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La RDC fait face à une épidémie d’Ebola d’une ampleur exceptionnelle. Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), publié le 23 octobre 2026, le pays totalise 9 704 cas confirmés et 4 687 décès.
La maladie, provoquée par le virus Bundibugyo, touche désormais huit provinces et continue de se propager malgré les opérations sanitaires engagées depuis mai. Alors que des contaminations ont également été enregistrées au Kenya et au Nigeria, les chercheurs ont lancé vendredi à Bunia un essai clinique destiné à évaluer de nouveaux vaccins.
Une épidémie qui continue de progresser
Déclarée officiellement le 15 mai 2026, la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC connaît une progression particulièrement préoccupante. Entre le 8 et le 20 octobre, les autorités sanitaires ont enregistré 976 nouveaux cas confirmés et 482 décès supplémentaires. Le taux de létalité atteint 48,3 %, soit près d’un décès pour deux personnes ayant reçu un diagnostic confirmé.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, avec 7 040 cas et 3 271 décès. Le Nord-Kivu arrive en deuxième position avec 2 146 contaminations confirmées et 1 199 décès. Cette dernière province présente une létalité particulièrement élevée, estimée à 55,9 %.
La maladie a également été détectée dans le Haut-Uélé, la Tshopo, le Bas-Uélé, le Sud-Kivu et les provinces du Nord-Ubangi et du Sud-Ubangi. Au total, 66 zones de santé ont été touchées depuis le début de l’épidémie. Cinquante d’entre elles avaient encore signalé de nouveaux cas au cours des 21 jours précédant le dernier bilan.
Les chiffres publiés par l’OMS contrastent avec les déclarations gouvernementales de septembre, lorsque les autorités congolaises avaient annoncé une diminution de la courbe épidémique et estimé que la situation était désormais sous contrôle. Les données d’octobre montrent une transmission toujours soutenue et une extension géographique de la maladie.
L’une des principales préoccupations concerne le nombre élevé de décès survenant en dehors des établissements spécialisés. Parmi les 482 décès enregistrés depuis la précédente mise à jour de l’OMS, 307 sont survenus au sein des communautés, contre 175 dans les centres de traitement. Cette situation souligne les difficultés persistantes de détection précoce, de transfert des malades et d’accès aux soins.
Le virus atteint le Kenya et le Nigeria
L’épidémie congolaise a désormais des conséquences sanitaires au-delà des frontières nationales. Le Kenya a confirmé son premier cas importé début octobre chez un homme arrivé de RDC après avoir transité par l’Ouganda. Le patient est décédé à Nairobi le 5 octobre.
Huit autres personnes liées à ce premier malade ont ensuite été déclarées positives, portant le bilan kényan à neuf cas confirmés, dont un décès. Parmi les personnes contaminées figurent quatre membres de sa famille et quatre professionnels de santé. Selon l’OMS, toutes les infections secondaires identifiées appartiennent au même groupe de contacts et aucune transmission communautaire plus large n’a été établie.
Le 20 octobre, le Nigeria a également confirmé un cas importé à Abuja. Le patient, arrivé d’Ouganda, avait commencé à présenter des symptômes le 7 octobre avant d’être hospitalisé quelques jours plus tard. Les autorités nigérianes ont identifié 44 personnes ayant été en contact avec lui et engagé des opérations de surveillance.
Depuis mai, des cas associés à cette épidémie ont été détectés dans cinq pays, notamment la RDC, l’Ouganda, la France, le Kenya et le Nigeria. L’épidémie ougandaise a toutefois été déclarée terminée.
L’OMS appelle à renforcer la surveillance aux frontières, les capacités de diagnostic et la coordination entre les services sanitaires des différents États. L’organisation ne recommande actuellement aucune restriction générale des voyages ou des échanges commerciaux avec les pays concernés.
À Bunia, les premiers volontaires participent à un essai vaccinal
Une nouvelle étape scientifique a été franchie le 23 octobre à Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Le premier participant à l’essai clinique Tumaini a reçu une dose d’un vaccin expérimental dans le cadre d’une étude destinée à évaluer plusieurs candidats contre le virus Bundibugyo.
Le nom Tumaini signifie « espoir » en swahili. Cet essai clinique de phase 2/3 doit permettre d’évaluer la sécurité, la réponse immunitaire et l’efficacité de différents vaccins. Il utilise une approche de vaccination en anneau, consistant à cibler les contacts des personnes infectées et les individus fortement exposés au virus.
Le premier vaccin évalué est Ervebo, déjà autorisé contre une autre espèce du virus Ebola, anciennement appelée Ebola Zaïre. Son efficacité contre Bundibugyo n’est pas encore démontrée. Deux autres candidats, développés respectivement par Moderna et par l’Université d’Oxford en collaboration avec le Serum Institute of India, pourraient rejoindre prochainement l’étude.
L’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de la RDC et l’Université d’Anvers assurent conjointement la direction scientifique de Tumaini, sous la supervision du ministère congolais de la Santé. L’OMS, Africa CDC, Médecins sans frontières et plusieurs institutions internationales participent également à sa mise en œuvre.
Le professeur Hugo Kavunga, investigateur principal de l’étude à l’INRB, a souligné que la mobilisation des scientifiques congolais et des communautés touchées constitue un élément essentiel du dispositif. Les recherches doivent notamment déterminer quels vaccins pourraient protéger efficacement les personnes les plus exposées.
Contrairement à la forme d’Ebola provoquée par le virus Zaïre, pour laquelle un vaccin homologué existe, aucune vaccination n’est actuellement approuvée spécifiquement contre Bundibugyo. Aucun traitement antiviral spécifique n’est non plus autorisé contre cette forme de la maladie. La prise en charge repose principalement sur des soins de soutien adaptés, l’identification rapide des cas et la prévention des nouvelles contaminations.
Des équipes sanitaires confrontées à des conditions difficiles
Les interventions sanitaires se déroulent dans plusieurs territoires marqués par l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés d’accès aux établissements de santé. Dans certaines zones de l’Est congolais, les conflits armés compliquent les déplacements des professionnels, le transport des équipements médicaux et la surveillance des personnes exposées.
Au 20 octobre, environ 30 000 contacts étaient placés sous surveillance sanitaire. Les équipes avaient pu effectuer le suivi de près de 80 % d’entre eux au cours des dernières 24 heures, un résultat inférieur à l’objectif opérationnel de 95 %.
L’identification tardive des malades demeure un obstacle important. Les premiers symptômes d’Ebola, notamment la fièvre, la fatigue, les douleurs musculaires et les maux de tête, ressemblent à ceux d’autres maladies fréquentes dans la région, particulièrement le paludisme. Le diagnostic nécessite donc des analyses de laboratoire.
La transmission s’effectue principalement par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée présentant des symptômes, ainsi que par l’exposition à des objets contaminés. Les soins dispensés sans protection adaptée et certaines pratiques funéraires peuvent favoriser la propagation du virus.
L’OMS et les autorités congolaises poursuivent le renforcement des centres de traitement, de la surveillance communautaire et des mesures de prévention des infections. L’organisation internationale souligne également l’importance d’une communication adaptée aux populations locales afin de faciliter le signalement des symptômes et l’accès précoce aux soins.
Le lancement de Tumaini intervient ainsi dans une période particulièrement critique. Les chercheurs congolais et leurs partenaires disposent désormais d’un cadre clinique pour évaluer des outils de prévention qui n’existaient pas lors des précédentes épidémies de Bundibugyo.
Les premiers résultats scientifiques de cet essai restent attendus. Dans l’immédiat, les autorités sanitaires doivent contenir les foyers actifs, améliorer le suivi des contacts et réduire les décès communautaires. Avec près de 4 700 morts en cinq mois, la dix-septième épidémie d’Ebola représente déjà l’une des crises sanitaires les plus meurtrières de l’histoire récente de la RDC.
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