Élections

Congo-Brazzaville – élection 2026 : boycotts, coupures d’électricité et contestation croissante, mais Denis Sassou Nguesso se maintient au pouvoir

L’élection présidentielle de 2026 au Congo-Brazzaville (République du Congo) a reconduit Denis Sassou Nguesso pour un cinquième mandat consécutif, avec un score définitif de 94,90 % des voix.

La victoire écrasante de Denis Sassou Nguesso n’est pas le fruit d’une élection ouverte. Elle est plutôt l’aboutissement d’un système politique bâti sur des décennies de consolidation du pouvoir depuis la fin de la guerre civile de 1997. Ce résultat, digne de l’ère soviétique (écrasant et prédéterminé), s’explique par quelques facteurs politiques clés.

Tout d’abord, il y a la longévité politique de Nguesso, au pouvoir depuis 1979 (avec une interruption de 1992 à 1997). Cette domination de quatre décennies lui confère un contrôle total sur l’appareil politique, institutionnel et sécuritaire du pays. Elle rend tout changement politique non seulement difficile, mais structurellement improbable.

De plus, la fraude électorale – notamment par le biais du contrôle de l’appareil d’État et des organes de gestion des élections – a contribué à cette victoire.

La campagne électorale était également profondément inégalitaire. Celle de Nguesso ressemblait à une « tournée nationale ». Elle reposait sur une démonstration de force destinée à projeter l’image d’un dirigeant proche du peuple.

L’opposition divisée a-t-elle influencé le résultat ?

La fragmentation de l’opposition politique a sans doute été le facteur le plus déterminant de cette victoire écrasante. L’opposition s’est présentée aux élections divisée. Incapable de s’entendre sur un candidat unique, elle a considérablement réduit les chances d’une transition démocratique.

L’élection a été marquée par l’absence de certaines figures de la politique congolaise. Certaines demeurent emprisonnées (Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa). D’autres ont choisi de boycotter le scrutin, estimant que les conditions d’une élection libre et transparente n’étaient pas réunies. Ce boycott a vidé le scrutin de tout enjeu réel et a contribué à la victoire de Nguesso dès le premier tour. En 2016, il avait obtenu 60,4 % des voix face à une opposition importante.

Pour de nombreux observateurs, les six candidats en lice étaient pour la plupart inconnus ou dépourvus de véritable base politique. Certains semblaient instrumentaliser l’élection pour gagner en visibilité, voire en légitimité politique en vue des scrutins futurs. Ils ne faisaient pas le poids face à Nguesso. Ils ne disposaient pas des ressources financières nécessaires pour mener une campagne nationale et mobiliser un soutien local afin de défendre leurs programmes.

Enfin, la coupure numérique – notamment la fermeture des réseaux téléphoniques et d’Internet à l’échelle nationale le jour du scrutin – a encore accentué l’opacité du processus. Elle a engendré un black-out informationnel sans précédent.

Cela a réduit la capacité de l’opposition à s’organiser collectivement et à déployer ses délégués. L’objectif était également de limiter la diffusion, sur les réseaux sociaux, de rumeurs concernant des fraudes électorales, des achats de votes et d’autres contenus politiquement sensibles. Le président craignait manifestement que les chiffres de faible participation ne fuitent.

Etat d’esprit des électeurs

Le scrutin a été marqué par un profond désenchantement, alimenté par le boycott de l’opposition et le sentiment, chez de nombreux jeunes, que voter était inutile. Il s’est également déroulé dans un climat de peur entretenu par un contexte répressif. Ce climat s’est notamment traduit par des opérations menées en début d’année par la Direction générale de la sécurité présidentielle, ainsi que par des actes d’intimidation et des répressions visant les militants et les opposants politiques.

La question du taux de participation électorale est au cœur de la controverse qui entoure cette élection.

Deux scénarios peuvent être envisagés.

La première stratégie consiste à orchestrer la participation électorale grâce aux réseaux politiques et clientélistes du gouvernement. L’objectif est d’accroître la participation afin de légitimer le processus électoral et de renforcer la crédibilité des résultats.

Le second scénario envisage un boycott des élections encouragé par l’opposition, visant à obtenir un faible taux de participation, ce qui pourrait soulever des contestations quant à la légitimité du scrutin.

Des rapports mettent en évidence un écart important entre les chiffres officiels et les observations de terrain, révélant une situation plus complexe en matière de participation électorale. Le taux de participation officiel aurait bondi de près de 17 %, passant d’environ 67,57 % en 2016 , année où l’opposition était plus représentée, à 84,65 % en 2016, malgré un boycott massif. Pourtant, les bureaux de vote, répartis sur 6 620 isoloirs dans 4 011 centres, semblaient en grande partie vides.

Les défis

Pour sortir de la stagnation politique et sociale, plusieurs réformes démocratiques sont urgentes :

  • Le rétablissement de la crédibilité électorale et de l’indépendance des institutions est l’un des enjeux les plus sensibles. L’élection a mis en lumière de graves lacunes dans la gouvernance électorale : manque de transparence, d’inclusivité et d’équité.
  • La fiabilité des listes électorales, l’impartialité de la Commission électorale nationale indépendante et l’inégalité d’accès aux médias constituent des problèmes persistants. Tout cela s’est produit sans contrôle indépendant effectif. Sans réformes profondes du système électoral, l’abstention et le désengagement continueront de progresser, notamment chez les jeunes.
  • La construction d’un espace politique pluraliste et d’une opposition viable est essentielle pour remodeler le paysage politique congolais. La libération des prisonniers politiques et la garantie d’un droit effectif à l’opposition sont des conditions préalables indispensables à toute réconciliation nationale.
  • Protection des libertés fondamentales et de l’espace civique. Les violations des droits humains sont en augmentation et il n’existe aucun dialogue politique entre le gouvernement, l’opposition et la société civile.
  • Succession et transition. La question de l’après-Nguessou se pose : le pouvoir restera-t-il entre les mains de la majorité présidentielle ? Comment assurer la continuité pour un nouveau mandat en 2031 ? Des scénarios de succession dynastique au sein de la famille présidentielle sont envisageables.
  • Transformer les richesses pétrolières en développement humain. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté . L’enjeu est de convertir les revenus pétroliers en services publics (santé, éducation) et en opportunités pour les jeunes.
  • Il est essentiel de réintégrer la participation citoyenne, notamment celle des jeunes, dans la vie politique. La jeunesse congolaise et la société civile doivent être réintégrées dans le processus politique. La participation citoyenne demeure cruciale pour la légitimité du processus électoral.

Conséquences cette élection pourrait-elle avoir sur la stabilité politique

La stabilité repose sur des fondements fragiles. Une grande partie de la population considère le gouvernement comme illégitime. La méfiance envers le système électoral est profonde.

La frustration des jeunes est un indicateur particulièrement inquiétant. Une enquête de 2024 révèle que les jeunes ont peu confiance dans le système politique. Nombre d’entre eux estiment que voter ne sert à rien. Le chômage chronique et le manque de perspectives économiques accentuent leur frustration.

La lutte interne au sein du parti au pouvoir concernant la succession de Sassou Nguessou pourrait devenir la principale source d’instabilité. Ce risque s’accroît en l’absence d’un successeur clairement et largement accepté. Les divisions internes observées lors du congrès du parti en 2025 témoignent de l’importance cruciale de la question de la succession. Elles révèlent également des mutations constantes au sein du pouvoir et des élites.

L’élection présidentielle de mars 2026 n’a résolu aucun problème majeur.

Ngodi Etanislas

Enseignant-chercheur, Université Marien Ngouabi

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