Lors de la 20ᵉ réunion du Conseil des ministres du 17 septembre 2021, la gouverneure de la Banque Centrale du Congo, Malangu Kabedi Mbuyi, annonçait que les réserves de change du pays avaient dépassé le seuil de 3,3 milliards de dollars américains, un niveau présenté comme un record historique. Cette annonce a largement occupé l’espace public, souvent interprétée comme un signal de bonne santé économique.
Interrogé à ce sujet, l’économiste politique Jo M. Sekimonyo appelait déjà à une lecture plus exigeante et plus moderne de cet indicateur. Selon lui, l’accumulation de réserves de change ne constitue en rien une performance économique en soi si elle n’est pas adossée à une stratégie de transformation sociale et productive. Il soulignait que la situation de la RDC ressemblait à celle d’un ménage qui accumule de l’épargne en comprimant sa consommation essentielle. Une posture qui peut rassurer sur le plan comptable, mais qui devient contre-productive dès lors qu’elle freine l’investissement, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie.
Dans cette perspective, Sekimonyo insistait sur la nécessité de déplacer le débat économique vers ses véritables priorités. Le défi national ne réside pas dans le niveau des réserves, mais dans la capacité de l’économie à créer des emplois, à élargir l’accès au crédit bancaire domestique pour le secteur privé, à soutenir des salaires décents et à renforcer la sécurité économique des ménages. Une économie qui stabilise ses comptes sans activer sa population productive demeure structurellement fragile, même lorsque ses indicateurs macrofinanciers s’améliorent.
L’économiste appelait ainsi à une modernisation des ambitions économiques nationales. Il rappelait que la République démocratique du Congo figure parmi les pays à forte pression fiscale sur un tissu productif faible, tout en affichant des niveaux de chômage et de sous-emploi parmi les plus élevés. Dans un tel contexte, l’urgence n’est pas de célébrer des performances financières isolées, mais de construire une politique économique centrée sur l’emploi, la productivité intérieure et l’amélioration durable du niveau de vie.
Pour rappel, le directeur de l’ODEP, Valery Madianga, a contredit les chiffres avancés par la gouverneure de la BCC. « Des chiffres pour flouer les Congolais. La BCC doit rendre public les statistiques de la gestion des finances publiques comme le faisait Déogratias Mutombo. L’appui du FMI a été de taille pour arriver à 3 milliards de réserve de change ».
En définitive, pour Sekimonyo, la question posée reste d’une actualité brûlante. Les réserves de change constituent un outil de stabilisation, non un projet de société. Leur véritable valeur se mesure à leur capacité à soutenir une transformation économique inclusive, à réduire le chômage, à dynamiser le secteur privé et à améliorer concrètement la vie des Congolais. C’est à cette aune, sociale et institutionnelle, que toute politique économique crédible devrait désormais être évaluée.
Nbsinfos.com
Quand le droit de pétition reste sans réponse, c’est la Constitution qui se tait Son…
Il faut commencer par le reconnaître. Le fait que des économistes rattachés à la Banque…
Imaginez vivre dans un pays où parler ouvertement de dépression ou d'anxiété peut vous coûter…
Dans un contexte de polarisation croissante , de désinformation et d'inquiétudes économiques , la santé…
Au même moment, deux messages tombent et se contredisent sans jamais se parler. La banque…
Le Nigéria est en proie à des décennies d'insurrections violentes et se classe au 6e…