Alors que les Israéliens se rendent aux urnes aujourd’hui le 27 octobre, une question majeure qui n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait durant la campagne est le rejet catégorique par Israël de la création d’un État palestinien.
Cette situation place Israël en porte-à-faux avec l’opinion internationale. À l’heure actuelle, 159 pays à travers le monde reconnaissent l’État palestinien , dont des puissances diplomatiques majeures comme le Royaume-Uni et la France . Les deux membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont rejoint l’Australie, Andorre, le Canada, le Luxembourg, Malte, Monaco, le Portugal et Saint-Marin en reconnaissant formellement l’État de Palestine en septembre 2025.
Cela représente un tournant majeur au sein des principaux cadres diplomatiques mondiaux. Désormais, près de la moitié des pays du G7 et quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – la Chine, la France, la Russie et le Royaume-Uni – reconnaissent la Palestine comme un État légitime.
Cette pression internationale s’est récemment intensifiée avec les sanctions imposées par le Royaume-Uni et d’autres pays contre les groupes de colons israéliens. Face à cette pression – et au conflit en cours à Gaza – on pourrait s’attendre à ce que les partis d’opposition, au moins, abordent le bilan du gouvernement Netanyahu sur la question palestinienne. Or, le silence règne. Non seulement du côté du gouvernement, mais aussi du côté des partis d’opposition qui aspirent à le remplacer.
Les partis politiques qui composent le gouvernement ultranationaliste du Premier ministre israélien sortant, Benjamin Netanyahu, prônent la « destruction du Hamas ». Ils continuent de rejeter catégoriquement l’idée d’un État palestinien et, au contraire, ils promeuvent avec enthousiasme l’ expansion des colonies israéliennes .
Les alliés d’extrême droite de Netanyahu, sur lesquels il s’est appuyé pour se maintenir au pouvoir, comprennent le parti du sionisme religieux du ministre des Finances, Belazel Smotrich, et le parti Pouvoir juif du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Ces deux partis souhaitent aller plus loin. Leur campagne électorale prône l’occupation de toute la Cisjordanie. Ils appuient cette revendication sur un plan, présenté de manière euphémistique, d’« émigration volontaire palestinienne ».
Les principaux candidats à la succession de Netanyahu sont Gadi Eisenkot , chef de Yashar (Droit), et Naftali Bennett , chef de B’Yachad (Ensemble). Ils se démarquent de la politique du gouvernement Netanyahu en promettant de rétablir l’ordre en Cisjordanie par la lutte contre les violences des colons. Tous deux rejettent l’idée d’étendre les colonies et de favoriser l’émigration palestinienne.
Eisenkot, considéré comme le candidat le plus susceptible de battre Netanyahu, se dit favorable aux colonies respectant le droit israélien . Il a également vivement critiqué le projet de colonie E1, un vaste projet qui, s’il était mené à terme, réduirait de moitié la Cisjordanie et rendrait la création d’un État palestinien quasi impossible. Eisenkot et Bennet partagent la position du gouvernement Netanyahu, qui rejette catégoriquement l’idée d’un État palestinien.
Économie et sécurité
Le fait que les dirigeants politiques israéliens soient si déconnectés de l’opinion mondiale sur la question de l’État palestinien soulève des questions pressantes.
C’est en septembre que le Royaume-Uni et onze autres pays ont annoncé une série de sanctions en réponse aux violences perpétrées par les colons et à la signature par le gouvernement de Netanyahu du plan E1. Ces sanctions visent directement les produits, biens et services provenant de colonies illégales ou qui y sont liés.
Au sein de l’Union européenne, la possibilité d’un ensemble de sanctions plus large , pouvant aller jusqu’à la révocation du statut de nation commerçante privilégiée d’Israël, a été évoquée . En réponse, Netanyahu a suggéré qu’Israël pourrait contourner ces restrictions en utilisant les cryptomonnaies et la technologie blockchain. Cette proposition a suscité une vive réaction de la Banque centrale d’Israël, qui a déclaré : « La meilleure stratégie pour l’économie israélienne est de préserver les relations économiques avec nos principaux partenaires commerciaux et de nous concentrer sur la prévention des sanctions et de leurs conséquences néfastes sur l’économie. »
Une autre préoccupation majeure découlant de l’escalade des tensions en Cisjordanie et du conflit en cours à Gaza concerne la pression exercée sur les Forces de défense israéliennes (FDI). Le chef d’état-major des FDI, Eyal Zamir, a récemment lancé un avertissement alarmant : l’armée est déjà confrontée à une grave pénurie d’effectifs. « Je tire la sonnette d’alarme avant que les FDI ne s’effondrent sur elles-mêmes », aurait déclaré Zamir lors d’une réunion du cabinet de sécurité. Outre son déploiement à Gaza, en Cisjordanie et aux frontières d’Israël, les FDI ont également des troupes dans le sud et le sud-ouest de la Syrie ainsi qu’au sud du Liban.
Malgré les enjeux importants, les principaux partis en lice pour les élections israéliennes semblent n’avoir aucune réponse à ces questions urgentes.
L’État palestinien n’est pas le fruit d’une élection
Les sondages d’opinion suggèrent que le manque apparent d’intérêt pour une solution durable à l’autodétermination palestinienne pourrait être une stratégie délibérée. On observe un changement significatif dans l’opinion des électeurs israéliens depuis les attentats meurtriers du Hamas du 7 octobre. Nombre d’entre eux, notamment les jeunes, adoptent une position intransigeante à l’égard des Palestiniens et de la création d’un État palestinien. Plus de 16 % des primo-votants envisagent de voter pour les partis d’extrême droite de Ben-Gvir et Smotrich, selon un sondage réalisé pour Yedioth Ahronoth, l’un des quotidiens les plus populaires d’Israël.
La majorité des Israéliens rejettent l’idée d’une solution à deux États . Nombreux sont ceux qui perçoivent également les critiques internationales croissantes à l’égard d’Israël comme une preuve d’hypocrisie et un signe de montée de l’antisémitisme dans le monde. Les principaux enjeux du scrutin demeurent la sécurité, le coût de la vie et la question de la responsabilité des attentats du 7 octobre.
Le dernier sondage , qui combine les enquêtes de trois grandes chaînes de télévision israéliennes, donne une légère avance à une coalition Eisenkot, avec 54 sièges contre 50 pour une probable coalition dirigée par Netanyahu. Cet écart d’environ 16 sièges reflète le nombre d’indécis.
Une fois les votes dépouillés et la coalition gouvernementale formée, il appartiendra au prochain dirigeant israélien et à ses alliés de choisir de s’atteler à la résolution des graves défis posés par l’isolement croissant du pays. Il est clair que la question palestinienne est au cœur de cette problématique. Or, la campagne électorale n’a apporté aucune indication sur la manière dont un futur gouvernement pourrait la gérer.
Amnon Aran
Professeur de relations internationales, City St George’s, Université de Londres
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