L’opposition à Gianni Infantino n’a plus rien d’un simple malaise européen. À quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA prévue le 18 mars 2027 à Rabat, l’UEFA affirme travailler activement à l’émergence d’un candidat capable de lui faire face. Sa vice-présidente Laura McAllister a indiqué cette semaine que ce candidat n’aurait pas besoin d’être européen.
Il devrait surtout être capable de fédérer plusieurs confédérations autour d’un programme de réforme portant sur la transparence, la responsabilité, les conflits d’intérêts, la protection des lanceurs d’alerte et la gouvernance générale de la FIFA.
La colère s’est fortement nourrie du projet FIFA Forward Enterprise, qui envisageait de céder à des investisseurs privés une participation dans certaines compétitions de la FIFA, y compris la Coupe du monde. Le projet a finalement été abandonné après une opposition venue non seulement de l’UEFA, mais aussi d’autres confédérations.
FIFA doit désormais présenter à son Conseil une révision du dossier. Plusieurs fédérations européennes ont entre-temps retiré leur soutien à Infantino, tandis que la France a publiquement rejoint les appels à une réforme de la gouvernance.
Le problème de l’UEFA n’est plus de protester, il est de trouver quelqu’un
Toute l’équation tient désormais dans ce vide. Infantino a officiellement annoncé sa candidature à un nouveau mandat dès mai 2026. Pourtant, aucun adversaire suffisamment crédible n’a encore émergé, et les candidatures doivent être déposées avant le 18 novembre. Aleksander Čeferin a exclu de se présenter, tout comme plusieurs autres personnalités régulièrement citées dans les spéculations. L’UEFA peut dénoncer le fonctionnement de la FIFA, convaincre plusieurs fédérations de retirer leur appui et construire une plateforme de réforme. Sans candidat capable d’agréger des voix au-delà de l’Europe, cette contestation restera institutionnellement incomplète.
Le système électoral de la FIFA accentue cette difficulté. Chacune des 211 associations membres dispose d’une voix, indépendamment de sa taille, de sa puissance économique ou de son histoire footballistique. Une fédération européenne majeure ne pèse donc pas davantage dans l’urne qu’une petite association nationale. Un candidat de rupture ne peut pas se contenter d’un front européen. Il doit convaincre en Afrique, en Asie, dans les Amériques et en Océanie, où Infantino a construit depuis dix ans des relations politiques et financières solides avec de nombreuses fédérations.
C’est ce qui rend la situation paradoxale. Jamais depuis plusieurs années l’autorité d’Infantino n’avait été aussi publiquement contestée par des dirigeants du football mondial, et pourtant cette contestation n’a pas encore produit son instrument électoral. L’UEFA cherche moins un opposant qu’une coalition incarnée par une personne.
La véritable bataille ne portera pas uniquement sur le nom du prochain président. Elle portera sur la question de savoir si les fédérations veulent limiter le pouvoir de la présidence, renforcer les contre-pouvoirs et revoir la manière dont les grandes décisions commerciales sont prises. Le scrutin de 2027 pourrait ainsi devenir moins un référendum sur Infantino qu’un test sur la capacité du football mondial à transformer une crise de gouvernance en réforme institutionnelle.
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