Économie Mondiale

États-Unis : la Fed durcit le ton alors que le pétrole remet l’inflation au centre du jeu

La Réserve fédérale américaine aborde sa réunion de septembre dans un environnement beaucoup plus inconfortable qu’il y a encore quelques semaines. La hausse des prix de l’énergie, la persistance d’une inflation supérieure à l’objectif de 2 % et la remontée des rendements obligataires ont brutalement réduit l’espace dont disposait la banque centrale pour assouplir sa politique monétaire.

Le président de la Fed, Kevin Warsh, a renforcé ce changement de climat lors du symposium de Jackson Hole. Son message était relativement clair. Si les prochaines données ne donnent pas davantage de raisons de croire que l’inflation revient durablement vers 2 %, la banque centrale devra être prête à agir. Les marchés ont entendu l’avertissement. À la fin août, les anticipations d’une hausse des taux dès septembre avaient nettement progressé.

Le pétrole vient compliquer l’équation de la Fed

Le problème immédiat de la Fed porte un nom familier aux banques centrales : l’énergie.

Les nouvelles tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz ont fait remonter les cours du pétrole. Le Brent a dépassé 90 dollars le baril lundi, tandis que les prix de l’essence aux États-Unis ont augmenté au cours de l’été. Cette poussée énergétique arrive au mauvais moment pour une banque centrale qui tente toujours de ramener l’inflation vers son objectif.

Le chiffre particulièrement préoccupant reste celui de l’inflation PCE, l’indicateur privilégié par la Fed. Selon les données citées lundi par Reuters, elle atteignait 3,7 % sur un an en juillet, très loin des 2 % recherchés par la banque centrale.

Cette situation change progressivement le débat.

Pendant une partie de l’année, la principale inquiétude portait sur un ralentissement de l’emploi et le risque que des taux élevés finissent par étouffer l’économie. Cette inquiétude n’a pas disparu. Les marchés attendent d’ailleurs un rapport sur l’emploi d’août relativement faible après la perte de 23 000 emplois enregistrée en juillet.

Mais la Fed se retrouve désormais confrontée à une combinaison beaucoup plus difficile : un marché du travail qui ralentit alors que les pressions inflationnistes persistent.

C’est précisément le type de configuration qui réduit la marge de manœuvre d’une banque centrale. Baisser les taux trop rapidement pourrait alimenter les prix. Les maintenir trop élevés, ou les relever davantage, pourrait fragiliser davantage l’emploi.

Kevin Warsh veut réinstaller la crédibilité anti-inflation de la Fed

Le discours de Jackson Hole a surtout montré que Kevin Warsh ne souhaite pas laisser les marchés considérer une détente monétaire comme acquise.

Lors de la dernière réunion du Comité fédéral de l’open market, le FOMC avait maintenu ses taux inchangés. La décision avait été adoptée par 9 voix contre 3, révélant déjà des divergences inhabituellement visibles au sein de l’institution.

À Jackson Hole, Warsh a ensuite élevé le seuil nécessaire pour justifier l’inaction. Sa position revient essentiellement à demander davantage de preuves que l’inflation se dirige réellement vers 2 % avant de considérer la politique actuelle comme suffisamment restrictive. Cette orientation a été interprétée par les investisseurs comme ouvrant la possibilité d’une nouvelle hausse des taux en septembre.

Il existe derrière cette stratégie une question de crédibilité.

Lorsque les ménages, entreprises et investisseurs commencent à considérer qu’une inflation de 3 % ou 4 % pourrait devenir normale, le problème d’une banque centrale devient beaucoup plus profond qu’une simple fluctuation mensuelle des prix. Les entreprises adaptent leurs prix, les salariés leurs demandes salariales et les investisseurs leurs exigences de rendement.

La Fed cherche donc aussi à agir sur les anticipations.

Cela explique en partie pourquoi les rendements obligataires américains se sont fortement tendus. Le rendement du Treasury à dix ans a atteint environ 4,76 % lundi, son plus haut niveau depuis janvier 2025.

Le marché obligataire transmet ainsi un message que Washington ne peut ignorer : maintenir la stabilité des prix devient plus coûteux au moment même où le gouvernement fédéral doit financer une dette considérable.

Derrière les taux, une bataille politique sur le prix de l’argent américain

C’est probablement ici que le dossier devient le plus intéressant.

Donald Trump continue de défendre publiquement des taux beaucoup plus faibles. Lundi, il a néanmoins déclaré respecter Kevin Warsh et estimé que le président de la Fed ferait « ce qu’il doit faire ». Trump continue parallèlement de soutenir que les États-Unis devraient bénéficier de taux parmi les plus faibles au monde.

La tension économique est évidente.

La Maison-Blanche souhaite stimuler l’investissement, réduire le coût du crédit et soulager les ménages. La Fed regarde la même économie et constate qu’une politique monétaire trop accommodante pourrait maintenir l’inflation au-dessus de son objectif.

Mais une troisième force s’ajoute désormais au conflit entre croissance et inflation : la dette publique.

À Jackson Hole, les économistes et responsables monétaires ont de nouveau discuté de la « dominance budgétaire », c’est-à-dire du risque qu’un niveau élevé de dette publique finisse par exercer une pression indirecte sur la banque centrale afin qu’elle maintienne les coûts de financement du gouvernement artificiellement bas.

La question n’est donc plus uniquement de savoir si la Fed augmentera ses taux en septembre.

Elle est de savoir qui déterminera finalement le prix de l’argent américain.

Si la Fed conserve son indépendance, elle pourra maintenir ou relever ses taux aussi longtemps qu’elle le juge nécessaire pour combattre l’inflation, même au prix d’un ralentissement économique et d’un financement plus cher de la dette fédérale.

Si, au contraire, les contraintes budgétaires et politiques deviennent suffisamment fortes pour influencer cette décision, les États-Unis entreront dans une nouvelle phase où politique monétaire et politique budgétaire seront beaucoup plus difficiles à séparer.

C’est pourquoi la réunion de septembre pourrait avoir une importance supérieure à une simple variation de 25 points de base. Elle permettra de voir si la nouvelle Fed de Kevin Warsh est principalement préoccupée par le ralentissement de l’économie, par l’inflation ou par quelque chose de plus fondamental encore : la préservation de sa propre capacité à fixer le prix de l’argent indépendamment des besoins politiques de Washington.

NBSInfos.com

roi makoko

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