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Un pétrolier transportant près de 300 000 barils de diesel russe a quitté le port de Primorsk, sur la mer Baltique, dans la nuit du 22 au 23 octobre 2026. Initialement annoncé à destination de New York, ce navire marque la première expédition identifiée dans le cadre du nouvel accord énergétique entre Washington et Moscou.
Cette reprise commerciale intervient quatre ans après l’interdiction américaine des importations de pétrole russe, alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les États-Unis cherchent à contenir la hausse des prix des carburants.
Un pétrolier russe attendu aux États-Unis début novembre
Selon les données maritimes consultées par Reuters, le pétrolier Agioi Fanendes, battant pavillon maltais, a chargé environ 40 000 tonnes de diesel à très faible teneur en soufre dans le port russe de Primorsk, le 22 octobre. Le navire a ensuite quitté les installations portuaires pour entamer sa traversée de la mer Baltique.
Les premières informations de navigation indiquaient New York comme destination, avec une arrivée estimée au 7 novembre. Cependant, le navire a ensuite modifié sa déclaration de destination en indiquant « for orders », une mention signifiant que le port de déchargement définitif reste à confirmer. La société gestionnaire Eastern Mediterranean Maritime a également précisé que la destination finale n’était pas encore arrêtée.
Le Kremlin a confirmé, vendredi 23 octobre, le départ d’un premier navire transportant du diesel dans le cadre de l’accord conclu avec Washington. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a indiqué que d’autres expéditions suivraient régulièrement, sans identifier publiquement les entreprises acheteuses ni les destinations précises.
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak avait annoncé deux jours auparavant qu’une première cargaison de 40 000 tonnes devait quitter le territoire russe. Les informations recueillies auprès des sociétés spécialisées dans le suivi maritime correspondent aux volumes annoncés par Moscou.
Si la cargaison est effectivement déchargée aux États-Unis, elle constituera l’une des premières livraisons directes de diesel russe depuis les restrictions commerciales instaurées après l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Donald Trump assouplit les sanctions pour faire baisser les prix du carburant
Le retour annoncé du diesel russe sur le marché américain découle d’un accord présenté le 9 octobre par le président Donald Trump, à la suite d’un échange avec Vladimir Poutine.
Le président américain avait alors annoncé que la Russie fournirait immédiatement plus de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et international. Il avait également évoqué 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, puis un million de tonnes ultérieurement, avec la possibilité d’augmenter davantage les exportations selon les capacités des raffineries russes.
Le même jour, le département américain du Trésor, par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), a publié la licence générale numéro 135. Cette autorisation permet certaines transactions liées à la vente, au transport, au déchargement et à l’importation de diesel d’origine russe, y compris sur le territoire américain, jusqu’au 7 avril 2027. Elle constitue une dérogation ciblée aux sanctions existantes et ne correspond pas à une levée générale de toutes les restrictions économiques imposées à Moscou.
Cette décision intervient dans un contexte de forte hausse du prix du diesel aux États-Unis. Le 23 octobre, son prix moyen atteignait environ 6,32 dollars le gallon, contre 3,63 dollars un an auparavant. Ce carburant occupe une place centrale dans le transport routier, la production agricole, la logistique et de nombreuses activités industrielles.
L’administration Trump cherche ainsi à augmenter les disponibilités de carburant sur le marché international afin d’atténuer les tensions sur les prix. L’annonce intervient également à moins de deux semaines des élections américaines de mi-mandat, prévues le 3 novembre.
Une portée économique limitée pour une décision diplomatique majeure
La cargaison actuellement en mer représente environ 300 000 barils de diesel. Selon les estimations reprises par Associated Press, les États-Unis consomment près de quatre millions de barils de diesel quotidiennement. Le premier chargement russe correspond donc à environ 7 % d’une seule journée de consommation américaine.
Ce rapport donne une indication de la portée immédiate de l’opération. Même en cas de livraison effective à New York, les volumes concernés demeurent trop modestes pour provoquer, à eux seuls, une diminution substantielle des prix du diesel sur l’ensemble du territoire américain.
L’effet potentiel dépendra principalement de la quantité totale de carburant supplémentaire mise sur le marché mondial, de la régularité des expéditions et de l’évolution des capacités de raffinage. Plusieurs analystes du secteur énergétique soulignent également qu’une partie du diesel russe pourrait simplement être redirigée depuis ses marchés habituels vers de nouveaux acheteurs, sans augmentation équivalente de l’offre mondiale.
Depuis l’embargo européen sur les produits pétroliers russes, entré en vigueur en février 2023, Moscou a réorienté une partie importante de ses exportations vers la Turquie, le Brésil et plusieurs pays africains. La reprise des livraisons destinées aux États-Unis pourrait ainsi modifier certains circuits commerciaux établis au cours des dernières années.
La Russie demeure toutefois confrontée à des contraintes industrielles. Les attaques ukrainiennes contre ses raffineries ont affecté ses capacités de production et contribué à des pénuries de carburant sur son propre territoire. Moscou avait d’ailleurs imposé des restrictions aux exportations de diesel avant de les assouplir à la suite du nouvel accord avec Washington.
L’Ukraine dénonce une décision favorable à Moscou
Sur le plan diplomatique, l’accord énergétique suscite de fortes réactions. Depuis le début de l’invasion russe, Kyiv demande à ses partenaires de maintenir les restrictions économiques visant le secteur pétrolier russe, considéré comme une source essentielle de revenus pour l’État.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vivement critiqué l’assouplissement décidé par Washington, le qualifiant de « décision faible de partenaires puissants ». Des élus républicains et démocrates américains ont également exprimé leur opposition à la reprise des achats de carburant russe.
Le changement de politique américaine intervient quelques semaines après l’adoption de nouvelles mesures de sanctions visant les transactions énergétiques avec Moscou. L’administration Trump a toutefois suspendu l’application de plusieurs dispositions, tout en maintenant certaines restrictions existantes.
Le transport du diesel russe soulève également des interrogations concernant la réglementation européenne. Le Agioi Fanendes bat pavillon de Malte et est exploité par une société grecque. Son activité reste donc soumise aux règles européennes applicables au transport maritime de produits pétroliers russes, notamment aux mécanismes de plafonnement des prix.
La Commission européenne a confirmé que les opérateurs européens ne peuvent fournir les services concernés que dans le respect des conditions prévues par les sanctions. Le prix effectivement payé pour la cargaison n’avait pas été rendu public au 23 octobre.
Une première livraison encore à confirmer
La traversée du Agioi Fanendes constitue désormais un test concret pour le rapprochement commercial annoncé entre Washington et Moscou. Les prochaines étapes permettront d’établir si les expéditions prévues se traduisent effectivement par des importations américaines régulières.
Au 23 octobre, l’identité de l’acheteur, le prix de vente de la cargaison et le port définitif de déchargement n’étaient toujours pas connus. Le navire avait initialement annoncé une arrivée à New York le 7 novembre, quatre jours après les élections américaines de mi-mandat.
La Russie annonce déjà d’autres chargements. Leur destination, les volumes effectivement livrés et les conditions commerciales appliquées détermineront l’ampleur de cette reprise des échanges pétroliers entre les deux pays.
Le premier navire a quitté Primorsk. Son arrivée éventuelle sur le territoire américain constituera la prochaine étape d’un accord énergétique engagé alors que Washington continue officiellement de soutenir l’Ukraine face à l’invasion russe.
NBSInfos.com
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