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Tchad – élections 2024 : Mahamat Idriss Déby passe de l’ombre de son père

Les résultats provisoires du scrutin présidentiel du 6 mai au Tchad marquant la fin de la Transition ont été proclamés par l’Agence nationale de gestion des élections (ANGE) dans la nuit du 9 mai avec un taux de participation de 75,89 %. Mahamat Idriss Déby Itno, le président de la Transition sort vainqueur dès le 1er tour avec 61,03 % contre 18, 53 % pour son principal rival, le Premier ministre Succès Masra .

Cette élection marque la fin d’une période de trois ans de transition militaire tumultueuse. Bien que son élection soit contestée, par son principal rival, Déby a réussi sa quête de légitimité en remportant la présidentielle entachée de plusieurs irrégularités. Cette victoire représente une consolidation de son pouvoir et une affirmation d’une présidence détachée de l’ombre de son père et de la controverse entourant son accession au pouvoir.

Peu de temps avant l’annonce de ces résultats provisoires, Succès Masra les a contestés dans une déclaration faite depuis le siège de son parti en appelant le peuple à revendiquer sa victoire. Il n’est pas d’ailleurs le seul à contester celle élection qualifiée de mascarade. Avant lui, quelques partis politiques de l’opposition autour du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) avaient appelé au boycott ainsi que certaines organisations de la société civile comme Wakit-tama. Mais également des organisations internationales à l’image de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) qui a émis des critiques sur la crédibilité de cette élection dont une grande partie des observateurs internationaux a été écartée. Ce qui pourrait être en lien avec ce silence diplomatique qui s’est instauré depuis la proclamation des résultats provisoires, car aucun pays ami ni aucune institution internationale n’a encore félicité officiellement Déby.

La proclamation des résultats provisoires sera validée dans quelques jours par le Conseil constitutionnel après l’examen des recours au cas où il y en a bien sûr. Cette dernière phase semble être une simple formalité car les institutions en charge de cette élection sont dirigées par des personnalités favorables à M. Déby. Ces dirigeants sont des membres clés de son parti politique, le Mouvement patriotique du salut (MPS) et ont été choisis et nommés par ces propres soins.

La proclamation des résultats a pris très vite l’allure d’une démonstration de force et une intimidation par l’armée qui a quadrillé le Palais de la jeunesse où se déroulait la cérémonie ainsi que le verrouillage des grandes artères de la capitale N’Djamena et des villes secondaires. Les tirs de joie en guise de célébration de cette victoire par des militaires et partisans de M. Déby surarmés ont déjà fait une dizaine de morts et une centaine de blessés parmi les populations sans oublier les énormes dégâts matériels.

En tant que chercheur, j’ai étudié la trajectoire politique de l’Etat tchadien depuis l’indépendance. Selon moi, cette victoire électorale annoncée est une façon de légitimer par les urnes un pouvoir acquis dans des conditions controversées.

L’ombre tutélaire de son père

Mahamat Idriss Déby Itno, d’ethnie Zaghawa, est né le 4 avril 1984 à N’Djamena. Il est le fils de l’ancien président Idriss Déby Itno. Il a été élevé au village par sa grand-mère – ce qui lui a valu le surnom de “Kaka”(grand-mère en arabe tchadien). Il a passé une partie de son enfance comme bédouin (berger), derrière les dromadaires avant de rejoindre N’Djamena où son père était devenu président de la République.

Son cursus scolaire est partagé entre le Tchad et la France avec quelques incidents dont son exclusion en classe de 1ère au lycée Sacré-Cœur de N’Djamena à cause de l’agression d’un professeur.

Après son baccalauréat, il repart en France pour faire la classe préparatoire des grandes écoles militaires d’Aix-en-Provence, qu’il abandonnera pour revenir s’inscrire à l’école des officiers de N’Djaména. Il en sortira avec un brevet de chef de section. Parallèlement, il a appris le métier des armes auprès de son père en participant à plusieurs conflits inter-armés tchadiens. Devenu officiellement militaire, il va occuper plusieurs postes stratégiques au sein de l’armée avant de devenir le chef de la Direction générale des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE). Promu général, il a dirigé les troupes tchadiennes au Mali en 2013 aux côtés de l’armée française pendant l’opération Serval  et pris la tête de la Transition après la mort tragique de son père, en avril 2021.

M. Déby, est devenu le 8ème président de la République du Tchad. Il a réussi à obtenir sa légitimité électorale. Il devra gouverner le Tchad sur la base de son programme politique.

Réaliser son projet de société

L’heure est maintenant à la mise en œuvre de son programme politique qui a été étalé tout au long de la campagne éléctorale. Un programme politique qui se décline en 12 points essentiels et s’articule autour de la réforme de l’appareil sécuritaire, de la solidarité sociale et au développement des infrastructures de base, de la relance de l’économie, à l’industrialisation et la modernisation des secteurs clés, de la promotion de la femme et de la famille, etc. Un programme politique qui s’inscrit dans la continuité de celui de son défunt père avec beaucoup de promesses dans tous les secteurs. Ce programme est tellement ambitieux que la première question qui nous vient à l’esprit est de se demander avec quels moyens et hommes il compte le réaliser.

La contestation des résultats par Masra et d’autres acteurs politiques et de la société civile met en évidence les défis auxquels Déby pourrait être confronté en termes de consolidation de sa légitimité et d’instauration d’un climat politique apaisé. Sa capacité à gérer cette situation et sa relation avec son actuel Premier ministre et rival seront déterminantes pour la stabilité politique et sociale du Tchad dans les mois et années à venir.

Bourdjolbo Tchoudiba

Doctorant en Sciences Politiques à l’Université Paris-Est Créteil, Laboratoire Interdisciplinaire d’Études du Politique Hannah Arendt (LIPHA), Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

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