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La course au déploiement de la 6G

Alors même que le déploiement du réseau 5G se poursuit dans le monde entier, la course à la conception et à la construction de la sixième génération d’infrastructures mobiles a commencé.

Le nouveau réseau mondial 6G représente un changement fondamental dans la conception même d’un réseau mobile. Alors que les générations précédentes étaient principalement conçues comme des voies de transmission de données entre appareils, la 6G ambitionne de traiter le réseau comme un système intelligent.

Cela signifie qu’il est conçu pour être « natif de l’IA », l’intelligence artificielle étant au cœur de sa conception dès le départ. Un exemple en est la détection et la communication intégrées : des ondes radio qui fonctionnent également comme des capteurs radar, détectant les mouvements sans avoir recours à des caméras . La collecte de données en temps réel et la connectivité constitueront une autre application importante pour la gestion des environnements urbains largement automatisés.

Le problème, c’est que quelqu’un doit d’abord créer la 6G – et en assumer le coût. Or, ce prochain cycle technologique hérite de nombreux problèmes non résolus de la 5G, dans un contexte technologique fracturé par des tensions géopolitiques et le scepticisme du public.

Le développement de la 6G repose sur un dialogue international mené par des institutions telles que l’Union internationale des télécommunications (UIT) des Nations Unies et le 3GPP (3rd Generation Partnership Project), une collaboration mondiale d’organismes de normalisation des télécommunications. Ensemble, ils ont établi le plan officiel de déploiement de la 6G , avec pour objectif la création des premières normes techniques d’ici 2028. Ceci préparerait le terrain pour le lancement des premiers réseaux commerciaux 6G aux alentours de 2030.

Avec la transition des télécommunications du matériel physique vers les logiciels en nuage et l’IA, les opérateurs mobiles traditionnels se retrouveront dépendants des géants de la technologie – en particulier des fournisseurs de services cloud massifs tels qu’Amazon et Google – pour la capacité de stockage et le traitement des données qu’ils ne peuvent pas mettre en place eux-mêmes.

Cette convergence soulève néanmoins d’importantes questions. Les infrastructures nationales peuvent-elles rester souveraines et sécurisées lorsqu’elles fonctionnent sur des plateformes cloud étrangères ? Et comment les gouvernements peuvent-ils coopérer facilement au-delà des frontières lorsque l’infrastructure numérique qui sous-tend leurs sociétés est contrôlée par une poignée d’entreprises privées ?

Une nouvelle alliance 6G

Fin juillet, le gouvernement américain a annoncé la création d’une nouvelle coalition 6G regroupant 24 pays , dont le Royaume-Uni, 15 autres pays européens, l’Inde, le Canada, l’Australie, la Corée du Sud et le Japon. Son objectif affiché est de contrer l’industrie chinoise des infrastructures numériques sous la bannière du « leadership et de la sécurité de la 6G ».

Cette annonce confère à la 6G une nouvelle dimension géopolitique. Ce bloc, mené par les États-Unis, affirme considérer la 6G comme le moteur et le pilier de la « compétitivité technologique, de la prospérité économique et de la sécurité nationale ».

Les alliés n’ont qu’un seul véritable concurrent, la Chine, et une leçon importante à tirer : ne pas répéter les erreurs stratégiques commises lors du développement de la 5G .

Il s’agissait principalement de l’absence de politique industrielle coordonnée et d’une sous-estimation de la complexité des accords qui sous-tendent ce réseau mondial. Ces erreurs ont permis à la Chine de prendre une longueur d’avance en matière de matériel, permettant à ses entreprises de dominer les brevets 5G et d’être les premières à commercialiser une grande partie des équipements 5G.

La coalition 6G nouvellement créée s’est déjà fixé pour objectif de consolider les liens entre les gouvernements, l’industrie et le monde universitaire dans les prochains mois. Ces liens devraient aboutir à une stratégie globale visant à soutenir un réseau 6G mondial sécurisé sur le long terme.

Un moment clé de cette histoire se produira en octobre 2027, à Shanghai, en Chine. Lors de la Conférence mondiale des radiocommunications 2027 de l’UIT , les gouvernements négocieront la répartition du spectre radioélectrique multicouche nécessaire à la 6G. Ceci devrait jeter les bases de la normalisation des infrastructures l’année suivante.

Pour le Royaume-Uni et l’Europe, cela représente un dilemme de taille. Ils ne disposent pas de la capacité industrielle nécessaire pour remplacer intégralement les infrastructures chinoises. Mais ils craignent également une dépendance accrue vis-à-vis des géants technologiques américains avec l’arrivée de la 6G.

Le dilemme de l’Europe

L’initiative phare de l’UE, Hexa-X, et son successeur Hexa-X-II , financés par les géants nordiques de la téléphonie mobile Nokia et Ericsson, ont été conçus comme un modèle pour une 6G européenne afin de répondre à ces problématiques. L’objectif principal est de développer des technologies capables de fonctionner de manière autonome, indépendamment des matériels et logiciels américains et chinois.

Au Royaume-Uni, la récente dissolution du ministère des Sciences, de l’Innovation et de la Technologie et le transfert du portefeuille des infrastructures numériques au nouveau ministère du Numérique, de la Culture, des Médias et du Sport ont engendré plusieurs semaines d’ incertitude dans le secteur technologique britannique . Cette situation survient à un moment crucial pour définir l’avenir de la recherche et du développement de la 6G à l’échelle nationale.

Les opérateurs mobiles britanniques locaux poursuivent le démantèlement des infrastructures 2G et 3G existantes et sont sur le point de supprimer les lignes téléphoniques fixes traditionnelles. Ils s’efforcent également de tirer pleinement parti du réseau 5G . Il n’est pas aisé pour le Royaume-Uni d’affirmer son leadership dans le domaine des réseaux mobiles à l’étranger tout en étant confronté à tous ces défis sur son propre territoire.

Les valeurs fondamentales de la technologie 6G, qui définiront la prochaine décennie, sont déjà en train d’être définies. Les futurs réseaux basés sur l’IA engendreront une consommation énergétique plus élevée ; un enjeu majeur consiste donc à minimiser cette consommation et à garantir la pérennité de cette technologie .

Le déploiement de nouvelles infrastructures risque également de raviver les vives inquiétudes du public observées lors du déploiement de la 5G. Les craintes liées aux rayonnements électromagnétiques et à la surveillance ont rapidement donné lieu à des théories du complot, alimentées par des antécédents de préoccupations sanitaires concernant les technologies sans fil et par la tendance à exclure les citoyens de la conception et du déploiement des infrastructures .

Pour que la 6G soit une réussite, il est indispensable d’adopter une approche plus globale pour la construction de ce nouveau réseau mondial, comme le reconnaissent la plupart des acteurs concernés. L’implication des citoyens dans ce processus pourrait s’avérer un atout précieux, démontrant d’emblée que l’infrastructure n’est jamais qu’un simple défi technique ou d’ingénierie. Il s’agit également d’un enjeu politique et social qui façonnera notre avenir à tous.

Natalia Orrego Tapia

Chercheur associé principal en durabilité environnementale et réseaux du futur, Centre ESRC pour les futurs socio-numériques, Université de Bristol

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