers pour décembre 2027.

L’objectif officiel reste fixé à 2035 pour l’achèvement du réseau. Ce calendrier devra cependant intégrer les délais nécessaires aux travaux de génie civil, à l’installation des équipements, aux essais de sécurité et à la mise en service progressive des lignes.

Avec ses 1 541 kilomètres, le futur chemin de fer Nord-Sud modifierait profondément la géographie des déplacements au Vietnam. Le pays devra désormais mobiliser les financements annoncés, achever les études techniques et organiser les acquisitions foncières pour engager les travaux à la fin de 2027. La prochaine étape concrète sera la validation des études de faisabilité, qui préciseront les conditions de réalisation de cette infrastructure prévue pour fonctionner à partir de la prochaine décennie.

NBSInfos.com

roi makoko

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