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La Saint-Valentin est traditionnellement synonyme de ballons en forme de cœur, de roses hors de prix et de restaurants complets. Les couples s’embrassent et se tiennent la main, et les selfies souriants célèbrent cette journée d’effusions publiques d’amour.
Pourquoi ressentons-nous tant de pression pour faire de grandes déclarations, acheter des cadeaux coûteux et multiplier les démonstrations d’affection ? Sans doute pour prouver notre amour. La Saint-Valentin est une démonstration ostentatoire, un jour par an, qui promet justement cela.
Pour le philosophe grec Aristote (384-322 av. J.-C.), cette approche témoigne d’une méconnaissance de la nature de l’amour. À ses yeux, le véritable amour ne réside ni dans une passion intense ni dans de grandes déclarations d’amour un jour par an. Il s’agit plutôt d’un engagement constant à aider l’être aimé à s’épanouir pleinement par des attentions quotidiennes.
Aristote a beaucoup écrit sur l’amour, l’amitié et leur place dans une vie réussie. Son ouvrage principal sur l’éthique, l’ Éthique à Nicomaque (350 av. J.-C.) – affectueusement nommée d’après son fils – est un classique sur la vertu et le bonheur.
Fin observateur de la vie humaine, la philosophie d’Aristote reposait sur une compréhension profonde de l’être humain : ses émotions, ses besoins, ses habitudes et sa manière de vivre ensemble. L’être humain est un animal social, affirmait-il, et nous devons donc vivre en société et œuvrer pour le bien commun. De plus, nous sommes des êtres qui s’unissent par couple. S’unir et partager sa vie est essentiel. Fait intéressant, il pensait que cela impliquait d’apprendre à s’aimer soi-même autant qu’à aimer les autres.
Les cinq étapes de l’amour
Aristote affirmait que nous devrions nous aimer nous-mêmes par-dessus tout. Cela pourrait passer pour une apologie du narcissisme, un dogme à l’ère du selfie. Mais pour Aristote, aimer véritablement quelqu’un, c’est l’aimer comme un autre soi-même, étendre notre amour-propre à autrui – un processus en cinq étapes.
Tout d’abord, s’aimer soi-même, c’est désirer et promouvoir son propre bien. Faites de même pour l’être aimé. Désirez et promouvez tout ce qui est dans son intérêt. Ensuite, veillez à sa sécurité comme vous le feriez pour la vôtre. Enfin, s’aimer soi-même, c’est apprécier sa propre compagnie, se délecter des souvenirs du passé et envisager l’avenir avec optimisme. Désirez et appréciez également la compagnie de l’être aimé, dans une vie partagée d’intérêts, d’engagements et d’espoirs.
Quatrièmement, assurez-vous que vos désirs soient rationnels et ne désirez que ce qui contribue à une vie vertueuse et noble, riche de relations profondes et authentiques. Cinquièmement, exprimez et vivez pleinement vos joies et vos peines. Recherchez constamment ce qui vous apporte du plaisir et évitez ce qui vous cause de la souffrance. Pour vos proches, reconnaissez et partagez leurs joies et leurs peines comme s’il s’agissait des vôtres.
L’amour, selon Aristote, naît du sentiment que l’être aimé est « mien ». Si cette idée peut paraître étrange à nos oreilles modernes, il ne s’agit pas ici de possession. Quand je dis « mon bien-aimé est mien », je veux dire « nous formons un tout, une vie partagée ». Je ne suis pas propriétaire de mon doigt ; il appartient à ma main, qui fait partie de moi. De même, je ne suis pas propriétaire de mon bien-aimé, mais il fait partie intégrante de notre relation amoureuse, dont je fais également partie.
Amour, amitié et talent
Aristote décrivait également les amoureux comme des amis – non pas de simples amis, mais l’âme sœur. À l’instar des amis, les amoureux passent du temps ensemble, se soutiennent et se protègent mutuellement. En tant qu’amoureux, ils se considèrent comme une partie intégrante d’eux-mêmes. Aristote considérait comme un signe alarmant que l’être aimé accorde moins d’importance aux sentiments et aux besoins de l’autre qu’aux siens, aussi grandioses que soient ses gestes et ses cadeaux.
Pour Aristote, l’amour n’était pas un sentiment passif, mais une pratique exigeant un savoir-faire. Un amant, affirmait-il, s’améliore pour l’être aimé, contrairement à un menuisier qui fabrique une table pour lui-même. Aimer, c’est s’efforcer constamment de se perfectionner pour le bien d’autrui. Être un bon amant, c’est aspirer à devenir une meilleure personne, afin que chacun, avec l’être aimé, révèle le meilleur de soi-même.
Pour Aristote, l’amour ne se résume pas aux sentiments que l’on éprouve pour l’autre lors d’une seule soirée. Les cadeaux et les gestes sont agréables, certes, mais la véritable preuve d’amour est inestimable. Aimer l’autre autant et aussi bien que l’on s’aime soi-même est la véritable preuve, une preuve qui se construit avec le temps et la pratique. Comme le disait Aristote, « une hirondelle ne fait pas le printemps » – et une seule nuit magique ne suffit pas à révéler pleinement notre amour.
Ian James Kidd
Maître de conférences en philosophie, Université de Nottingham
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