Économie Mondiale

Chine : Pékin veut protéger les emplois face à l’intelligence artificielle

Face à l’accélération de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, la Chine entend encadrer leurs conséquences sur le marché du travail. Le gouvernement a publié, le 23 octobre 2026, un ensemble de 18 mesures visant à favoriser la création d’emplois, accompagner les travailleurs confrontés aux transformations technologiques et adapter les mécanismes de protection sociale.

Cette initiative place la question de l’emploi au cœur de la stratégie chinoise de développement de l’IA.

Dix-huit mesures pour accompagner la transformation du travail

Le Conseil des affaires de l’État chinois a rendu publiques, vendredi 23 octobre, de nouvelles orientations consacrées aux conséquences de l’intelligence artificielle sur l’emploi. Adopté le 16 octobre, le document présente 18 mesures regroupées en six domaines, allant de la création de nouvelles activités économiques à la protection des travailleurs, en passant par la formation professionnelle et la surveillance des transformations du marché du travail.

Cette initiative intervient dans un contexte d’expansion rapide de l’industrie chinoise de l’intelligence artificielle. Selon les données officielles, ce secteur représentait plus de 1 200 milliards de yuans, soit environ 179 milliards de dollars, en 2025, avec plus de 6 200 entreprises spécialisées. Les technologies d’automatisation gagnent progressivement les industries manufacturières, les services, les transports et les activités administratives. Leur diffusion modifie les qualifications recherchées par les entreprises et les conditions d’exercice de nombreuses professions.

Les autorités souhaitent notamment encourager la création de nouveaux métiers liés à l’IA, soutenir les petites et moyennes entreprises dans leur transition numérique et développer les activités associant les compétences humaines aux systèmes automatisés. Les établissements universitaires et les centres de formation professionnelle sont appelés à adapter leurs programmes afin de préparer les travailleurs aux nouvelles exigences du marché.

Anticiper les suppressions d’emplois

L’une des dispositions les plus significatives concerne l’évaluation des conséquences de l’intelligence artificielle sur l’emploi avant le déploiement de certains projets technologiques. Les autorités prévoient notamment des évaluations pour les applications susceptibles de provoquer des perturbations importantes sur le marché du travail. Elles souhaitent également renforcer les dispositifs de surveillance afin de détecter les transformations sectorielles et d’organiser les réponses nécessaires.

Dans les industries employant une main-d’œuvre importante, le gouvernement recommande une introduction progressive des technologies d’automatisation. Les entreprises sont encouragées à informer suffisamment tôt les salariés concernés et à envisager des périodes de transition permettant leur reconversion professionnelle. Il s’agit d’orientations que les administrations devront traduire en dispositifs opérationnels, sans constituer à ce stade une interdiction générale des licenciements liés à l’IA.

Le programme prévoit également un accompagnement des personnes touchées par les suppressions de postes. Celui-ci comprend la formation, l’orientation professionnelle, l’aide à la recherche d’emploi et le soutien à l’entrepreneuriat. Les autorités souhaitent parallèlement améliorer la couverture sociale des travailleurs indépendants et des personnes exerçant dans les nouvelles formes d’emploi liées aux plateformes numériques.

Un autre volet concerne l’utilisation des algorithmes dans la gestion des ressources humaines. Pékin entend renforcer la lutte contre les discriminations à l’embauche, les recrutements frauduleux et les atteintes à la vie privée résultant d’utilisations illégales des technologies automatisées. Le texte aborde également l’adaptation des mécanismes de rémunération et de distribution des revenus afin que les travailleurs puissent bénéficier davantage des progrès technologiques.

La protection des emplois existants

À travers ces mesures, la Chine cherche à intégrer les conséquences sociales de l’automatisation dans sa politique de développement industriel. L’enjeu dépasse la préservation des postes actuels. Il concerne également la capacité de l’économie à créer de nouvelles activités, à mobiliser les compétences de sa population et à maintenir une demande intérieure compatible avec l’expansion de ses capacités productives.

Cette orientation soulève une question centrale en économie politique. Les gains de productivité générés par l’intelligence artificielle ne garantissent pas automatiquement une amélioration des revenus ou une augmentation de l’emploi. Leurs effets dépendent également des investissements réalisés, de l’organisation des entreprises, des possibilités de reconversion et des mécanismes de distribution de la valeur créée. Une automatisation profitable aux entreprises peut ainsi coexister avec des difficultés professionnelles pour certaines catégories de travailleurs.

Le texte chinois reconnaît explicitement cette dimension en associant l’innovation technologique à la formation, à la protection sociale et à l’évolution des revenus. Il ne détermine cependant pas encore l’efficacité des interventions envisagées. Leur portée dépendra des ressources mobilisées, des obligations effectivement imposées aux entreprises et de la capacité des administrations à accompagner les salariés concernés. La rapidité des transformations technologiques constitue également un défi pour les dispositifs de formation, particulièrement lorsque les nouvelles compétences exigées évoluent plus rapidement que les programmes éducatifs.

Cette réflexion présente une importance particulière pour les économies africaines. L’intelligence artificielle offre des possibilités dans l’agriculture, la santé, l’éducation, les services et les activités entrepreneuriales. Son adoption peut également accentuer les écarts entre les travailleurs qui disposent des compétences et des infrastructures nécessaires et ceux qui en restent exclus. Les politiques publiques devront donc accorder une attention particulière à la formation, à l’accès aux technologies et à l’élargissement de la participation économique.

Avec ces 18 mesures, Pékin engage une nouvelle étape de sa stratégie d’intelligence artificielle en intégrant plus explicitement la dimension sociale de la transformation technologique. L’énigme déterminante sera de savoir si les progrès de l’automatisation permettront effectivement d’élargir les possibilités de travail, de création de valeur et d’amélioration des revenus pour la population chinoise.

NBSInfos.com

roi makoko

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