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COVID – 19

Tchad : La diaspora Tchadienne refuse que la COVID19 devienne une manne inespérée pour un maréchal qui cherche un 6ème mandat

2021 est une année électorale au Tchad : élections présidentielles le 11 avril, puis législatives le 24 octobre 2021. A la veille de ces échéances le climat social, porté par un désir de changement radical, se durcit face aux exactions du gouvernement à l’encontre des leaders d’opinion et des restrictions de libertés, notamment du droit à manifester. Dans le même temps, sur l’étendue du territoire national les conflits intercommunautaires et agriculteurs-éleveurs se multiplient, faisant plusieurs centaines de morts sous le regard souvent complice des autorités administratives et politiques ; preuve de l’absence de tout Etat de droit. L’État tchadien, incapable de réguler ses conflits autrement que par la violence continue pourtant sa mascarade de démocratie.

Contre toute logique et en violation flagrante des lois et des mesures de distanciation sociale contre la Covid19, le régime s’est lancé depuis novembre 2020 dans une campagne électorale avant l’heure, prenant le risque de propager dans son sillage la pandémie.

La mobilisation de milliers de personnes au passage d’Idriss Deby est obtenue par des mesures énergiques et coercitives exercées par des autorités traditionnelles, administratives et militaires, allant de la fermeture des marchés à la coupe unilatérale des salaires pour contribuer à l’organisation de l’arrivée de Deby. Ces autorités n’hésitent pas à se présenter publiquement comme des militants du parti au pouvoir, en violation des textes de loi, usant et abusant, pour cela, des moyens de l’État.

En face du régime, toute initiative émanant de la société civile est étouffée. Le forum citoyen organisé par les forces vives de la Nation fin novembre 2020 a été interdit, et des leaders de la société civile ont été arrêtés. Les locauxdes partis politiques de l’opposition et les domiciles des leaders ont été assiégés et interdits d’accès par les forces de l’ordre lourdement armés. Les marches pacifiques sont systématiquement prohibées sous le prétexte de l’état d’urgence sanitaire que le gouvernement lui-même outrepasse quand bon lui semble. La dernière marche pacifique en date du 6 février 2021 a mobilisé de nombreux arrondissements de la capitale et plusieurs autres villes du pays. Elle s’est soldée par l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes, dont Mahamat Nour Ibedou, leader de la Convention Tchadienne des Droits de l’Homme. Succès Masra, président du parti politique les Transformateurs a, quant à lui, trouvé refuge au sein de l’ambassade des États-Unis au Tchad, appelant à l’aide la communauté internationale.

Dans ce contexte conflictuel, la classe politique se prépare malgré tout à la course électorale avec de nombreux handicaps, comme le non-remboursement des dépenses électorales de 2016 pourtant prévu par la loi. Une dizaine de partis politiques de l’opposition s’est constituée sous une coalition pour présenter une candidature unique. Mais le jeu électoral est biaisé d’avance et pourrait déboucher sur des contentieux électoraux aux issues incertaines. Les textes qui encadrent les élections sont rejetés par l’opposition après les modifications introduites par une Assemblée Nationale illégitime dont le mandat a expiré en 2015. Le forum dit « national et inclusif » organisé en octobre 2020 par le pouvoir et boycotté par l’opposition s’est conclu par la nécessité de réviser la constitution de 2018 et plus spécifiquement les dispositions régissant les élections. Mais, comme il fallait s’y attendre, cette volonté est restée lettre morte.

L’espoir d’un dialogue national inclusif longtemps demandé par l’opposition démocratique et toujours rejeté par le pouvoir s’éloigne de plus en plus. L’opposition politico-militaire, toujours active aux frontières du pays, ravive de nombreux foyers de tension. En Centrafrique, l’implication des soldats tchadiens aux conflits a attisé l’escalade de la violence et a permis l’immixtion des soldats russes et rwandais.

Face à cette situation, la diaspora Tchadienne s’organise pour apporter son appui aux forces vives de la nation. Le double jeu du président Déby, qui reconnait dans ses discours la menace d’une dislocation du pays et qui, paradoxalement, entend en tirer une dividende politique ne semble interroger personne au sein de la communauté internationale. Le G5 Sahel compte confier à Deby les rênes de son organisation au cours d’un sommet des chefs d’Etat du G5 à N’Djamena auquel prendra part le Président Macron le 14 et 15 février prochain. Macron vient d’annuler son déplacement sur N’Djamena mais son soutien politique et militaire à un pays perçu comme « un ilot de stabilité dans un océan d’instabilité» reste, aux yeux de l’opinion publique une réalité, ceci alors que de nombreuses ONG, notamment International Crisis Group, pointent régulièrement du doigt les faiblesses structurelles du régime Déby. La lutte anti-terroriste ne doit pas constituer un blanc-seing pour le pouvoir tchadien comme français, dans un contexte où le terme terrorisme est par ailleurs flou et à géométrie variable. Ce combat ne doit pas masquer les vrais défis économiques, sociaux et politiques à la racine du problème. Nous en appelons une fois de plus aux ami.e.s du Tchad et à toutes les forces vives de la Nation afin d’organiser ensemble un grand sursaut national pour sauver notre pays des périls qui pointent à l’horizon. Nous appelons les organisations et les citoyen.nes à prendre une part active aux manifestations prévues au Tchad et dans les diasporas en fin de semaine en réaction à ce soutien français et au blocus démocratique.

En outre, nous demandons à Emmanuel Macron de réviser la politique extérieure française à l’endroit du Tchad en considérant non seulement les facteurs de risques qu’encoure la sous-région sur le plan de l’alternance politique mais aussi les aspirations des peuples à un mieux-être, à la liberté, à l’équité et à la justice. Nous lui demandons de reconsidérer la posture des autorités politiques et militaires françaises vis-à-vis d’Idriss Deby, autoproclamé maréchal en août 2020 à l’image des dictateurs mégalomanes les plus sanglants que l’Afrique ait connu. Nous appelons Macron à transformer l’opportunité de l’engagement tchadien dans les causes communes au Sahel et sur d’autres terrains politiques et sécuritaires en une occasion de renforcement des liens séculaires entre les peuples Tchadiens et Français. Aussi, nous lui demandons de considérer avec attention le ras-le-bol des Tchadiens avant qu’il ne soit trop tard et de soutenir son slogan : « non au 6ème mandat de Deby ». Le peuple Tchadien éternel lui sera reconnaissant du recadrage de sa politique extérieure qui devrait avoir pour base des intérêts avant tout humanistes.

Pr Facho Balaam

Haroun Zorrino

Djarma Acheikh

Djonabaye Mbaidanem

Abdelkerim Yacoub Koundougoumi

Tamara Acyl

Gassim Cherif

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