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RDC : le pouvoir parle de dialogue national pendant que la Constitution divise déjà la classe politique

Le président Félix Tshisekedi prépare un dialogue national destiné à restaurer la cohésion politique et à répondre aux crises qui traversent le pays. Le 23 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté en seconde lecture une loi encadrant l’organisation des référendums, en l’absence d’une grande partie de l’opposition. Le lendemain, le chef de l’État réunissait les parlementaires de l’Union sacrée pour annoncer les prochaines étapes du dialogue et les rassurer sur ses intentions concernant la Constitution.

Le dialogue est encore en préparation, alors que l’un des principaux sujets de désaccord progresse déjà dans les institutions sous le contrôle de la majorité.

Une invitation à discuter après avoir avancé les pions

Le 24 octobre, Félix Tshisekedi a rencontré les députés et sénateurs de l’Union sacrée à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa. Il a annoncé la désignation prochaine des animateurs du dialogue national, des coordinations provinciales et des superviseurs chargés d’en préparer les travaux. Deux cofacilitateurs de l’Union africaine sont également annoncés pour accompagner le processus. Le président présente cette initiative comme un instrument de normalisation institutionnelle et de consolidation de la paix, dans un pays confronté à la persistance de la guerre dans sa partie orientale.

Le dispositif suscite cependant des divergences depuis sa conception. L’ordonnance du 13 septembre a placé le comité préparatoire sous l’autorité de la présidence. Le gouvernement défend cette organisation comme une manière de garantir l’ancrage national du processus et le respect des institutions existantes. Des personnalités de l’opposition, notamment Martin Fayulu, réclament des garanties supplémentaires sur la composition, l’indépendance et l’inclusivité des assises. La CENCO et l’Église du Christ au Congo ont également participé aux discussions sur les conditions nécessaires à un dialogue crédible.

Le désaccord touche à la nature même de la négociation politique. Une consultation organisée par le gouvernement permet de recueillir des propositions et de confronter des positions. Un dialogue destiné à produire un compromis entre acteurs concurrents suppose également un accord suffisamment large sur les règles de participation, les sujets examinés et le traitement des conclusions. Celui qui définit seul les limites d’une négociation conserve déjà une influence décisive sur ce que les autres pourront obtenir. La présence de nombreux participants ne corrige pas automatiquement cette asymétrie institutionnelle.

La démarche présidentielle possède néanmoins une justification que ses opposants ne peuvent ignorer. L’État fait face à une rébellion armée, à l’occupation de territoires et à des difficultés sécuritaires qui compliquent toute négociation politique. Le chef de l’État exclut la reconnaissance des groupes combattant les institutions comme composantes politiques du dialogue. Certains opposants considèrent, à l’inverse, qu’une discussion sur la paix ne peut écarter les acteurs impliqués dans le conflit. Les positions portent ainsi sur deux objectifs distincts, préserver l’autorité constitutionnelle de l’État et parvenir à un règlement durable des hostilités. Leur articulation reste l’une des difficultés majeures du processus.

Le référendum avance, le consensus attend

Le vote du 23 octobre constitue le point de tension le plus immédiat. L’Assemblée nationale a réexaminé la loi relative à l’organisation des référendums après les observations formulées par la Cour constitutionnelle. Une grande partie des députés d’opposition a quitté l’hémicycle avant son adoption. Le texte doit encore passer devant le Sénat avant de pouvoir achever son parcours législatif.

La majorité soutient que cette législation répond à la nécessité de doter la RDC d’un cadre permanent permettant au peuple de se prononcer sur les décisions fondamentales de la nation. Pour ses défenseurs, la consultation populaire représente une expression directe de la souveraineté nationale. L’opposition considère que le dispositif pourrait faciliter une modification des règles constitutionnelles protégeant notamment la limitation des mandats présidentiels. Ces positions renvoient à une controverse juridique précise, au-delà de leurs divergences politiques.

L’article 220 de la Constitution de 2006 interdit explicitement toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats du président de la République. L’article 218 organise les procédures ordinaires de révision constitutionnelle, tandis que l’article 219 établit des restrictions supplémentaires dans certaines circonstances exceptionnelles. Le débat actuel porte notamment sur la possibilité de recourir à une nouvelle Constitution pour modifier des dispositions protégées contre la révision. Le vote d’une loi organisant le référendum ne constitue pas, à lui seul, une modification de ces dispositions. La portée juridique d’un éventuel remplacement de la Constitution reste néanmoins au cœur de la controverse.

La différence existe entre consulter les citoyens sur une décision et utiliser cette consultation pour modifier les limites imposées à ceux qui exercent déjà le pouvoir. Une majorité électorale et une garantie constitutionnelle remplissent des fonctions différentes. La première permet de désigner les gouvernants et de trancher certains choix collectifs. La seconde organise également les conditions dans lesquelles les titulaires du pouvoir acceptent d’en limiter l’exercice.

L’expérience congolaise donne à cette distinction une importance particulière. La crise politique de 2016, provoquée par le report des élections à la fin du second mandat de Joseph Kabila, avait déjà montré combien les incertitudes entourant les échéances présidentielles pouvaient fragiliser la confiance dans les institutions. Dix ans plus tard, les acteurs politiques débattent à nouveau de la relation entre souveraineté populaire, durée du pouvoir et continuité constitutionnelle.

Tshisekedi, la Constitution et l’ambiguïté de 2028

Devant les parlementaires de l’Union sacrée, Félix Tshisekedi a assuré ne pas chercher à prolonger personnellement son séjour au pouvoir. Selon plusieurs comptes rendus fondés sur des sources présentes à la réunion, il aurait également réaffirmé son désaccord avec l’actuelle Constitution et laissé aux élus la responsabilité d’envisager sa modification. Ces propos rapportés ne constituent pas une transcription officielle intégrale de son intervention.

Cette position intervient après ses déclarations de mai 2026, au cours desquelles il s’était dit disposé à accepter un troisième mandat si les électeurs le souhaitaient, tout en évoquant la possibilité d’un report des élections de 2028 en raison de l’insécurité dans l’Est. Le discours présidentiel contient donc deux engagements difficiles à articuler politiquement. D’un côté, une assurance de respecter les limites de son mandat. De l’autre, l’ouverture passée à une prolongation conditionnée à la volonté populaire et à l’évolution de la situation nationale.

L’absence d’une proposition constitutionnelle définitive empêche de conclure à un scénario déjà arrêté. Elle laisse néanmoins les formations politiques confrontées à une incertitude majeure sur les règles de la prochaine alternance. La perspective d’un troisième mandat peut transformer le comportement des acteurs politiques avant même qu’une réforme ait été adoptée. Les partis commencent à calculer leurs alliances, les parlementaires leur positionnement et les opposants leurs stratégies en fonction d’une possibilité encore indéterminée. L’incertitude constitutionnelle devient alors elle-même une force politique.

Une réforme de la Constitution peut répondre à des difficultés institutionnelles réelles. La lenteur de formation des gouvernements, les tensions entre autorités nationales et provinciales, ou encore certaines contradictions administratives méritent un examen sérieux. Leur existence ne démontre cependant pas que les limites présidentielles constituent l’origine de ces problèmes. Améliorer le fonctionnement de l’État et prolonger la présence d’un individu à sa tête représentent deux opérations institutionnelles distinctes. Les réunir dans un même débat sans clarifier leurs objectifs entretient précisément la confusion que le dialogue national prétend résoudre.

Négocier seulement avec sa majorité ?

La crise sécuritaire donne au débat une dimension supplémentaire. Une partie du territoire reste affectée par les affrontements et les déplacements de population, tandis que des millions de Congolais subissent les conséquences économiques et sociales de la guerre. Cette situation complique l’organisation des consultations nationales et soulève des difficultés concrètes pour une éventuelle participation électorale des populations vivant dans les zones contrôlées par les groupes armés.

La souveraineté populaire ne se mesure pas uniquement au nombre de suffrages exprimés. Son exercice dépend aussi des conditions permettant aux citoyens de participer librement et effectivement aux décisions collectives. Un référendum organisé dans un pays confronté à une forte fragmentation territoriale soulèverait ainsi des interrogations sur la représentation des populations empêchées de voter. Ces contraintes ne retirent pas aux institutions leur capacité d’agir. Elles rendent les garanties de participation et la transparence des procédures particulièrement importantes.

Le dialogue national possède donc une utilité politique possible, à condition que ses objectifs, son organisation et ses résultats puissent être examinés au-delà de la seule majorité présidentielle. Son efficacité dépendra moins du nombre de discours prononcés que de sa capacité à traiter les désaccords déjà identifiés, notamment la sécurité, les échéances électorales, le fonctionnement des institutions et les modalités d’une éventuelle réforme constitutionnelle.

La majorité avance sur les règles référendaires, le président annonce un dialogue et l’opposition demande des garanties sur les conditions de sa participation. Chacun affirme défendre la souveraineté nationale, tandis que les mécanismes destinés à organiser son exercice restent eux-mêmes contestés. Le dialogue pourra contribuer à surmonter cette divergence s’il permet un examen réel des règles et des engagements. Une rencontre nationale qui laisse intactes les causes de la méfiance ne transformerait pas le conflit institutionnel. Elle lui offrirait simplement une nouvelle tribune.

NBSInfos.com

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